La Haye, 08/11/2004 (Agence Europe) - Grâce au lancement d'un nouveau partenariat stratégique, le sixième de l'UE après ceux établis avec les Etats-Unis, le Canada, la Russie, le Japon et la Chine, ce cinquième Sommet entre l'UE et l'Inde a été placé sous le signe de la reconnaissance. Aux côtés du Premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, et de son homologue indien, Manmohan Singh, étaient notamment présents les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Bernard Bot et Natwar Singh, le Président de la Commission européenne Romano Prodi, et le Haut représentant pour la PESC Javier Solana. Les éléments du partenariat, entériné lundi reprennent sans surprise les orientations évoquées jusqu'à présent par les deux parties en termes de politique internationale et économique (voir EUROPE des 16 juin et 20 septembre). Les discussions ont aussi permis d'identifier des actions à court terme sur un certains nombre de points, et ce partenariat stratégique "symbolise la transformation qualitative de nos relations fondées sur la compréhension et la confiance mutuelle", a souligné M.Singh devant la presse.
En lançant ce partenariat, Européens et Indiens se sont mis d'accord sur les principaux domaines de coopération qu'ils souhaitent approfondir et ont officialisé les étapes de leur engagement. D'ici le prochain sommet à New Delhi, fin 2005, un plan d'action détaillé sera élaboré et une nouvelle déclaration politique commune sera adoptée (la précédente datant de 1993). Ce plan d'action portera sur les axes identifiés dans la communication de la Commission, publiée en juin et avalisée par le Conseil et le Parlement européen, ainsi que sur la réponse de l'Inde. Dans l'immédiat sont prévus des efforts favorisant les échanges d'étudiants européens et indiens (1.000 étudiants indiens bénéficieront du programme Erasmus Mundus) et de parlementaires. S'y ajoutent, l'instauration d'un dialogue sur le désarmement et la non prolifération, ainsi qu'une coopération lors d'opérations de maintien de la paix et de reconstruction post-conflit. Des secteurs de la recherche comme l'ingénierie automobile, la génomique, les sciences de la vie ou les nanotechnologies bénéficieront aussi d'une attention particulière, au travers de groupes de travail. Enfin, l'instauration d'un panel sur l'énergie pour coordonner les efforts communs est un autre objectif à court terme. Soulignant le déséquilibre actuel entre l'offre et la demande en énergie, le Président Prodi a considéré qu'il s'agissait d'une "situation d'urgence" et qu'il ne fallait pas "retarder le développement de l'Inde à cause d'un manque énergétique". Cette question doit nous permettre de "travailler ensemble", mais aussi de faire face à nos "responsabilités communes, notamment environnementales", a insisté M. Balkenende.
De part et d'autre, lundi à La Haye, on a réaffirmé l'engagement en faveur d'une approche globale multilatérale sur les questions de terrorisme ou de la coordination des positions au sein des Nations Unies. Interrogé sur la réélection de George Bush, M.Prodi a rappelé que si des divergences continueront d'exister (Cour pénale internationale, Protocole de Kyoto), les domaines de coopération resteront largement plus nombreux, à commencer par la lutte contre le terrorisme. Les deux parties font d'ailleurs de ce dernier thème un élément prioritaire du prochain plan d'action UE/Inde en insistant notamment sur son financement et sur la protection des transports internationaux et aux frontières. Ils réaffirment également le rôle central de l'ONU et la nécessité de respecter les droits fondamentaux. S'ils apportent tous les deux leur soutien au processus de réforme de l'ONU, M. Balkenende a reconnu que l'UE n'était pas en mesure d'apporter son soutien à l'Inde dans sa quête d'un siège permanent au Conseil de sécurité. "Certains Etats membres ont indiqué leur position, mais d'autres, comme les Pays-Bas, ne l'ont pas encore fait", et il n'y a pas de position commune européenne, a-t-il précisé. La puissance démographique et le rôle économique croissant de l'Inde lui confèrent un poids régional et global qui doit lui permettre de contribuer à la stabilité en Asie. A propos du Cachemire, l'UE s'est félicitée des progrès entre les deux Etats voisins, et le Premier ministre indien a rappelé qu'aussi longtemps que le Pakistan respectera ses engagements, l'Inde est prête à s'investir dans "un dialogue sérieux pour résoudre tous leurs graves différends, dont celui du Cachemire".
En termes d'échanges économiques, les conclusions soulignent particulièrement le besoin d'intensifier les flux commerciaux et d'investissements et de régler le problème des obstacles administratifs et les fraudes douanières qui demeurent. Selon M. Singh, les flux économiques et financiers sont "largement en dessous de leur niveau potentiel". Dans ce contexte et dans celui d'une évolution logique de la mondialisation, il convient d'adopter le "juste point de vue" à propos des délocalisations, a-t-il ajouté. A l'OMC, Européens et Indiens continueront d'œuvrer en faveur de la conclusion de l'Agenda de Doha et reconnaissent que le "développement reste au cœur des négociations". Dans le domaine spatial, les deux parties se sont félicitées des progrès enregistrés dans le cadre des négociations sur la participation indienne au projet Galileo, et qui devraient permettre un accord dans un futur proche. Le Premier ministre indien s'est toutefois gardé de préciser le montant de la contribution que son pays apportera, soulignant que c'était "un point en discussion".