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Bulletin Quotidien Europe N° 8852
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Un Sommet et une Présidence qui ont atteint leurs buts

Le Sommet européen des 16/17 décembre a tenu ses promesses, et parmi les résultats atteints deux n'étaient pas acquis à l'avance: la décision sur l'ouverture des négociations avec la Turquie et l'engagement à parvenir pour la fin juin 2005 à un "accord politique" sur les perspectives financières 2007-2013.

Ambiguïtés d'une ouverture. Sur la Turquie, je me limite pour l'instant à observer que la Présidence néerlandaise a atteint son but, qui était de conduire les chefs de gouvernement à un compromis respectant un équilibre aussi raisonnable que possible entre le "oui" à l'ouverture des négociations et l'indication explicite des conditions indispensables pour que ces négociations aboutissent. Il faut reconnaître que l'insuccès sur l'un ou l'autre de ces deux aspects aurait comporté l'échec du Sommet. Le résultat est partiellement ambigu et il n'est totalement satisfaisant pour personne (plusieurs des conditions posées par le Parlement européen n'ont pas été retenues, la Turquie n'a pas signé le texte reconnaissant implicitement la République de Chypre), mais ce n'est pas la faute de la présidence dont le but était de parvenir à un compromis susceptible de rallier l'unanimité malgré les divergences de fond. J'y reviendrai amplement, avec l'ambition d'ajouter quelques remarques non dépourvues d'intérêt à ce qui a été dit et écrit à ce sujet.

Un test pour l'Europe de demain. Quant aux perspectives financières, l'échéance de juin 2005 pour l'accord politique a été sans doute inspirée par le futur président du Conseil européen Jean-Claude Juncker, dont la présidence expirera justement le 30 juin. Rien n'aurait empêché d'indiquer tout simplement que l'accord devrait intervenir "avant les vacances d'été", ce qui aurait laissé un mois de plus pour négocier. Mais ce n'est pas sans raisons que M. Juncker estime que son semestre de présidence représente la période pendant laquelle les chances de compromis sont les plus réelles (voir cette rubrique du 15 décembre). La Présidence néerlandaise a obtenu que cette ambition soit inscrite dans les conclusions du Conseil européen et elle a établi un rapport exhaustif et même assez clair (dans les limites consenties par le sujet, si complexe et controversé) sur les positions respectives de départ. Plusieurs observateurs estiment que l'échéance ne pourra pas être respectée. M. Juncker le croit possible. Un échec serait un symptôme très préoccupant de l'absence d'une vision uniforme de l'avenir de l'Europe et de l'absence d'une volonté politique unanime de sauvegarder et développer une conception ambitieuse des objectifs de l'Europe. Ce sera un test essentiel pour le futur.

Résultats à méditer. D'autres résultats du Sommet méritent quelques considérations. J'invite à lire attentivement, dans le texte intégral des "conclusions" de la présidence - annexées à ce bulletin - les passages concernant: 1) le terrorisme et l'espace de liberté, de sécurité et de justice, avec l'accent enfin mis avec vigueur sur les mécanismes de financement du terrorisme, que certains comportements des Banques facilitent de manière inadmissible ; 2) la réaffirmation que l'avenir des pays des Balkans est dans l'UE à la condition qu'ils s'habituent à respecter les minorités et qu'ils développent la coopération entre eux (l'objectif prioritaire de la construction européenne est la réconciliation) ; 3) le caractère unitaire des quatre "espace communs" envisagés avec la Russie (mais les "espaces communs" me laissent perplexe car ils présupposent un degré d'intégration, à mon avis, impensable) ; 4) l'appui aux développements de la politique commune de sécurité et de défense (PESD), qui continue à progresser sans que les forces politiques et les opinions publiques en soient pleinement conscientes ; 5) le rapport demandé pour la fin juin à la Commission et à Javier Solana sur la préparation du "service européen pour l'action extérieure", dossier délicat s'il y en a ; 6) la référence aux initiatives néerlandaises concernant l'identité européenne et les valeurs communes, initiatives qui devraient être multipliées et approfondies (mais ce n'est certes pas le souhait de tous les Etats membres).

Loyauté d'une présidence. Je crois, en définitive, que le Premier ministre néerlandais et son gouvernement peuvent être satisfaits de leur semestre de présidence. M. Balkenende et ses ministres ont tenu compte des tendances différentes qui s'exprimaient au sein du Conseil, sans essayer de faire prévaloir leurs vues, que ce soit à propos du Pacte de stabilité (favorable à la rigueur, la Présidence néerlandaise a pris dûment en considération les tendances en faveur de la révision du Pacte), ou à propos de la "directive Bolkestein" (favorable à son approbation rapide, le gouvernement néerlandais a pris en considération les nombreuses réserves et a transmis le dossier à la présidence suivante accompagné d'un rapport factuel objectif: voir cette rubrique du 14 décembre) ou à propos des perspectives financières futures (alors que les Pays-Bas sont parmi les signataires de la lettre qui réclame que les dépenses de l'Union ne dépassent pas 1% du produit brut de l'Union), ou d'autres nombreux dossiers. Pas d'envolées lyriques, mais une gestion correcte et impartiale des affaires communautaires, avec quelques avancées significatives. (F.R.)

 

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