Bruxelles, 08/11/04 (Agence Europe) - L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni, qui tentent, au nom de l'Union européenne, d'éviter que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ne transmette le dossier iranien au Conseil de sécurité de l'ONU en vue d'éventuelles sanctions, sont parvenus, à l'issue de deux jours de négociations les 5 et 6 novembre à Paris, à un accord conditionnel avec l'Iran sur son programme nucléaire d'enrichissement d'uranium. Selon des diplomates européens, la mise en oeuvre de cet accord n'attendrait plus que le feu vert des autorités religieuses iraniennes. Les Européens souhaitent toutefois que l'Iran accepte la suspension de son programme avant la réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, le 25 novembre prochain.
Aux termes de cet accord, l'Iran suspendra toutes ses activités d'enrichissement et de retraitement de combustible nucléaire jusqu'à la conclusion d'un accord final avec l'UE prévoyant une série de mesures incitatives dans les domaines économique, technologique et de la sécurité, en échange de l'abandon par Téhéran de toute activité nucléaire potentiellement militaire.
Au lendemain de cet accord provisoire, le directeur général de l'AIEA, Mohammed El Baradei, a affiché un optimisme prudent. "Les modalités restent à confirmer", a indiqué M. El Baradei, qui espère toutefois que l'accord final inclura la suspension définitive du programme iranien d'enrichissement d'uranium, dans la perspective d'une normalisation des relations de l'Iran avec la communauté internationale. "Ce que la communauté internationale demande à l'Iran, c'est qu'au moins il suspende ses activités nucléaires en guise de mesure d'établissement de la confiance", a-t-il précisé. "Nous sommes prudemment optimistes", a ajouté M. El Baradei qui "espère que l'annonce d'un accord mutuel sera confirmée".
"Les négociations ont été très difficiles mais nous avons trouvé un accord préliminaire qui intègre les points de vue de toutes les parties", s'est félicité Hossein Moussavian, chef de la délégation iranienne à Paris. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Kamal Kharrazi, a souligné, pour sa part, que les négociations avaient permis "des progrès importants" et qu'il fallait "maintenant parvenir à un accord final". Interrogé par un organe de presse arabe, M. Kharrazi a souligné" que "l'important est qu'il y a eu reconnaissance du fait que l'Iran est un pays disposant d'une technologie nucléaire pacifique". Quant à M. Moussavian, il a déclaré à la télévision iranienne que Téhéran avait accepté une suspension volontaire des activités d'enrichissement pour une durée qui sera fixée par les autorités iraniennes mais qui ne saurait probablement pas excéder six mois.
Selon des diplomates européens, les termes de l'accord seraient suffisamment flous pour ne pas fixer une durée précise à cette suspension, mais elle durerait au moins jusqu'à l'accord final. Certains diplomates non européens ont quant à eux exprimé leurs craintes que l'Iran puisse essayer de profiter d'un accord avec l'UE afin d'alléger la pression internationale et reprendre clandestinement ses activités d'enrichissement, comme ce fut le cas après l'accord conclu avec l'UE en octobre 2003.