Bruxelles, 17/02/2003 (Agence Europe) - Lors de son intervention devant les députés de la commission parlementaire des Affaires économiques et monétaires présidée par Christa Randzio-Plath (sociale-démocrate allemande), lundi après-midi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Wim Duisenberg a reconnu que la menace d'une guerre en Irak assombrissait les perspectives économiques en Europe, tout en se montrant confiant quant à l'évolution de l'inflation cette année. Selon lui, ce serait prématuré d'invoquer le risque d'une guerre pour remettre en cause le bien-fondé des règles du Pacte de stabilité.
« L'incertitude sur les perspectives économiques reste élevée, en particulier à cause de la poursuite des tensions géopolitiques. Une turbulence accrue dans les marchés pétroliers pourrait avoir un impact négatif sur l'activité économique à travers le monde et, donc, aussi sur l'emploi dans la zone euro. Ces préoccupations pourraient avoir aussi un effet défavorable sur la confiance », a ainsi déclaré M. Duisenberg, avant d'ajouter que « les déséquilibres macro-économiques accumulés en dehors de la zone euro ont entraîné des incertitudes quant à la vigueur de la reprise dans d'autres économies. Il existe encore des risques à la baisse de l'activité économique dans la zone euro », a-t-il conclu. Cependant, il a répété que le scénario le plus probable restait celui d'une augmentation progressive du taux de croissance du PIB à partir de la deuxième moitié de l'année. En répondant à une question de Johannes Blokland (Europe des Démocraties et des Différences, néerlandais), le président de la BCE a précisé que la zone euro devrait atteindre à la fin de l'année un taux de croissance « raisonnable », compris entre 2% et 2,5% du PIB.
Au sujet des prix, M. Duisenberg a rappelé que l'inflation « est restée légèrement au dessus de 2% au cours des derniers mois », en précisant que « d'un côté, il y a eu une pression à la hausse venant des prix du pétrole et de diverses augmentations des impôts indirects, alors que de l'autre côté, le renforcement de l'euro a permis de limiter l'augmentation des prix à la consommation ». La perspective d'une croissance économique modérée et la remontée progressive de l'euro « devraient contribuer à amortir les pressions inflationnistes », a estimé M. Duisenberg, qui prévoit toujours une baisse et éventuellement une stabilisation du niveau de l'inflation en dessous de 2% en cours d'année. « Cependant, comme les prix du pétrole sont particulièrement volatiles, il est très difficile de faire des prévisions en matière d'inflation, surtout à court terme », a-t-il ajouté.
En répondant à des questions de plusieurs députés, M. Duisenberg a déclaré qu'il était encore « beaucoup trop tôt pour utiliser la menace d'une guerre (...) pour remettre en cause le bien-fondé des règles du jeu, telles qu'elles ressortent du Pacte de stabilité » (voir EUROPE du 12 février, p.10, à propos des remarques du Commissaires Pedro Solbes). Mais il a admis qu'un effort de guerre pourrait conduire à un reclassement des priorités pour les dépenses gouvernementales.
M. Duisenberg a ajouté qu'il était « impossible » d'anticiper à ce stade quelle sera la réaction de la BCE en matière de taux d'intérêt en cas de déclenchement d'une guerre contre l'Irak. Tout dépendra « de la durée, d'un éventuel conflit, de son intensité, de son impact sur les prix du pétrole ». M. Duisenberg a rappelé que les incertitudes géopolitiques actuelles, en particulier celles liées à la situation en Irak, avaient déjà été prises en compte le 5 décembre dernier par la BCE lors de la dernière baisse de ses taux. Ces incertitudes étaient alors « très présentes dans notre esprit », a souligné M. Duisenberg avant d'ajouter que, depuis lors, elles « se sont matérialisées, se sont confirmées et persistent ».