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Bulletin Quotidien Europe N° 8823
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/russie

Le Sommet de La Haye a été reporté à la demande de Moscou, sans doute en raison des divergences qui subsistent sur les feuilles de route pour les quatre espaces communs

Bruxelles, 08/11/2004 (Agence Europe) - Le Sommet UE/Russie, initialement programmé pour ce jeudi 11 novembre à La Haye, a été reporté à la demande de Moscou. Aucune nouvelle date n'a encore été annoncée, mais la Présidence néerlandaise envisagerait une réunion vers la mi-décembre. Officiellement, le gouvernement russe a justifié ce report par le souhait du Président Vladimir Poutine de rencontrer la nouvelle Commission européenne de José Manuel Barroso dont l'investiture par le Parlement européen devrait avoir lieu le 18 novembre. "Il y a une explication très simple pour cette demande de report. La nouvelle Commission européenne n'a pas encore été approuvée. Les retards (dans sa mise en place) ont pour conséquence que les préparatifs pour le Sommet n'ont pas pu être aussi efficaces que tout le monde l'aurait souhaité. Il semblait donc opportun de tenir ce Sommet après la prise de fonction de la nouvelle Commission", a dit un porte-parole du Kremlin.

Officiellement, le porte-parole de la Commission européenne a dit lundi qu'il comprenait le souhait des autorités russes de "rencontrer leurs futurs interlocuteurs", mais pour les diplomates européens, il n'y a pas de doute que la véritable raison pour le report du Sommet réside dans le fait que les négociations sur les feuilles de route pour la création des quatre espaces communs entre l'UE et la Russie n'avancent pas bien et qu'il aurait de toute façon été impossible d'aboutir à un accord pour ce jeudi. Le porte-parole de la Commission n'a d'ailleurs pas caché que "sur certains sujets, Moscou n'a pas été aussi coopératif que nous l'espérions". Plusieurs problèmes subsistent dans les négociations, à commencer par la forme: alors que les Européens veulent adopter les feuilles de route seulement sous la forme d'un paquet global et équilibré (incluant les quatre espaces), les Russes demandent que l'on adopte déjà maintenant les dossiers sur lesquels il existe un minimum de consensus, sans attendre le règlement de l'ensemble des questions ouvertes dans tous les quatre espaces (cette tactique de négociation est rejetée par un négociateur européen comme étant du "pick and choose inacceptable"). Mais il y a aussi des divergences sur le fond, notamment à propos de l'espace "sécurité extérieure": alors que l'UE veut absolument y inscrire le concept d'une coopération intensifiée avec Moscou sur les problèmes existant dans le "voisinage commun", principalement en Moldavie et Géorgie, la Russie rejette ce concept car elle n'est pas intéressée à permettre à l'UE de jouer un rôle dans des dossiers qu'elle considère comme relevant de sa propre zone d'influence. Des diplomates européens soulignent qu'il n'est "pas réaliste", de la part du ministère russe des Affaires étrangères, de penser qu'il y aura un accord sans une forte coopération dans le voisinage commun. « Si nous voulons progresser, il est grand temps que le Président Poutine prenne en main ce dossier », a estimé un diplomate. De l'autre côté, la Russie a formulé des demandes que l'UE ne peut pas accepter pour des raisons institutionnelles ou de compétence, par exemple celle pour une coopération beaucoup plus intense (au-delà des aspects purement civils) en matière de gestion des crises et de politique européenne de sécurité et de défense (Pesd). D'autres divergences concernent le "dialogue régulier" sur les droits de l'Homme et des minorités que l'UE voudrait établir avec la Russie, le survol de la Sibérie par les compagnies aériennes européennes ou encore la politique russe en matière de prix énergétiques.

La semaine dernière, à l'occasion du Conseil Affaires générales du 2 novembre qui était consacré en partie à la préparation du Sommet (voir EUROPE du 3 novembre, p.11), les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont souligné que l'UE voulait un accord sur les quatre espaces, mais pas à n'importe quel prix. "Nous n'allons pas renoncer à notre ambition d'avoir un paquet global et équilibré juste pour permettre un accord le 11 novembre. Nous allons prendre le temps qu'il faudra pour aboutir à un accord ambitieux et équilibré sur l'ensemble des quatre espaces", avait alors déclaré à la presse l'actuel président du Conseil, Bernard Bot.

Dans une note interne avalisée par le Conseil Affaires générales, les objectifs de l'UE pour le Sommet avec la Russie avaient été décrits comme suit: 1) aboutir à un "paquet ambitieux et équilibré" sur les feuilles de routes. "L'UE devrait insister pour que toutes les feuilles de route soient adoptées en paquet, de manière à maintenir une approche globale et cohérente à l'égard des quatre espaces", est-il stipulé dans cette note. L'UE ne doit pas accepter un accord qui irait à l'encontre de ses intérêts et valeurs, "étant donné que les feuille de route vont très probablement guider le développement des relations UE/Russie pour les prochaines années"; 2) aboutir à un accord de principe sur la coopération dans le voisinage commun, "notamment pour faciliter le règlement de conflits gelés en Moldavie et en Géorgie"; 3) aboutir à un accord sur des mesures en matière de coopération anti-terroriste, dans le respect entier des droits de l'Homme et des libertés fondamentales"; 4) lancer des consultations régulières sur des questions de droits de l'Homme et de libertés fondamentales.

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