Bruxelles, 12/09/2002 (Agence Europe) - Le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, a réaffirmé le 10 septembre le refus de son pays d'une mise en oeuvre anticipée des dispositions commerciales de l'accord d'association actuellement soumis à ratification. La question du terrorisme a cependant été au centre de son discours face aux membres de la commission des Affaires étrangères du PE. Lors de la prochaine session du PE -fin septembre- est attendu l'avis conforme du PE sur cet accord. Cette adoption a cependant été assortie de réserves, à exprimer par le biais d'un projet de résolution, qui réclame des facilités d'accès au pays à une commission d'enquête de l'ONU sur le sort de disparus, à limiter l'émigration clandestine et qui recommande la définition claire des mécanismes de protection des droits de l'homme. La commission parlementaire ne suit pas la demande des Verts d'imposer une conditionnalité (ratification contre la levée de l'état de siège instauré en 1992), mais elle « exprime son inquiétude au sujet de la corruption (…) et demande aux autorités algériennes de prendre toutes les mesures possibles pour enrayer ce phénomène ». Le ministre s'est félicité de la relance d'un « dialogue serein longtemps attendu. Si on peut aujourd'hui considérer que nos relations avec le Parlement européen ont trouvé le chemin de la normalité, celui-ci a cependant été parsemé d'incompréhensions, voire de divergences profondes, un « fossé s'était creusé du fait d'analyses radicalement différentes de la situation politique en Algérie et plus spécifiquement du traitement du terrorisme et de ses soutiens politiques en Algérie et à travers l'Europe ». Il a implicitement demandé à certains parmi les eurodéputés de faire leur mea-culpa en se félicitant que l'Algérie ait « eu raison de ne pas céder aux injonctions, aux pressions, aux tentatives répétées d'ingérence », tout en « rendant hommage à la clairvoyance d'esprit, au courage politique de démocrates européens ».
Le ministre algérien a évoqué en particulier: - l'accord d'association: le ministre a confirmé que la conclusion d'un accord intérimaire permettant d'anticiper l'application des dispositions commerciales « n'est pas dans l'intérêt » de son pays. L'Algérie souhaite que la ratification soit faite avec « célérité » et appelle à corriger le « caractère asymétrique » des échanges commerciaux » ; - accès du gaz européen: l'approvisionnement de l'Europe en gaz algérien « accroît le caractère stratégique de cette relation », mais la directive gaz européenne génère des « déséquilibres pour les contacts à long terme » avec l'Algérie ; - volet social: l'Algérie prêtera « la plus grande attention » à ce qui résulte des « barrières qui s'élèvent en Europe pour l'accès des citoyens algériens », qu'il appelle à résoudre par le biais « d'un cadre contractuel » ; - coopération intra-régionale. Ni le ministre ni M. Obiols dans son rapport ne font guère allusion au « processus d'Agadir », encouragé par l'UE. L'Algérie opte plutôt pour une coopération « Sud, Sud » entre les pays du Nord de l'Afrique. En réponse à Catherine Lalumière, le ministre a précisé les conditions dans lesquelles a été reporté le « sommet » de l'UMA prévu en juin dernier, désignant pratiquement le Maroc comme responsable de cette annulation. « Une réunion des ministres maghrébins des Affaires étrangères aurait lieu « prochainement à Alger », a-t-il dit ; - situation politique intérieure: le ministre fait valoir que le monde découvre depuis le 11 septembre les méfaits du terrorisme, alors que l'Algérie a dû, seule, pendant une décennie, « faire face à une alliance transnationale qui sponsorisa le terrorisme dans mon pays (et qui) malheureusement bénéficia d'une grande écoute à travers le monde ». Le rapporteur, Raimon Obiols (PSE, Espagne) l'avait assuré de sa compréhension, « venant d'un pays où le terrorisme n'a pas commencé le 11 septembre 2001 ». Peres Esteve (ELDR, Espagne) qui avait conduit une mission en Algérie (27 au 31 mai 2002) a, pour sa part, estimé que « si l'Algérie a pu s'en sortir, c'est parce qu'elle résiste aux ingérences d'alliés objectifs du terrorisme » ; - revendication kabyle: « nous sommes tous berbères et l'Amazight (langue berbère) est enseignée dans le pays », a répondu le ministre à une question ; - Sahara: l'Algérie espère un règlement rapide du dossier sous l'égide de l'ONU laquelle a prévu l'organisation d'un « référendum d'autodétermination »: c'est à quoi se tient l'Algérie », a affirmé le ministre.