Bruxelles, 27/09/2002 (Agence Europe) - Le Commissaire aux relations extérieures Chris Patten a, dans un exposé prononcé mardi sur les leçons et défis de la PESC, reconnu que les changements institutionnels peuvent contribuer à développer la politique étrangère et de sécurité commune, mais il a insisté sur la nécessité que la volonté politique "ne soit pas à la traîne des arrangements institutionnels". M.Patten, qui s'exprimait lors d'un petit-déjeuner organisé par The European Policy Centre, a annoncé qu'il précisera bientôt ses idées devant le groupe de travail de la Convention européenne sur l'action extérieure, présidé par Jean-Luc Dehaene (qui se réunira le 8 octobre prochain et devrait entendre aussi Javier Solana: NDLR). Sur la proposition d'unir en une seule personne les fonctions de Haut Représentant et de Commissaire aux relations extérieures, M.Patten a dit imaginer qu'il faudra sans doute passer d'abord "par un ou deux pas intérimaires".
Le fait de "rouspéter contre les Etats-Unis", "ce n'est pas la même chose que d'avoir une politique étrangère européenne", a averti M.Patten, pour qui l'Union doit démontrer concrètement sa crédibilité en assumant davantage de responsabilités, en veillant au maintien du multilatéralisme et au respect du "livre global des règles" et en étant plus "proactive" en matière de prévention des conflits. Ceci signifie que l'UE doit être prête à faire davantage aussi en matière de sécurité, même si elle ne saurait pas essayer de "rivaliser" avec les Etats-Unis sur le plan militaire. Comment le pourrait-elle d'ailleurs, face à un président américain qui vient de demander au Congrès d'approuver des dépenses militaires de 14% du budget? a-t-il lancé. Et il a noté: l'autre jour, j'ai demandé aux députés européens si leur parti pourrait gagner les élections en faisant une demande de ce genre, et seul le général Morillon a dit oui. Non, "nous n'avons pas à payer un tel tarif d'entrée" pour assumer nos responsabilités, a estimé M.Patten.
Dans quelles conditions une attaque préventive contre l'Irak serait-elle justifiable? "J'espère que toute action que la communauté internationale sera obligée d'entreprendre le sera sur la base d'un mandat de l'ONU et d'un consensus international", a répété M.Patten, tout en ajoutant: que pouvons-nous faire si Saddam Hussein continue à "défier l'ONU? Allons-nous écrire une lettre au "Financial Times"? Organiser une pétition?". Si nous avons emprunté le chemin de l'ONU, nous ne pouvons pas tout simplement "nous en détourner", souligne le Commissaire. Cependant, si nous voulons des inspections, "ce n'est pas utile de les confondre avec d'autres objectifs", insiste M.Patten qui, à la question de savoir si les inspecteurs de l'ONU devraient être accompagnés par des militaires, réplique: M.Blix, si je considère son expérience, y compris en Corée du Nord, a "une énorme crédibilité". Et il pose la question fondamentale du recours à la force en rappelant la métaphore de l'homme qui rencontre un ours: s'il n'a pas d'arme, il essayera de s'éloigner intelligemment, s'il a un fusil, il va probablement tirer, mais s'il le fait, il risque aussi d'attirer d'autres ours... "Ce n'est pas parce que vous êtes fort que le seul moyen d'avoir votre mot à dire est l'usage de votre force militaire", conclut M. Patten.