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Bulletin Quotidien Europe N° 8402
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/sommet europeen

Vers l'adoption d'une position commune européenne n'excluant pas, en dernier ressort, le recours à la force pour désarmer l'Irak

Bruxelles, 17/02/2003 (Agence Europe) - Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE essayaient lundi soir, lors de leur Sommet spécial sur l'Irak, d'aboutir à une position commune qui pourrait effacer l'image actuelle d'une Europe divisée entre ceux qui soutiennent l'option militaire des Etats-Unis et ceux qui se sont ralliés à la position franco-germano-belge favorable à une intensification des démarches diplomatiques et à un renforcement des inspections. Le Sommet (qui était en cours au moment où nous allions sous presse) a été préparé lundi par les ministres des Affaires étrangères qui, lors d'une réunion spéciale quelques heures auparavant, ont débattu des différents éléments du dossier irakien, sans toutefois chercher à élaborer un texte. L'objectif de la Présidence grecque était de soumettre aux chefs de gouvernement un projet de déclaration qui, en tenant compte des discussions des ministres des Affaires étrangères, reprendrait, en les consolidant, les conclusions que le Conseil Affaires générales avait adoptées le 27 janvier dernier. Ce texte devait donc réaffirmer le rôle central des Nations unies dans ce processus qui doit conduire au désarmement de l'Irak dans le droit fil du respect de la résolution 1441 du Conseil de sécurité. Un appel pressant aux autorités irakiennes leur rappellera qu'il leur appartient de collaborer pleinement et sans délai avec les inspecteurs. Les Quinze devaient confirmer leur soutien aux inspecteurs qui devraient pouvoir poursuivre leur travail aussi longtemps qu'il apporte des résultats, et éventuellement s'engager à fournir toute l'aide nécessaire pour leur permettre d'accomplir leur mission avec un maximum d'efficacité. L'une des principales nouveautés de ce texte par rapport à celui du 27 janvier serait la reconnaissance de la nécessité de l'usage de la force comme ultime recours pour faire appliquer la résolution 1441. Le texte devait aussi réaffirmer la nécessité de régler le conflit du Proche-Orient.

Le débat entre ministres des Affaires étrangères a été "très franc et amical, en dépit des divergences de vues", et la volonté existait de toutes parts de parvenir à une position commune des Quinze, a dit le ministre allemand Joschka Fischer qui préside actuellement le Conseil de sécurité des Nations unies et qui, comme plusieurs de ses homologues, a souligné que les délais laissés aux inspecteurs des Nations unies étaient une question pour le Conseil de sécurité, pas pour l'Union européenne.

Le Haut Représentant Javier Solana a, lui aussi, prévu que la déclaration des Quinze admettrait qu'une guerre pourrait s'avérer nécessaire, mais seulement en tant qu'option ultime, une fois que tous les recours diplomatiques auront été épuisés sans pouvoir atteindre l'objectif du désarmement de l'Irak. "Tout le monde s'accorde à dire que la guerre n'est qu'un dernier recours", a dit M. Solana. "Je pense que tout le monde est d'accord pour dire que la guerre peut être nécessaire à un moment donné, mais nous ne sommes pas encore à ce stade. Nous devons d'abord épuiser tous les moyens diplomatiques et tous les moyens de prolonger la mission des inspecteurs de l'ONU", a-t-il ajouté. Pour M.Solana, les Quinze devaient au moins s'accorder sur trois points essentiels: Saddam Hussein doit être désarmé, le "centre de gravité" des actions doit rester l'ONU, le rôle des inspecteurs est "fondamental", et ils ont besoin du soutien nécessaire pour pouvoir achever leur travail.

« Le processus des inspections a progressé, mais pas sur la substance », a déclaré le ministre des Affaires étrangères britannique Jack Straw en insistant, lors de la réunion comme devant la presse, sur le fait que des progrès n'ont été possibles que parce les soldats américains et bientôt britanniques présents en masse constituent « une menace crédible d'emploi de la force ». M. Straw a assuré qu'il n'y a pas « de désaccords fondamentaux », entre les Quinze, qui partageant « le même objectif ultime, le désarmement de l'Irak, la destruction des armes de destruction massive » et qui reconnaissent tous que l'Irak ne remplit pas ses obligations. Il a toutefois admis ses divergences de vues avec son « bon ami Dominique de Villepin ». Jack Straw a précisé devant la presse que ce Sommet n'était de toute manière pas le lieu « pour négocier sur des jours ou des semaines (d'inspections: NDLR), puisque ceci relève de la responsabilité des Nations Unies, et pas de l'UE ». Si l'Irak n'accepte pas que les inspections se déroulent dans de bonnes conditions, cela ne sert à rien de multiplier le nombre d'inspecteurs, a-t-il déclaré en réponse à une question sur la proposition franco-germano-belge concernant le renforcement du nombre d'inspecteurs. Jack Straw a voulu minimiser la portée des manifestations qui ont rassemblé près de deux millions de personnes contre la guerre dans tout le Royaume-Uni le week-end dernier, et a nié qu'il se soit agi de la plus grande manifestation que son pays ait connu. Même s'il faut les écouter, les manifestants ne représentent pas l'ensemble de l'opinion publique, a-t-il dit, en notant que beaucoup d'entre eux n'étaient pas opposés à l'emploi de la force comme dernier recours - ce qui est exactement la position du gouvernement britannique, a-t-il conclu.

Pour le ministre belge Louis Michel, l'enjeu du Sommet de lundi soir était "de démontrer notre cohésion et notre volonté commune de faire entendre la voix de l'Union européenne en tant que telle". "Il est inconcevable que l'UE reste à l'écart d'un débat qui porte sur la paix et la guerre dans une région qui est proche de l'Europe", a-t-il dit dans son intervention. Pour l'instant, l'Europe ne parle pas d'une seule voix, a regretté M. Michel, et la "lettre des huit" (Royaume-Uni, Espagne, Italie, Portugal, Danemark, Pologne, République tchèque, Hongrie), "cette initiative malencontreuse", y est pour quelque chose, car elle a lancé un « signal de division de l'Europe qui nous a tous affaibli, tant les auteurs de la lettre que ceux qui ne l'ont pas signée ». Selon M. Michel, les Quinze allaient s'entendre, lundi soir, sur une "position forte et cohérente qui rétablirait notre unité de vision, de volonté et d'action". Pour aboutir à cette position commune de l'UE, « nous devons échapper au faux dilemme: pour les Etats-Unis ou pour l'Europe ». Selon lui, la relation transatlantique peut être préservée, "voire même renforcée". Et de préciser les éléments clés sur lesquels l'UE et les Etats-Unis devraient pouvoir "se retrouver": a) l'objectif commun est le désarmement de l'Irak; b) le désarmement doit être mené à son terme dans les meilleurs délais possibles, car le temps presse; c) pour y parvenir, il convient de poursuivre les inspections. Le dernier rapport Blix a démontré que les inspections sont payantes; d) il faut s'assurer la coopération active de l'Irak avec les inspecteurs. La charge de la preuve repose sur l'Irak; e) il faut dès lors continuer à exercer une pression maximale pour amener Bagdad à se conformer à ses obligations; f) l'usage de la force, qui ne peut pas être exclu, ne pourrait constituer qu'un ultime recours. Avant d'y arriver, il faut avoir épuisé tous les moyens pour parvenir à l'objectif du désarmement dans la paix.

En arrivant au Sommet, le Président français Jacques Chirac a déclaré que la France s'opposerait à une deuxième résolution au Conseil de sécurité. Il a déclaré que le désarmement devait être accompli par le biais des inspections, soulignant que la guerre est toujours la plus mauvaise des solutions. Le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen s'est montré confiant quant à la possibilité des Quinze d'adopter une position commune.

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