Bruxelles, 29/05/2002 (Agence Europe) - Les députés européens ont fortement critiqué, mercredi à Bruxelles, les propositions de réforme de la politique commune de la pêche qui ont souvent été jugées inéquitables ou déséquilibrées. Le Commissaire Franz Fischler, venu présenter son projet en plénière, a estimé que si la polémique constituait une racine du débat parlementaire, elle ne devait pas être aussi radicale, car l'objectif pour tous est bien de mettre en place une stratégie porteuse d'avenir pour les pêcheurs.
Le président de la commission de la pêche, Struan Stevenson (conservateur britannique) s'est surtout félicité des propositions qui visent à rendre permanente la zone des 6 et 12 milles et à conférer aux Etats membres le contrôle de la gestion de ces zones (et aussi de la création de conseils consultatifs régionaux pour gérer la pêche associant les pêcheurs, les représentants du secteur de l'aquaculture, des scientifiques et même le secteur de la pêche de loisir). Il a applaudi le "courage de la Commission" qui propose de mettre un terme aux aides à la construction de nouveaux navires. Cependant, tout en se montrant d'accord sur la nécessité de réduire les capacités, il s'est déclaré "préoccupé" par les chiffres fournis par la Commission. D'après "mes calculs", les pays nordiques qui pêchent surtout en mer Baltique, en Atlantique et en mer du Nord devront supporter une réduction de 21,3% en tonnage, contre une réduction de 9,2% pour les pays du sud exerçant leurs activités en Méditerranée, en mer Adriatique et dans le Golfe de Gascogne, a-t-il dit. Et il a donné les chiffres par pays: réduction de 23,3 % (toujours en tonnage) pour le Royaume-Uni, 25,3% pour la Belgique, 27,3% pour le Danemark, jusqu'à 49,7% pour la Suède alors que pour l'Espagne, ce serait 9,4% et l'Italie, 7,3%. "Dès lors, il n'est guère surprenant que l'on se demande si la Commission ne s'est pas inclinée devant les pressions de l'Espagne", a-t-il lancé en estimant que ces propositions ne sont donc pas équitables. Enrique Baron Crespo (PSE, espagnol) a dit ne pas avoir confiance en la neutralité du président de la commission de la pêche: "il est là pour représenter les intérêts du PE, et non pas pour présenter des calculs sur tel ou tel pays", a-t-il déclaré à propos de M. Stevenson. Le président du groupe socialiste a regretté fortement que dans cette réforme de nombreux sujets qui sont abordés lorsqu'on discute de politique agricole commune aient été passés sous silence, comme la cohésion économique et sociale, la gestion intégrée des zones côtières, le développement durable, l'aquaculture ou encore les droits des consommateurs. Elspeth Attwool (ELDR, britannique) s'est félicitée de la plupart des propositions de la Commission, mais a attiré l'attention sur l'importance de réduire les capacités de pêche selon des critères d'équité. Elle a estimé que ces propositions constituaient "une bonne nouvelle" pour la protection des juvéniles et d'espèces vulnérables comme les requins et les dauphins, et que les actions concernant la lutte contre la pêche illégale et le respect de la pêche côtière dont dépendent de nombreuses communautés étaient aussi de bonnes choses. Pour Ian Stewart Hudghton (Verts/ALE, britannique), ce paquet contient "bon nombre d'éléments dont nous nous félicitons": durabilité, gestion pluriannuelle des Tac, mesures techniques… "Mais il s'est inquiété des intentions de la Commission concernant la zone au-delà de la zone des 6 à 12 milles (clé de répartition des stocks) et a souhaité obtenir des assurances sur le maintien de certaines préférences. Pour Salvador Jové Peres (GUE/NGL, espagnol), la stratégie de la Commission était toujours la même: "vous êtes obligés de couper la tête pour soigner la queue". Il est surprenant que la Commission ait choisi comme solution de "tout démanteler", a-t-il martelé, et il a estimé que ces propositions n'étaient pas équitables et que "il est surprenant que l'on demande des réductions de flotte aux pays qui l'on déjà fait par le biais des Pop et que l'on ne demande rien aux pays qui n'ont pas respecté ces Pop". Ce sont des propositions discriminatoires, a-t-il soutenu. Pat the Cope Gallagher (UEN, irlandais) a fait part de sa déception à l'égard des propositions, en estimant que la Commission a présenté une stratégie qui "va pénaliser tous les pays à cause de certains parmi eux". Il y a des pays qui essayent d'exploiter au maximum les ressources, très loin de chez eux, a-t-il rappelé, en notant que la Commission propose de réduire les capacités de 18%, ce qui est inacceptable. Pour Daniel Varela Suanzes-Carpegna (PPE-DE, espagnol), M. Fischler donne la priorité aux poissons et non aux pêcheurs et privilégie, en plus, les pays du nord de l'Europe. Rosa Miguelez Ramos (PSE, espagnole) a estimé que l'intérêt des pêcheurs n'avait pas été pris en compte. "D'ici 10 ans, vous aurez reconstitué les stocks", mais les pêcheurs ne seront plus là pour en profiter. "Les pays n'auront plus qu'à importer le poisson", a-t-elle lancé, avant de qualifier de "ultralibérale" la réforme envisagée.
M. Fischler a répondu que, en ce qui concerne l'accès aux eaux, certains députés ont mal interprété les propositions, et il a réfuté les affirmations selon lesquelles certains pays qui en ont fait plus en matière de réduction de capacité seront pénalisés. Il a précisé qu'il existe des sanctions pour ceux qui ne répondent pas aux exigences déjà en vigueur, et que ceux qui ont fait davantage que les autres en retireront des bénéfices puisque "l'effort de pêche sera réparti de manière plus judicieuse entre les Etats membres".