Bruxelles, 29/04/2002 (Agence Europe) - A l'occasion de leur Sommet annuel, qui se tiendra à Washington ce jeudi, les dirigeants de l'Union et des Etats-Unis devraient donner le coup d'envoi à un renforcement de la coopération transatlantique dans un vaste effort de conviction auprès de leurs opinions publiques et du reste du monde que cet « indispensable partenariat - et leadership - est une réalité, au moment où la montée en puissance des tensions occupe le devant de la scène médiatique et amène les observateurs, comme certains dirigeants européens, à se poser des questions (voir EUROPE du 27 avril, pp.8-9 et le débat public entre MM.Patten et Powell sur les relations internationales). L'actualité commerciale la plus brûlante, notamment l'escalade du conflit sidérurgique et la menace européenne de sanctionner les aides fiscales américaines à l'exportation, font aussi partie de cette réalité et figurent en bonne place au menu de cette rencontre, qui restera cependant résolument placée sous le signe de l'apaisement et de la maturité. Le Président George W.Bush, accompagné de ses plus proches collaborateurs, dont Andrew Card, ainsi que du secrétaire d'Etat Colin Powell, de la conseillère pour la Sécurité nationale Condoleezza Rice, du Secrétaire au Trésor Paul O'Neill, du Secrétaire à la Justice (Attorney General) John Ashcroft, du Secrétaire au Commerce Don Evans, de la Secrétaire à l'Agriculture Ann Veneman, du représentant au Commerce Robert Zoellick, aura pour interlocuteurs MM. Prodi, Aznar, Solana, Patten, Lamy et Piqué, qui conduiront une équipe européenne au complet.
Le Sommet débutera à 10h35 par un entretien entre MM.Bush, Aznar et Prodi, qui se déroulera dans le bureau Oval de la Maison Blanche, à huis clos, avant une séance plénière axée sur la lutte antiterroriste (Etat de droit, financement des activités terroristes et non prolifération), les conflits régionaux (Moyen-Orient, Balkans occidentaux, Afghanistan), la Russie (en vue des Sommets bilatéraux que les Européens puis les Américains tiendront dans les semaines à venir avec M. Poutine et son équipe), les questions économiques et commerciales et de développement, y compris le projet d'Agenda positif (voir EUROPE des 25 avril et 27 avril, ainsi que « Au-delà de l'information » de cette édition), les différends et le développement durable. Ces discussions seront précédées par une rencontre préparatoire entre le Groupe à Haut niveau et les représentants des dialogues transatlantiques des consommateurs et des hommes d'affaires. Ces derniers s'entretiendront ensuite brièvement avec les dirigeants politiques.
Les partenaires tiennent désormais à dégager des résultats concrets de leurs Sommets. Ils examineront dans cette optique quelques éléments de ce qui n'est encore qu'un projet d'agenda « pour des échanges commerciaux favorables ». Parmi la dizaine de domaines où les Européens aimeraient aller plus avant, les discussions se focaliseront sur les services financiers (libéralisation de l'accès aux marchés boursiers), l'extension de la coopération réglementaire, la convergence des normes et contrôles sur l'agriculture biologique, la définition et le développement de prototypes de systèmes électroniques de procédures douanières. « Nous nous efforçons de définir des objectifs sur douze mois afin de montrer que l'agenda transatlantique peut évoluer de manière positive », a indiqué M. Abbott, l'adjoint du Directeur général pour le commerce et ancien Ambassadeur de l'Union à Genève.
Tête-à-tête Lamy-Zoellick avant le Sommet
A la veille du Sommet, le Commissaire au Commerce Pascal Lamy aura un « tête-à-tête » avec son homologue américain Bob Zoellick, consacré aux « questions commerciales de plus large portée » (Chine, coopération régionale, Afrique, etc.), a indiqué M.Abbott. Pour le restant, « nous essayons de rester constructifs envers et contre tout », a-t-il dit, en citant quelques-uns des sujets qui fâchent: le régime américain d'aides fiscales à l'exportation (l'OMC statuera le 18 juin sur le montant des sanctions que l'UE est en droit d'infliger au négoce américain, entre les 4,043 millliards de dommages qu'elle invoque et le milliard avancé par Washington), les hormones (les discussions sur les compensations commerciales que l'UE veut octroyer aux Etats-Unis pour qu'ils lèvent leurs sanctions n'ont toujours pas abouti), l'embargo américain sur les clémentines espagnoles (la contamination par des parasites de certaines cargaisons, y compris des cargaisons estampillées « made in California », qui a été constatée «dans des supermarchés (…) reste à démontrer ») et l'acier. Ce conflit donne actuellement lieu à des « passes d'armes » plutôt qu'à une escalade, a-t-il estimé en dédramatisant les menaces de contre-mesures proférées, par une source américaine anonyme, dans l'hypothèse de sanctions européennes, et en passant sous silence les difficultés de l'UE à maintenir le front uni qu'elle affiche depuis le début de cette affaire. (« Nous sommes sceptiques sur l'idée de mesures de rétorsion à l'encontre des Etats-Unis », a déclaré l'ambassadeur de Suède à Bruxelles. « D'autres pays partagent nos préoccupations, mais nous sommes les plus sceptiques », a-t-il ajouté, en s'abstenant de faire explicitement référence à l'Allemagne et au Royaume-Uni).