Bruxelles, 02/05/2002 (Agence Europe) - Dans une interview à El País du 30 avril, la Commissaire européenne responsable de l'environnement, Margot Wallström, a clairement manifesté son désaccord avec sa collègue responsable de l'énergie, Loyola de Palacio, qui a déclaré, dimanche dernier à Pampelune, que si l'UE renonçait au nucléaire, elle ne serait pas en mesure de respecter ses engagements dans le cadre du protocole de Kyoto (voir EUROPE des 29 et 30 avril, p. 12).
"Je suis en désaccord avec Loyola de Palacio. Nous ne devrions pas obliger le citoyen à opter pour le changement climatique ou pour le nucléaire, parce que cela n'est pas nécessaire", a déclaré Mme Wallström, précisant qu'il n'est un secret pour personne que différents points de vue existent au sein de la Commission sur l'utilisation de l'énergie nucléaire. "Ce qui est important pour moi", a-t-elle poursuivi, "est de souligner que pour remplir nos engagements de Kyoto, il n'y a aucune nécessité d'augmenter le recours à l'énergie nucléaire". Pour la Commissaire à l'environnement, les déclarations de Mme de Palacio sont inopportunes. Et d'expliquer: "nous étions en train de travailler âprement pour la ratification de Kyoto et essayions d'appliquer le commerce des émissions; c'est pourquoi il est important de ne pas entrer maintenant dans ce type de débat, qui peut-être devra avoir lieu dans le futur, à long terme". L'Allemagne, la Suède, le Danemark et la Belgique ont décidé de renoncer à l'énergie nucléaire, mais Mme Wallström a rappelé qu'aucun de ces pays ne fermerait ses centrales avant 2012, date limite de réduction des émissions de CO2 fixée par le protocole de Kyoto. Et de faire valoir la nécessité de recourir davantage à la recherche et aux investissements dans les technologies propres et les énergies renouvelables. La réduction des émissions de dioxyde de carbone n'est pas une tâche facile, a-t-elle convenu, mais "je suis convaincue qu'il y a encore une grande marge de manoeuvre pour réaliser les objectifs (de Kyoto) avec de plus grandes économies d'énergie, la promotion de l'efficacité énergétique et l'adoption de politiques décisives en matière de transports, d'industrie et d'agriculture".
Dans la foulée, Greenpeace a lancé, mardi, un appel au Président de la Commission Romano Prodi et à l'ensemble du collège pour qu'ils se désolidarisent des déclarations de Loyola de Palacio. Ces déclarations sont tout simplement inacceptables, souligne l'organisation écologiste dans un communiqué qui rappelle que la Commission a clairement exclu le nucléaire de la liste des options rentables permettant d'atteindre les objectifs de Kyoto. Greenpeace rappelle par ailleurs que le directeur général de la DG Transports et Energie, François Lamoureux, a indiqué dans une lettre au gouvernement allemand que "les Etats membres sont libres de suivre leur propre orientation politique pour décider s'ils produisent de l'électricité à partir de l'énergie nucléaire ou non (...)". Greenpeace déplore que Mme de Palacio "soit continuellement en train de rogner cette liberté". Et le conseiller pour le climat de son Unité européenne, Michel Raquet, de se demander: "Quand Mme de Palacio cessera-t-elle de prendre des positions opposées à celles de l'institution qu'elle est censée représenter en tant que vice-présidente ?".