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Bulletin Quotidien Europe N° 8709
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Le résultat dans l'ensemble positif de l'initiative Lamy-Fischler ne doit pas faire oublier les aspects encore conflictuels du prochain round de l'OMC

Un effort irlandais appréciable mais vraisemblablement peu efficace. Au début du mois, la Présidence irlandaise du Conseil Agriculture a diffusé un document qui s'efforce de faire connaître quelques vérités sur la politique agricole de l'Union (voir notre bulletin du 8 mai, pp.9/10). Ce document prouve à quel point la PAC a été réformée dans la bonne direction, en tenant compte des vrais intérêts de la nature et de l'humanité, et il détruit la légende d'une Europe agricole fermée sur elle-même, arrogante et conquérante. L'UE est de loin le principal importateur mondial de produits agricoles, elle absorbe la plupart des exportations des pays pauvres, elle est seule à offrir à ces pays des préférences commerciales substantielles (elle achète en particulier 85% des exportations agricoles de l'Afrique), elle a réduit radicalement les subventions à l'exportation de ses produits agricoles ainsi que le soutien à ses prix intérieurs. Et pourtant, demandez à n'importe qui si l'Europe est davantage importateur ou exportateur de produits agricoles, on vous sortira son protectionnisme à l'importation et ses subventions à l'exportation pour aboutir au lieu commun de l'"Europe forteresse" et conclure qu'elle exporte sans doute davantage que ce qu'elle importe. Ce qui est tout simplement faux. La Présidence irlandaise a préconisé une large diffusion de son document (notamment auprès des pays en développement), en le présentant comme un effort pour améliorer la "communication" vers le reste du monde et pour mieux faire connaître la réalité; sinon, "l'avenir de la politique agricole européenne risque d'être déterminée non pas par le Conseil mais par des forces extérieures".

Du point de vue de la communication, je suis plutôt sceptique sur le résultat de cette tentative. On lira encore et encore les inepties, voire les mensonges habituels. Pourquoi est-il si difficile de faire comprendre la vérité? L'une des raisons principales est, à mon avis, que les inepties et les mensonges sont largement l'oeuvre de forces politiques et de media européens. Les ennemis de l'agriculture européenne, il ne faut pas aller les chercher loin: ils sont présents en force au sein de la classe politique de plusieurs Etats membres, dans une partie de la presse (qui, par ignorance ou mauvaise foi, se fait l'écho des accusations américaines et autres), dans les lobbies qui défendent les intérêts du commerce mondial et des grandes multinationales (lesquelles ne manquent pas de moyens ni de serviteurs complaisants). En outre, certaines ONG, au lieu d'agir modestement et efficacement "sur le terrain", ont pour ambition prioritaire d'être visibles dans les grandes villes occidentales et ne peuvent pas cacher leurs velléités politiques, alors que l'amélioration des conditions de vie des "damnés de la terre" représente le dernier de leurs soucis.

Premier résultat positif, mais… Dans ces conditions, l'initiative Lamy-Fischler en faveur de la suppression progressive et conditionnelle des subventions à l'exportation des produits agricoles européens oblige les partenaires internationaux à agir à découvert et démasque un certain nombre d'hypocrisies. On saura maintenant qui est vraiment prêt à supprimer ses propres subventions à l'exportation (quelle que soit leur nature); on verra qui comprend et protège effectivement les intérêts des pays pauvres et qui les utilise pour défendre en réalité ses propres intérêts. Malgré les différences d'appréciation au sein de l'UE, signalées dans cette rubrique d'hier, le pari audacieux des deux Commissaires européens a provoqué le choc attendu: l'accueil des principaux membres de l'OMC, constaté dans la réunion informelle de Paris au niveau ministériel, a été interprété en général comme un "déblocage" (voir notre bulletin d'hier, page 15), qui devrait permettre de relancer les négociations officielles au sein de l'OMC, avec la participation de tous. Mais il ne faut pas passer d'un excès de pessimisme à un excès d'optimisme. Il ne faut quand même pas oublier que:

on ne sait encore presque rien à propos des intentions des pays du G20 dans le secteur industriel. Sont-ils prêts à des ouvertures réelles ?

le compromis envisagé sur les sujets dits "de Singapour" consiste en pratique en leur abandon, ce qui ne correspond pas aux ambitions de Pascal Lamy dans la direction d'une "mondialisation maîtrisée et réglementée". C'est un sujet qui dépasse le cadre du prochain round de l'OMC, et j'entends y revenir;

à l'intérieur du domaine de l'agriculture, seul un volet a bougé, celui des subventions à l'exportation, tandis que la question des subventions internes est toujours ouverte et que le volet principal, celui de l'accès au marché, demeure conflictuel. L'UE n'est pas en mesure de faire des concessions excessives à ce sujet (dans l'intérêt même des pays pauvres). Je considère comme préoccupante et déconcertante l'attitude ambiguë à ce sujet d'une partie des pays ACP. Ce sera le sujet de cette rubrique de demain.

(F.R.)

 

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