Bruxelles, 25/11/2002 (Agence Europe) - La décision de la conférence des présidents du Parlement européen d'interdire l'accès des bâtiments de l'institution à deux délégués zimbabwéens membres du ZANU-PF et soumis à ce titre aux sanctions de l'UE (voir aussi EUROPE du 23 novembre, p.4) a entraîné l'annulation de la réunion de l'Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE qui devait se tenir cette semaine à Bruxelles. Le groupe ACP n'a pas pu accepter cette décision unilatérale du Parlement européen qui interfère directement dans le fonctionnement de l'Assemblée parlementaire.
Lors d'une réunion de la délégation européenne, la co-présidente de l'Assemblée, la travailliste britannique Glenys Kinnock, a indiqué que, malgré de nombreux contacts depuis samedi et la "participation constructive" du co-président ACP, Adrien Houngbedji, il n'avait pas été possible de trouver un accord. Elle a précisé que l'une des possibilités aurait été que le groupe ACP boycotte la séance solennelle d'ouverture et que les propositions de résolutions concernant le Zimbabwe soient retirées. Cette formule était acceptée par la délégation européenne mais n'a pas reçu l'accord du groupe ACP. Le transfert de la réunion dans un autre lieu à Bruxelles a été jugé "irréaliste" par Mme Kinnock, notamment pour des raisons d'intendance liées à l'interprétation. La Belgique avait fait une proposition en ce sens qui avait reçu l'assentiment du groupe ACP. Mme Kinnock a ensuite proposé à la délégation européenne d'entendre immédiatement le président du parlement du Timor Oriental, Francisco Guterres, et le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour les enfants, Olara Otunnu qui auraient dû s'exprimer en plénière. Avant l'intervention de M. Guterres, le communiste français Francis Wurtz a, tout en saluant le président du parlement timorais, protesté contre le procédé utilisé par Mme Kinnock pour "éluder" une discussion sur l'annulation de la réunion de l'Assemblée, et a rappelé qu'il s'était élevé, en conférence des présidents, contre une décision qui allait logiquement "torpiller l'Assemblée". Sa déclaration a été suivie par le départ fracassant d'un autre membre français du groupe GUE/NGL, Fodé Sylla qui s'est insurgé contre la tenue de la réunion de la délégation européenne. Dans un communiqué conjoint, les cinq membres Verts/ALE de la délégation du PE (Caroline Lucas, Nelly Maes, Inger Schörling, Didier Rod, Paul Lannoye et Marie-Anne Isler Beguin) ont déploré eux aussi l'ajournement de la session. "L'Assemblée parlementaire est une structure paritaire, indépendante du PE. Le bureau et/ou la plénière de l'Assemblée aurait dû prendre toute décision qui affecte les travaux de l'Assemblée. La partie européenne n'a pas respecté les règles de travail", constatent-ils avant d'ajouter que la décision de la conférence des présidents est "antidémocratique et reflète une attitude colonialiste et paternaliste à l'égard de l'Accord de partenariat de Cotonou".
Après l'intervention de Mme Kinnock, la salle s'est progressivement vidée et il ne restait plus que 18 députés présents (sur les 77 que compte la délégation) au moment où intervenait une jeune guinéenne invitée par M. Otunnu à témoigner sur la situation des enfants en Afrique. M. Otunnu a dressé un rapide aperçu des progrès enregistrés dans certains pays d'Afrique comme l'Angola, mais il a souligné qu'il reste beaucoup à faire pour améliorer la situation des enfants, et a dénoncé en particulier l'enrôlement de jeunes dans des organisations paramilitaires en Irlande du Nord, les pratiques des forces armées russes et le recrutement des enfants par les rebelles en Tchétchénie, les problèmes de malnutrition et d'accès aux soins et à l'éducation en Afghanistan et les problèmes en Afrique de l'Ouest et de l'Est. M. Guterres a insisté pour sa part sur les efforts constants de réconciliation que doivent mener les nouvelles autorités du Timor Oriental et a aussi souligné l'importance du partenariat de Cotonou pour la promotion du dialogue et la lutte contre la pauvreté dans le monde.
Lors d'une conférence de presse, Mme Kinnock a reconnu que l'annulation de la session était « un revers grave », mais elle a rappelé qu'elle soutenait la décision de la conférence des présidents et a estimé que cette annulation « aurait pu être évitée sans la provocation » zimbabwéenne (référence au choix de deux délégués figurant sur la liste noire de l'UE alors qu'il aurait été possible de désigner d'autres parlementaires). « Nous avons besoin de construire des ponts », a-t-elle ajouté, en indiquant que le problème ne devrait plus se poser l'année prochaine. La première session de 2003 aura lieu dans un pays ACP (EUROPE croit savoir qu'il pourrait s'agir du Congo-Brazzaville, dans la première semaine d'avril) et celle du deuxième semestre en Italie. Une réunion du bureau de l'Assemblée doit se tenir en janvier.
Le coprésident ACP de l'Assemblée, Adrian Houngbedji, a déploré devant la presse le caractère unilatéral de la décision européenne, en notant que la situation n'était pas conforme au droit, puisque les deux délégués concernés avaient reçu de la Belgique leur visa, conformément aux dérogations prévues pour la participation à des réunions d'organisations internationales.