Bruxelles, 19/09/2002 (Agence Europe) - La Commission européenne a adopté jeudi, une stratégie sur le développement durable de l'aquaculture européenne qui s'inscrit dans le contexte de la réforme de la politique commune de la pêche (annoncée dans EUROPE du 4 septembre, p.13). L'ambition du Commissaire Franz Fischler est de créer de 8 000 à 10 000 emplois à temps plein entre 2003 et 2008, justement dans les régions côtières qui auront le plus à souffrir des conséquences de la restructuration du secteur de la pêche. Cette stratégie, qui sera présentée mardi aux Etats membres lors du Conseil Agriculture/Pêche, a aussi pour objectif d'offrir des produits de la pêche sûrs et de bonne qualité et d'établir des normes en matière de santé et de bien-être des animaux.
Par ailleurs, de nouvelles propositions de réforme seront adoptées prochainement, par procédure écrite, sur les sujets suivants: la pêche en Méditerranée (voir EUROPE du 12 septembre, p. 9), l'amélioration des avis scientifiques, le contrôle et le suivi des activités halieutiques et la pêche dans les eaux extracommunautaires.
Voici un aperçu des mesures proposées pour développer l'aquaculture en Europe:
Stabilité de l'emploi: l'aquaculture est appelée à devenir une « solution de repli » pour les pêcheurs qui quittent la branche «captures» de l'industrie de la pêche, reconnaît la Commission, qui préconise pour cela une augmentation de 3,4 à 4 % par an du taux de croissance de la production aquacole. La Commission suggère de recentrer les aides publiques sur des mesures visant à consolider les exploitations existantes, à encourager la formation, le suivi, la recherche et le développement d'activités et à promouvoir des technologies d'élevage respectueuses de l'environnement. Elle propose une aide spécifique pour récompenser les activités agricoles contribuant particulièrement à la protection de l'environnement et l'extension à l'aquaculture du champ d'application de la législation relative aux produits biologiques.
La Commission estime aussi qu'il serait nécessaire de stimuler la demande en produits aquacoles en créant de labels de qualité et en lançant des campagnes d'information pour améliorer l'image du secteur. Les pisciculteurs sont invités à construire des partenariats de manière à coordonner l'offre et, ainsi, à compenser l'absence d'économies d'échelle dont souffrent les petites exploitations. La Commission rappelle l'importance du rôle des femmes et recommande aux Etats membres de mettre en œuvre les programmes du Fonds social européen pour accroître les possibilités d'emploi dans l'aquaculture. Pour améliorer la gouvernance, les parties intéressées sont invitées à mettre en place des codes de conduite et des codes de bonne pratique afin de réduire les risques de distorsion de concurrence.
Sécurité des produits aquacoles et bien-être des animaux: le réexamen des teneurs maximales en dioxines dans les alimentations animale et humaine est prévu pour 2004 et 2006 et devrait aboutir à un abaissement des niveaux, précise la Commission, qui ajoute que la surveillance et le contrôle de la présence d'antibiotiques et autres résidus dans les produits de l'aquaculture seront renforcés. Elle recommande aux Etats membres d'encourager les recherches sur la prolifération des algues toxiques et propose aussi de modifier une partie de la législation relative aux produits pharmaceutiques afin de répondre aux besoins spécifiques de l'aquaculture. Elle rappelle par ailleurs qu'elle participe actuellement à une initiative du Conseil de l'Europe destinée à adopter des recommandations sur les poissons d'élevage. Une fois cette recommandation adoptée, la Commission soumettra éventuellement une proposition de législation spécifique.
Une aquaculture respectueuse de l'environnement: la Commission propose des idées pour freiner la détérioration de la qualité des eaux autour des installations aquacoles et lutter contre le risque de développement d'espèces non indigènes et d'organismes génétiquement modifiés. Elle examinera aussi s'il convient d'inclure la pisciculture intensive dans le champ d'application de la directive sur la prévention et la réduction intégrées de la pollution, qui s'applique aux activités industrielles potentiellement très polluantes.
La Commission précise qu'en Europe l'aquaculture représente au moins 80 000 emplois (dont 57.000 emplois en équivalent temps plein) et que cette activité s'est développée surtout dans des zones rurales ou des régions périphériques dépendantes de la pêche où les autres possibilités d'emploi font traditionnellement défaut. Les principaux produits de l'aquaculture sont les poissons (truites, saumons, bars, dorades) et les mollusques (moules, huîtres et clams). En 2000, la production s'est élevée à 1,315 million de tonnes, ce qui représente un marché de 2,5 milliards d'euros (17 % de la production halieutique totale de l'Union en volume et 27 % en valeur).