Bruxelles, 27/02/2003 (Agence Europe) - "Personne ne comprendrait qu'on reprenne nos délibérations sans prendre en compte l'aggravation de la situation internationale et la division au sein de l'Union européenne" qu'elle a fait éclater au grand jour, a admis le Président de la Convention européenne Valéry Giscard d'Estaing en ouvrant jeudi après-midi une plénière de la Convention consacrée au laborieux travail de présentation et de discussion des amendements aux premiers seize projets d'articles de la future Constitution européenne soumis aux conventionnels par le présidium (voir entre autres EUROPE d'hier, pages 6 et 7).
La crise en Irak, le débat au Conseil européen et au Conseil de sécurité "font peser une ombre et une angoisse sur nos travaux", a renchéri M.Giscard d'Estaing, en estimant que jamais, même dans des périodes "autrement périlleuses, comme celles de la guerre froide, l'Europe n'avait affiché si ouvertement ses divisions sur la scène internationale". Cependant, "nous devons demeurer l'enceinte où on peut répondre à l'aspiration de la majorité des Européens que l'Europe réussisse à s'exprimer d'une seule voix", a-t-il averti, tout en notant que mêmes les textes "les mieux conçus" ne suffisent pas s'il n'y a pas la volonté politique de les utiliser, et s'il n'y a pas "la réaction instinctive de consulter d'abord les partenaires européens". Or, a-t-il regretté, "la confiance mutuelle est aujourd'hui ébranlée".
En même temps, le Président Giscard d'Estaing a essayé d'encourager les conventionnels: "ne nous laissons pas distraire de notre travail", il ne faut pas se "laisser aller à la résignation et se laisser abattre", au contraire, "maintenons le rythme de notre travail, et augmentons- s'il le faut", les a-t-il exhortés. Et il a insisté: nous avons déjà "beaucoup accompli", continuons à faire des propositions dans une "langue simple et vigoureuse"". Car "une crise peut avoir un effet salutaire", a-t-il noté, en rappelant notamment que c'est au début des années 70, au moment du premier choc pétrolier, lorsque le Proche-Orient était en flammes et que le terrorisme "secouait nos villes d'Europe", qu'était né le Conseil européen (sa propre création, lorsqu'il avait proposé, comme Président de la République française, que de telles réunions régulières - au "coin du feu" dans ses intentions de l'époque - remplacent les sommets convoqués au gré de la nécessité: NDLR). "Peut-être, ce qui se passera bientôt", a-t-il ajouté (sans citer la possibilité d'une guerre en Irak), "nous permettra-t-il un jour, qui n'est pas aujourd'hui", d'avoir une présence unitaire sur la scène internationale et une "diplomatie européenne".
Le discours des ministres des Affaires étrangères français et allemand, jeudi après-midi, avait un ton analogue. La situation internationale exige que l'on s'interroge "sur la place de l'Union européenne dans le monde", a insisté Dominique de Villepin, pour qui il faut, "plus que jamais", affirmer des "objectifs communs". Quant à Joschka Fischer, il a estimé que la crise actuelle fait ressortir encore plus la nécessité de respecter le calendrier de la Convention européenne, et de s'entendre sur la future Constitution avant la fin de l'année.
Dans son exposé, qui a duré près d'une heure, VGE a aussi donné quelques indications sur le calendrier des travaux (voir EUROPE d'hier, p.5, à propos des demandes dans ce sens du représentant du gouvernement néerlandais à la Convention Gijs de Vries). Ainsi, a-t-il annoncé: - la plénière des 17 et 18 mars discutera en particulier des finances de l'Union européenne et de l'espace européen de liberté, justice et sécurité, et du "document très important et lourd à manier" sur la deuxième partie du Traité (les politiques de l'Union); - la plénière des 3 et 4 avril sera consacrée en particulier aux relations entre l'UE et ses voisins proches, et permettra une première discussion sur les dispositions générales et finales; - lors de la plénière des 24 et 25 avril seront abordées les questions des institutions et de la vie démocratique de l'Union.
EUROPE reviendra demain sur la suite des débats sur les amendements aux projets du présidium sur les 16 premiers articles de la future Constitution. J'ai ici 1187 amendements qui "ne laissent pas de place pour ma tortue préférée", a commenté Valéry Giscard d'Estaing (qui d'habitude pose une tortue sur son pupitre, pendant les plénières). Et il a ajouté: il y en a 435 sur les trois premiers articles....