Bruxelles, 29/05/2002 (Agence Europe) - L'UE est prête à accorder à la Russie le statut d'économie de marché et mettra en oeuvre, sans délai, toutes les mesures législatives nécessaires pour permettre à la Russie de bénéficier le plus rapidement possible des avantages commerciaux découlant de ce nouveau statut, notamment dans le cadre des procédures antidumping. Tel est le principal résultat du Sommet UE/Russie, qui s'est tenu le 29 mai à Moscou avec la participation du président Vladimir Poutine et, du côté de l'UE, de José Maria Aznar, Romano Prodi et Javier Solana. L'obtention du statut d'économie de marché, une vieille revendication russe, constitue un « pas supplémentaire vers le renforcement de notre coopération économique » dont l'objectif doit être une « intégration complète de nos économies », s'est félicité M. Poutine à l'issue de la réunion. M.Prodi a souligné que l'UE est la première puissance commerciale à offrir cette reconnaissance à la Russie, "un jalon important sur la route de l'accession russe à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), un processus dont nous sommes les pionniers." Concrètement, dans ses procédures antidumping, l'UE analysera la situation individuelle de chaque exportateur russe concerné et se basera sur les coûts de production et les prix pratiqués sur le marché russe, au lieu de se référer aux pratiques dans d'autres pays tiers non considérés comme des économies de marché. La délégation européenne a aussi réitéré son soutien à une adhésion rapide de la Russie à l'OMC (un processus pour lequel la reconnaissance d'économie de marché par l'UE est particulièrement importante). Quant au projet d'établir un Espace Economique Européen Commun, M. Prodi a souligné les progrès réalisés et la volonté d'aller encore plus vite « dans les mois à venir ». La Russie s'est engagée, pour sa part, à compléter les réformes économiques, notamment l'élimination graduelle des entraves commerciales et la libéralisation des marchés énergétiques. Voici les principaux thèmes du Sommet:
1) Dialogue sur la coopération énergétique. Le Sommet a pris note du second rapport sur les progrès du groupe de travail de haut niveau sur la future coopération. Les deux côtés ont salué le « dynamisme et l'approche pragmatique » du processus. « Nous reconnaissons que le marché énergétique européen est devenu maintenant le plus grand et le plus intégré dans le monde et que la Russie mérite d'y avoir accès », affirme une déclaration conjointe. Quant au gaz naturel, les parties insistent sur l'importance des contrats à long terme pour garantir notamment le financement de projets d'intérêt commun. Sur l'électricité, plusieurs questions restent ouvertes, comme celle de la réciprocité de l'ouverture des marchés, des normes environnementales et nucléaires, etc.. Enfin, la Russie a réitéré son insatisfaction pour le manque d'opportunités d'exportation de produits nucléaires vers le marché européen.
2) Coopération UE/Russie en matière de gestion des crises et de sécurité. Les deux côtés ont « fermement réitéré » leur engagement à coopérer en cette matière. « Nous agirons ensemble pour renforcer la sécurité de tous en Europe (…). Notre coopération fait partie intégrante de la sécurité globale », a dit la déclaration conjointe sur le dialogue politique et de sécurité. La Russie a proposé la mise au point d'un plan d'action conjoint dans le domaine de la PESD, et l'UE a annoncé qu'elle présentera au Sommet de Séville des propositions concrètes pour la coopération et la consultation avec la Russie sur la gestion de crises, en vue de la participation russe aux missions de gestion de crises menées par l'UE.
3) Elargissement de l'UE. Ce processus « ouvrira de nouvelles perspectives pour nos relations, mais en même temps, pourra créer de nouveaux problèmes, notamment dans le domaine du commerce, de la coopération économique et des contacts humains », dit la déclaration finale. Aucune solution n'a été trouvée concernant l'enclave de Kaliningrad, mais les deux parties ont convenu que « ce sera un point capital pour le développement stratégique entre la Russie et l'UE et pour le renforcement d'une atmosphère de bon voisinage et de compréhension mutuelle ». M. Poutine n'a pas caché sa déception: « Nos propositions sur Kaliningrad ne rencontrent pas la compréhension de l'UE ». Pourtant, pour lui, c'est un « test de viabilité et de qualité » pour les futures relations.
Les discussions sur les questions de politique internationale ont confirmé que l'UE et la Russie partagent la même vision sur la lutte contre le terrorisme et sur les conflits au Cachemire, au Moyen-Orient et en Afghanistan. Quant à la Tchétchénie, la déclaration conjointe finale n'y fait pas allusion (contrairement au projet de texte). Interrogé par la presse, le président Prodi a déclaré qu'il n'y avait pas de « nouveau message » à faire passer sur la Tchétchénie.