Berlin, 29/04/2002 (Agence Europe) - Le chancelier Schröder a indiqué à travers les pages du Financial Times et du Financial Times Deutschland de lundi ce qu'il entendait dire à la Commission européenne lors du dîner de travail du jour même avec Romano Prodi, Mario Monti, Frits Bolkestein, Margot Wallström et Erkki Liikanen (voir EUROPE du 27 avril, p.4). Le chancelier Schröder, qui est accompagné en particulier du ministre d'Etat Frank-Walter Steinmeier, doit rencontrer mardi matin les Commissaires Günter Verheugen et Michaele Schreyer.
Dans son article pour le Financial Times, Gerhard Schröder affirme que les responsables politiques européens "doivent être davantage à l'écoute de ce que sont les besoins de l'industrie". Et il ajoute: "L'Allemagne, exportateur net, ne doit pas craindre la concurrence sur les marchés mondiaux. Mais l'Europe doit attribuer une plus grande importance à la production industrielle en tant que source d'innovation et de croissance. Sinon, nous aurions jeté à l'eau l'une de nos plus grande ressources. Une politique industrielle orientée vers la compétitivité doit donc faire partie de la stratégie de Lisbonne". Gerhard Schröder précise:
premièrement, l'Europe doit considérer le marché unique comme "un marché intérieur partagé, une source de force face à la concurrence internationale. Ceci doit se refléter dans la politique économique, avec (...) une meilleure compréhension des forces et objectifs communs". L'Allemagne contribue à ce marché unique avec "sa propre économie hautement différenciée", tient à souligner le chancelier.
deuxièmement, "les points de vue de l'industrie devraient être davantage pris en compte avant de prendre des décisions spécifiques. Prenons l'exemple du secteur chimique et de l'échange d'émissions. Il est important de protéger l'environnement et de s'attaquer au réchauffement global. Mais l'Europe ne peut pas adopter des mesures qui minent la compétitivité, menacent les emplois et la création de richesse".
troisièmement, les principes de la solidarité sociale et de la participation des travailleurs à la prise de décisions "doivent jouer un plus grand rôle dans la politique économique de l'UE". M.Schröder rappelle la "Mitbestimmung" qui existe depuis des années en Allemagne, et note que la récente définition du statut de la société européenne est un pas important vers la prise en considération des intérêts des travailleurs.
quatrièmement, les responsables politiques doivent" tenir davantage compte de la dimension globale de leurs décisions", ce qui "soulève des questions sur les implications mondiales des réglementations du marché intérieur". M.Schröder évoque l'exemple de "deux fabricants de camions scandinaves" qui veulent fusionner, ce qui "pourrait leur donner une position dominante au nord de l'Europe" (référence à Volvo et Scania, qu'il ne cite pas, et dont la Commission avait bloqué la fusion il y a deux ans). Selon lui, "les régulateurs devraient prêter davantage d'attention à la question de savoir si la nouvelle société pourrait être plus compétitive sur le plan mondial". Et il confirme: "C'est la raison pour laquelle je pense qu'on ne gagnerait pas beaucoup en introduisant une directive de l'UE sur les fusions qui ne produirait pas un "level playing field" face à la concurrence internationale. Pourquoi l'Europe devrait-elle permettre que ses sociétés fassent l'objet d'opérations d'achat hostiles lorsque, en revanche, la loi sur les sociétés aux Etats-Unis impose de sérieuses entraves ?". (La Frankfurter Allgemeine Zeitung de lundi signale que Gerhard Schröder allait présenter lundi à Romano Prodi une étude McKinsey démontrant que la proposition de directive ne crée pas cette égalité de conditions lors des OPA. L'étude souligne que les Etats-Unis accordent à leurs sociétés par actions des exceptions leur permettant de s'opposer à de telles opérations, et cite les moyens dont dispose par exemple l'Espagne pour empêcher que ses industries clés soient dominées par des étrangers).
enfin, l'Europe doit améliorer la définition de ses "objectifs stratégiques". Le rôle de la politique économique n'est pas de contribuer au succès de l'un ou l'autre produit, reconnaît M.Schröder, mais il ajoute: "L'Europe n'aurait pas une industrie aéronautique qui réussit sur le plan international si certains pays n'avaient pas démontré leur volonté de défier la domination des Etats-Unis. Le succès d'Airbus montre l'importance de fixer des priorités stratégiques. Galileo (...) est un autre exemple. Bref, l'Europe doit être mieux capable de mettre en commun des ressources et d'élaborer une vision stratégique". La conclusion du chancelier Schröder est la suivante: l'UE doit "développer les bonnes stratégies économiques. C'est à la Commission européenne de développer des propositions pour un agenda de réforme cohérent et global. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'appuie le développement de la Commission dans le sens d'un exécutif européen fort, avec un président fort".
Dans le Financial Times Deutschland, M.Schröder développe des arguments analogues, et, en rappelant en particulier qu'en Allemagne presque un emploi sur sept dépend de l'industrie de l'automobile, il lance: "il ne faut pas être prophète pour prévoir que dans cent ans nous conduirons encore des voitures". Et il constate que même aux Etats-Unis l'économie ne dépend pas uniquement de "Wall Street et Silicon Valley" et que "entre New York et la côte ouest il y a des milliers de kilomètres et beaucoup de milliers d'entreprises industrielles" ."Personne, aux Etats-Unis, ne penserait à sacrifier cette structure de production différenciée", conclut le chancelier allemand.