Strasbourg, 14/03/2002, (Agence Europe) - En adoptant, jeudi à Strasbourg, le rapport de Bruno Trentin (PSE, italien) sur la préparation des prochaines grandes orientations de la politique économique, le Parlement européen demande davantage de réformes structurelles sur les marchés financiers, du travail et de l'énergie (en accordant une priorité à l'éducation, à la recherche et au développement des nouvelles technologies), afin d'accélérer la réalisation des objectifs de Lisbonne en matière d'investissements publics et privés. Par 172 voix pour, 151 contre et 12 abstentions, le PE demande, dans le cadre du dialogue avec la Banque centrale européenne (BCE), "une réduction des taux d'intérêt à moyen et long terme, à mesure que l'inflation diminue".
Une attention accrue devrait aussi être portée, selon lui, à la réduction des coûts du travail (notamment pour les catégories les moins rémunérées) grâce à des baisses d'impôts et de cotisations sociales. Pour encourager la flexibilité et la mobilité de l'emploi, il conviendrait d'introduire des mesures permettant aux entreprises et travailleurs de bénéficier de réductions des horaires de travail à des fins de formation, sans avoir à supporter de nouveaux coûts fiscaux. Le Parlement estime que pour créer des emplois, un potentiel en matière de recherche et de développement et des circuits économiques régionaux, il conviendrait d'aider en particulier les PME. Dans ce contexte, les projets liés aux secteurs d'intérêt général (sans préciser l'énergie et l'eau, ces deux termes ayant été supprimés du texte initial à la demande du groupe PPE-DE) "doivent être poursuivis en ayant pour objectif l'augmentation de l'efficacité et de la compétitivité dans le respect de leur caractère universel, et sans porter atteinte au principe de subsidiarité, indépendamment de leur caractère privé ou public".
Lors du débat qui a eu lieu la veille de l'adoption de son rapport, M. Trentin a rappelé l'incertitude qui subsiste sur le rythme de la reprise de la croissance en Europe, ajoutant que cette reprise était "fortement diversifiée entre les différents secteurs". Il a estimé qu'il était risqué d'adopter une stratégie d'attente de la reprise américaine et de ses répercussions automatiques sur l'économie européenne, combinée à une simple projection des choix opérés en 2001. Il est donc urgent, selon lui, de définir une stratégie "pro-active", c'est-à-dire coordonnée, des politiques économiques et sociales des pays de la zone euro et de l'UE, pour contrecarrer la tendance à la récession, surtout dans le domaine des investissements. Il ne s'agit pas de remettre en question les conditions du Pacte de stabilité et de croissance et la limite de 3% de déficit budgétaire. Les interventions dans le domaine fiscal et des prélèvements sociaux sur les revenus individuels devraient se concentrer sur la réduction du coût du travail, surtout en faveur des rémunérations les plus faibles, a-t-il estimé, avant de poursuivre que les interventions destinées à stimuler l'économie devraient concerner essentiellement les investissements privés et publics (en matière de recherche, d'apprentissage tout au long de la vie et de création d'infrastructures) et l'accélération des réformes structurelles. Il a indiqué que la Commission avait un rôle irremplaçable à jouer de promotion de formes de coopérations ouvertes, telles que celles prévues par le Sommet de Lisbonne en ce qui concerne la recherche, l'innovation ou encore l'harmonisation des stratégies du vieillissement actif.
Alexander Radwan de la CSU, qui a rappelé que les difficultés économiques existaient avant le 11 septembre, a dit qu'il fallait craindre les "beaux discours" émanant du Sommet de Barcelone en faveur des réformes fiscales et de l'assouplissement des marchés du travail, domaines qui restent de la compétence des Etats membres. Il a surtout appelé à l'adoption de mesures au bénéfice des PME afin de créer des emplois, au respect des critères du Pacte de stabilité (pour ne pas affaiblir l'euro, a-t-il dit), et à une meilleure coordination des interventions. Carles-Alfred Gasoliba I Böhm (ELDR, espagnol) a regretté que le rapport ne comportait pas de réelle dimension sociale, ce qui expliquerait, selon lui, "ces manifestations contre l'Europe du capital". Miquel Mayol I Raynal (V/ALE, espagnol) a estimé que les "trois mamelles" dont a parlé M. Aznar, "libéralisation, privatisation et concurrence", contiennent un lait "empoisonné", notamment pour le service public. Contrairement à M. Radwan, Philippe Herzog (GUE/NGL, français) a jugé qu'il ne fallait pas s'en remettre aux dispositions actuelles du Traité. Le PE devrait profiter de cette occasion pour faire des propositions pour étendre les compétences, revoir les dispositions du Pacte de stabilité et de croissance et créer de nouveaux instruments budgétaires et fiscaux.
Le Commissaire Pedro Solbes a souligné que parmi les objectifs à court terme les efforts devaient être poursuivis en matière de politique salariale. Il faudrait aussi "tirer profit de la reprise économique pour renforcer les politiques budgétaires". "Toutes les baisses d'impôts doivent s'inscrire dans un contexte d'excédent budgétaire ou de compression des dépenses", a-t-il réaffirmé. A long terme, il conviendrait de concentrer les efforts notamment en matière de marché de l'emploi: en plus des éléments relevés dans le rapport Trentin (donner de l'importance à la formation continue, la mobilité, la flexibilité, la sécurité et aux coûts non-salariaux pour la main-d'oeuvre la moins qualifiée), il fallait "renforcer la modernisation des systèmes fiscaux et de protection sociale, moderniser la législation du travail et éviter les pièges créant du chômage". La formation et la qualification "semblent les deux éléments essentiels d'une stratégie contre le chômage", a-t-il estimé, avant d'ajouter: "l'emploi n'est pas seulement un problème de coûts salariaux, c'est aussi un problème de structure des salaires adaptée aux écarts de productivités dans les différents secteurs". En matière de biens et services, il a insisté sur l'importance d'accroître les investissements dans les projets prioritaires d'infrastructure et sur l'attention particulière à accorder à l'économie de la connaissance. Il a réaffirmé que le ralentissement de la croissance économique en Europe "est arrivé à son terme". Selon lui, "les indicateurs sont tous au vert et nous annoncent une reprise de la croissance", laquelle devrait atteindre, à la fin de l'année, son potentiel de croissance (2 à 2,5%), voire même plus.