Bruxelles, 20/12/2004 (Agence Europe) - La question de Chypre et l'interprétation du paragraphe 19 des conclusions du Conseil européen (voir EUROPE/Documents annexé à ce bulletin), sur l'extension de l'accord d'union douanière UE-Turquie d'Ankara aux dix nouveaux Etats membres, promettent de donner lieu à bien des débats et rebondissements d'ici à la date prévue du 3 octobre 2005 pour le lancement des négociations d'adhésion avec la Turquie. Si la Turquie ne signe pas, les négociations "ne démarreront pas", a déclaré à l'issue du Conseil européen le président de Chypre, Tassos Papadopoulos, qui a rappelé le pouvoir de veto de Chypre au cours d'une interview télévisée, ce week-end. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a pour sa part réaffirmé devant les 25, à la fin du Conseil européen, comme en conférence de presse ensuite, que l'extension du protocole d'Ankara "n'est en aucun cas une reconnaissance de Chypre", ce qui semble aussi être l'avis de la plupart des leaders européens.
Jan Marinus Wiersma, vice-président du PSE, chargé du dossier turc, a salué la décision du Conseil européen de "s'en tenir à l'objectif de la pleine adhésion". Graham Watson, président du groupe ADLE, s'est félicité de la décision du Conseil européen qui "représente une opportunité unique pour abattre les barrières entre l'islam et l'occident, et montre que l'UE n'a pas l'ambition de créer un super-Etat mais plutôt une communauté de valeurs, ouverte à tout pays européen prêt à les embrasser". Il estime que l'extension du Protocole d'Ankara aux nouveaux Etats membres, dont Chypre, "représenterait un acte politique courageux visant à normaliser les relations avec Chypre dans un avenir proche et soulignerait la capacité de l'Union européenne à guérir de vieilles blessures". Au PPE-DE, Alain Lamassoure, porte-parole des députés français de l'UMP, a publié un communiqué pour commenter les résultats du Conseil européen. Il affirme que "une solution de partenariat privilégié finira par apparaître la meilleure, tant pour l'Union européenne que pour la Turquie elle-même". Le résultat du Conseil européen n'est pas surprenant, a commenté pour sa part le président du groupe PPE-DE Hans-Gert Pöttering, qui considère très important que les conclusions du Conseil européen (comme celles du Sommet du PPE) comportent un passage prévoyant la possibilité que les négociations montrent que la Turquie n'est pas en mesure de remplir les conditions nécessaires pour devenir un Etat membre de l'UE: c'est une sorte de "clause de sécurité" permettant d'éviter qu'on se trouve dans une situation "tout ou rien", estime dans un communiqué l'élu de la CDU. Bien plus enthousiastes, les co-présidents du groupe des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit et Monica Frassoni, saluent la décision d'ouvrir de négociations et le compromis sur Chypre, alors qu'ils confirment: des clauses de sauvegarde permanentes sont inacceptables. Au sein du même groupe, l'Allemand d'origine turque Cem Özdemir et d'autres Turcs allemands (députés, écrivains, cinéastes, sportifs, juristes) expriment dans un communiqué leur "grande joie" pour la décision du Conseil européen, qui est, selon eux, une exhortation à la Turquie à se transformer.
Le Conseil de l'Europe, dont la Turquie est membre depuis 1949, a déclaré par la voix de son secrétaire général Terry Davis que "la Turquie mérite ces négociations", parce qu'elle "a réalisé des progrès substantiels dans les domaines des droits de l'homme et de la démocratie et a clairement manifesté son engagement en faveur des valeurs européennes les plus fondamentales".
La Banque mondiale "applaudit la décision" et "s'engage à aider la Turquie" à mettre en œuvre les réformes économiques et sociales nécessaires pour son adhésion, a déclaré vendredi Shigeo Katsu, vice-président de la Banque pour l'Europe et l'Asie centrale.