Bruxelles, 29/08/2002 (Agence Europe) - Dans un rapport publié le 22 août, l'ONG Oxfam estime que l'organisation commune des marchés (ocm) du sucre compromet la survie de nombreux agriculteurs dans les pays en développement et demande en conséquence une réforme radicale de ce secteur, avec la suppression des quotas d'exportation et l'accès immédiat et complet aux importations des pays les moins développés au travers de l'initiative « Tout sauf les armes ».
Le document d'Oxfam, intitulé « La grande escroquerie de l'UE sur le sucre », accuse notamment la Communauté de « faire pression sur les pays pauvres pour qu'ils ouvrent leur marché tout en protégeant le leur par le biais de droits de douane et de subventions ». Cette politique « est un bel exemple de l'hypocrisie criante de l'Europe dans ses rapports avec les pays en développement », estime l'ONG. Selon Oxfam, l'UE exporte son sucre à des prix 50 à 65 % moins élevés que ceux assurés par la politique agricole commune (PAC), soit bien au-dessous des coûts réels de production. Ces ventes peuvent être réalisées grâce à d'importantes subventions qui coûtent à la Communauté près de 1,6 milliard d'euros par an, affirme l'ONG, ajoutant que « grâce à une quantité importante de subventions plus ou moins claires, l'UE, l'un des producteurs de sucre les plus chers au monde, devient le premier exportateur, comptant pour 40 % des exportations l'an dernier ».
Oxfam accuse le régime communautaire notamment de restreindre l'accès au marché (le Mozambique aurait perdu l'occasion de gagner 108 millions d'euros jusqu'en 2004 en raison des pressions exercées par certaines entreprises européennes comme « British Sugar »), d'écarter du marché d'autres exportateurs (en 2001, l'UE aurait exporté 77 000 tonnes du sucre blanc en Algérie et 150 000 tonnes vers le Nigeria) ou encore de déstabiliser les prix mondiaux (en raison de l'importance des subventions à l'exportation accordées par l'UE).
De son côté, la Commission souligne que l'UE respecte ses engagements vis-à-vis de l'OMC dans ce secteur et qu'elle est le plus grand importateur de sucre du monde (plus de 900 millions d'euros en valeur en 2000, dont 680 millions en provenance des pays en développement à droit nul ou "très bas", soit plus que l'Australie, le Canada, le Japon et les Etats-Unis pris ensemble). Elle rappelle aussi que la Communauté ouvre son marché aux pays les plus démunis dans le cadre de l'opération « Tout sauf les armes ».
De « fausses informations » selon le Copa-Cogeca
Les organisations professionnelles agricoles de l'UE, Copa et Cogeca, ont estimé mercredi que Oxfam avait publié de « fausses informations ». Ils fournissent les arguments suivants: - les pays en développement pourront augmenter de 15 % par an leurs quotas d'importation au terme d'une période transitoire ; l'Europe a importé 2 millions de tonnes de sucre à des conditions « très généreuses » en provenance des pays pauvres d'Asie, du Pacifique et des Caraïbes ; - le régime européen d'exportation du sucre est financé par les agriculteurs européens grâce à une cotisation sur la production. « Au lieu de lancer des attaques critiques contre l'agriculture européenne, Oxfam devrait demander à d'autres pays développés de suivre la politique européenne très positive en matière de développement, surtout dans le domaine de l'agriculture », conclut le Copa-Cogeca, qui ajoute aussi que les importations européennes des produits agricoles en provenance des pays en développement s'élèvent en valeur à presque 40 milliards d'euros, « ce qui est le record au niveau mondial ».