Bruxelles, 12/09/2002 (Agence Europe) - Malgré la multiplication des signes d'essoufflement de la reprise économique au sein des pays de la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de maintenir inchangés ses taux d'intérêt à l'issue de la réunion, jeudi à Francfort, de son Conseil des gouverneurs. Le taux de soumission minimal appliqué aux principales opérations de refinancement reste à 3,25 %. Les taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt sont maintenus respectivement à 4,25 % et 2,25 %. Lors d'une conférence de presse, Wim Duisenberg a estimé que le niveau actuel des principaux taux d'intérêt de la BCE restait approprié étant donné que « les risques pour la stabilité semblent assez équilibrés ».
La BCE table sur une croissance « continue, bien que modeste » du PIB réel durant les six derniers mois de cette année et prévoit que la reprise économique parviendra à atteindre son potentiel de croissance (de 2 à 2,5%) en 2003, a déclaré M. Duisenberg, qui a précisé que ce retard de l'activité économique dans la zone euro coïncide largement avec la perspective économique mondiale, « étant donné que le rythme escompté de la reprise a été revu à la baisse ces derniers mois ». Il s'ensuit que la vigueur de la reprise économique est devenue « plus incertaine » à l'intérieur et à l'extérieur de la zone euro. En même temps, les conditions d'une reprise économique plus forte dans la zone euro restent présentes, a relevé le Président de la BCE, pour qui la consommation privée devrait tirer profit d'une inflation moindre et d'un meilleur revenu réel. M. Duisenberg a rappelé que les dernières données confirment une modeste reprise de la croissance du PIB réel dans la zone euro dans la première moitié de cette année et que, au cours du deuxième trimestre, la croissance du PIB réel est estimée à +0,3% (de trimestre à trimestre), après une croissance revue à la hausse de 0,4% au cours du premier trimestre.
Pour que le taux d'inflation descende en dessous de 2% en 2003, il faut « impérativement » que les prix du pétrole n'augmentent pas (davantage) et que la modération salariale prévale, a estimé M. Duisenberg. Par ailleurs, il a indiqué que l'impact des inondations « devrait rester limité », même s'il pourrait en résulter une augmentation temporaire des prix de l'alimentation et une légère contraction de la croissance du PIB (laquelle devrait être stimulée de toute façon par la suite grâce aux opérations de reconstruction).
Au sujet de la masse monétaire M3 (qui a augmenté de 7,3% de mai à juillet 2002, contre +7,4% durant la période d'avril à juin), M. Duisenberg a souligné qu'il pourrait y avoir dans la zone euro plus de liquidités que nécessaire « pour financer une croissance économique durable et non inflationniste ».
Le respect du Pacte de stabilité plus que jamais nécessaire
« Dans le contexte actuel, l'engagement des pays membres en faveur du Pacte de stabilité et de croissance paraît plus justifié que jamais », a déclaré M. Duisenberg, ajoutant que « les pays avec des situations budgétaires saines devraient préserver leurs acquis, tandis que les pays qui ont encore des déséquilibres doivent éviter que leur déficit ne dépasse les 3% du PIB et mettre en œuvre des politiques leur permettant de parvenir à des budgets en équilibre ou proches de l'équilibre ». En réponse à des questions de journalistes, le Président de la BCE a dit qu'il avait « entendu des voix ici et là qui veulent changer des règles du jeu », alors que la BCE s'en tient fermement à sa politique: « ne pas changer les règles du jeu lorsque vous n'avez même pas commencé à jouer ».
Voici un résumé des autres réponses données à la presse par M. Duisenberg:
Les effets d'une éventuelle guerre en Irak: « l'impact d'une opération militaire en Irak est pour l'instant impossible à prévoir », a dit M. Duisenberg, tout en ajoutant que « le risque d'une guerre ou d'une opération militaire en Irak ajoute évidemment aux incertitudes auxquelles nous sommes confrontés ». Il a précisé que les conséquences précises d'une telle opération sur la politique monétaire de la BCE ou sur l'inflation dépendront pour beaucoup « de la nature et de l'ampleur des moyens engagés, de la réaction du marché pétrolier et du reste de la région au Moyen-Orient ».
Surveillance bancaire: en référence aux discussions qui ont eu lieu récemment au Conseil Ecofin à Copenhague (voir EUROPE des 9 et 10 septembre, p.9), M. Duisenberg a bien précisé que « rien n'avait été encore décidé » et qu'il était d'une importance capitale, à ses yeux, que la BCE et toutes les banques centrales nationales soient impliquées dans le travail de tous les comités (l'idée étant de créer deux comités distincts) « car il existe une étroite synergie entre les banques centrales et la surveillance bancaire ».
Croissance en 2002: M. Duisenberg a dit qu'il était « absolument » d'accord avec les prévisions faisant état d'une croissance économique qui pourrait même être inférieure à 1% cette année.