Bruxelles, 19/09/2002 (Agence Europe) - La Conférence sur la traite des êtres humains, organisée du 18 au 20 septembre à Bruxelles, pourrait être l'occasion d'un appel généralisé pour que les victimes de trafic d'êtres humains se voient accorder un permis de séjour temporaire si elles collaborent avec la justice et ne soient de toute manière pas poursuivies pour des infractions qu'elles auraient commises pendant qu'elles étaient victimes de ce trafic. Dans l'annexe du projet de conclusions, la Commission européenne et l'Organisation internationale pour les migrations proposent aux représentants des gouvernements, ONG et Institutions internationales présents à la conférence de se prononcer pour ces deux mesures, ainsi que pour l'octroi aux victimes de toute une série de mesures de soutien qui doivent inclure un logement, une aide psychologique, juridique et de santé. Le projet de conclusions lui-même est plus général et s'attache à souligner l'importance de la collaboration internationale pour une lutte contre "l'ensemble de la chaîne du trafic, pays d'origine, de transit et de destination" et vise "les recruteurs, les transporteurs, les exploiteurs et autres intermédiaires, les clients et bénéficiaires". La déclaration devrait aussi appeler à lutter contre la pauvreté et les discriminations contre les femmes, qui sont "à la racine" du problème. La déclaration devrait définir le trafic des êtres humains comme étant "l'exploitation sexuelle forcée, l'exploitation au travail dans des conditions proches de l'esclavage, l'exploitation pour mendicité et pour la délinquance juvénile, de même que la servitude domestique". La conférence doit se clore ce vendredi midi sur l'adoption de la déclaration et de son annexe. La Commission européenne devrait aussi être appelée à mettre en place un groupe d'experts composé de représentants des gouvernements, d'ONG, d'organisations internationales et chercheurs pour déterminer les meilleures pratiques dans la prévention et la lutte contre la traite des êtres humains.
Renzo Imbeni, vice-président du Parlement européen, a ouvert la conférence mercredi matin en appelant à beaucoup plus de coopération entre gouvernements, ainsi qu'avec les organisations internationales et non gouvernementales, pour lutter "contre ce phénomène de plus en plus répandu". Il a demandé une politique plus forte et cohérente au sein de l'UE, pour aller au-delà des initiatives "en ordre dispersé". Il a critiqué le fait que ni la Commission ni le Conseil n'avaient pu fournir des données fiables. Brunson McKinsley, directeur général de l'OIM, a lui aussi insisté sur l'importance de la coopération internationale, et demandé que les différents acteurs travaillent à l'information des victimes potentielles et du large public. Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt a exposé les principes sur lesquels il pense, d'après l'expérience belge, qu'il faut fonder la lutte contre la traite des êtres humains: recherche et échange d'informations; campagnes de prévention; mesures administratives communes (vérification des visas, mariages de convenance...); lutte contre le travail au noir, particulièrement dans le domaine de la prostitution; politique pénale sévère; aide aux victimes auxquelles on doit accorder un permis de séjour temporaire ou permanent lorsqu'elles coopèrent avec la justice. La conférence s'est poursuivie par une évaluation des politiques européennes et la prévention du trafic, avant de passer jeudi à la protection des victimes.
Anna Diamantopoulou demande une politique ciblée sur la lutte contre l'exploitation
des êtres humains à des fins sexuelles
La lutte contre la traite des êtres humains, et plus particulièrement des femmes et des enfants, est un problème mondial qui nécessite une vue d'ensemble; il faut s'attaquer aux racines de cette forme d'esclavage moderne pour le combattre, a déclaré la sociale-démocrate suédoise Maj Britt Theorin, parlementaire européenne, à l'ouverture des travaux du panel sur "la protection et l'aide aux victimes" qu'elle présidait jeudi matin. La Commissaire Anna Diamantopoulou a estimé que pour vaincre ce fléau, il faut en particulier lutte contre la pauvreté dans les pays de l'Est (dont sont issues la plupart des victimes, et trouver des moyens juridiques pour leur donner un accès à l'éducation et à l'emploi, et pour accroître la participation des femmes à la vie politique et économique. "Grande destinataire de ce trafic, l'UE a la responsabilité de travailler avec les pays d'origine et de transit pour enrayer le phénomène. Il faut une politique spécifique pour lutter contre l'exploitation des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle", a commenté Mme Diamantopoulou en soulignant que "les femmes représentent 70% du 1,3 milliard de pauvres de par le monde". Elle a par ailleurs annoncé que la commission italienne sur l'égalité des chances et la Commission européenne organisent une conférence sur la traite des femmes les 5 et 6 décembre en Sicile pour sensibiliser l'opinion publique à ce fléau. "Au niveau européen, l'approche s'articule autour d'une législation commune et d'un ensemble d'activités portant sur des projets à l'échelon européen. Mais il faut analyser l'ensemble de la situation selon deux pistes: la demande et l'offre. Nous sommes face à un véritable commerce d'esclaves. Il faut réagir de façon sociale. Il y a un besoin de partenariat en termes sociaux pour aboutir à des solutions efficaces", a conclu la Commissaire.