Strasbourg, 05/09/2002 (Agence Europe) - La présidente de la commission économique et monétaire du Parlement européen, la sociale-démocrate allemande Christa Randzio-Plath, s'est indignée de l'attitude des groupes PPE-DE et libéral après le rejet en commission, mardi à Strasbourg, de son projet de rapport sur "le développement et les nouvelles perspectives de l'Union économique européenne."C'est un scandale que dans une période de chômage élevé et d'insécurité dans certains Etats membres, les conservateurs rejettent une politique de plein emploi et les principes de l'économie sociale de marché", affirme-t-elle dans un communiqué, en ajoutant: "conservateurs et libéraux ont une vue du monde qui, après l'écroulement des marchés boursiers et de la nouvelle économie, est dépassée. Le plein emploi et la sécurité sociale devraient être en tête de l'agenda économique de la Convention européenne".
Les démocrates-chrétiens allemands Werner Langen et Peter Michael Mombaur ont reproché pour leur part à Christa Randzio-Plath de poursuivre un « rêve socialiste échoué en Allemagne et de prétendre imposer le plein emploi "de Bruxelles". Le plein emploi est sans doute un objectif "idéal", mais il relève de la responsabilité des Etats membres, et l'Europe ne dispose d'aucun moyen pour créer un "plein emploi artificiel", disent-ils dans un communiqué. En outre, ils critiquent la demande d'un "contrôle politique" de la Banque centrale européenne formulée dans le projet de rapport.
Philippe Herzog, membre français du groupe de la Gauche unitaire et vice-président de la commission économique et monétaire, exprime en revanche sa préoccupation pour cet "échec grave et significatif", qui a pour résultat que "le Parlement n'avancera pas de propositions de réformes de l'Union économique dans le cadre de la "constitution" que prépare la Convention". Le rapport Randzio-Plath suggérait plusieurs réformes qui pouvaient répondre aux attentes des citoyens et que "j'avais moi-même suggérées dans un document adressé à la Convention", indique M. Herzog (qui rappelle que, comme président de l'association Confrontations, il a proposé des réformes de l'Union économique et monétaire "susceptibles de mettre l'Europe en capacité d'autonomie par rapport au leader américain et de bâtir un modèle de développement original exigeant de réelles solidarités"). Et il cite notamment: une définition claire des objectifs de plein emploi, le renforcement des compétences de l'UE pour "donner force à la coordination des politiques économiques nationales, réaliser une harmonisation fiscale, doter l'Union d'un véritable budget et de ressources propres", et le renforcement du contrôle démocratique "avec pouvoir de codécision du Parlement européen étendu à la politique de la concurrence et aux coordinations". M. Herzog note que, lors du vote en commission, les groupes du PPE-DE et libéral ont "édulcoré" par des amendements le texte initial, et que lors du vote final (13 voix pour, 29 voix contre), la majorité du PPE a voté pour le rapport "amendé mais dévitalisé", alors que les socialistes, les verts et "autres gauches" votaient contre, "mais aussi les libéraux (trouvant qu'il restait encore trop matière à intervention publique) ». Le projet de rapport, donc, "n'aura pas de suite", constate M. Herzog. Pour lui, "cet échec n'est pas surprenant" , car, dit-il, au sein de la commission économique et monétaire, "une majorité de députés, comprenant les libéraux, une bonne partie du Parti populaire mais aussi de nombreux socialistes, veut que la concurrence soit accentuée dans l'Union économique, et se réjouit que la compétition réglementaire et fiscale sévisse entre les Etats membres". "Les Anglais, très organisés, avec notamment le lobby des députés-champions de la City de Londres, sont puissants et souvent gagnants. Les socialistes manquent de cohérence et d'ambition transformatrice (...), ils sont souvent frileux sur l'objectif de politiques communes", déplore Philippe Herzog.