Bruxelles, 08/03/2002 (Agence Europe) - A la veille de la Journée internationale de la Femme, les ministres de l'Emploi et des Affaires sociales des Quinze, réunis à Bruxelles le 7 mars sous la présidence de Juan Carlos Aparicio, ont eu un débat public sur la lutte contre le violence envers les femmes. Priorité de la Présidence espagnole, l'éradication de la violence envers les femmes exige une approche cohérente, a souligné le Président Aparicio. Dans ses conclusions, la Présidence constate que les Etats membres soulignent la nécessité: 1) d'établir une approche intégrée et multidisciplinaire de la suppression de la violence dirigée contre les femmes, en incorporant le souci d'égalité entre les sexes dans les différentes politiques concernées (sociale, emploi, justice, affaires intérieures, santé, éducation, jeunesse) ; 2) de faire en sorte que le "guide de bonnes pratiques" les aide à prendre des mesures plus efficaces pour lutter contre la violence à motivation sexiste, l'objectif étant la prévention ; 3) de lancer des campagnes nationales et locales pour que la société prenne conscience de la gravité de la question et de choisir chaque année un thème prioritaire à définir par le Groupe à haut niveau chargé de l'intégration de l'égalité entre les sexes dans les différentes politiques ; 4) d'améliorer les statistiques et d'établir des définitions communes. Il faut donc une terminologie commune de la violence dans l'UE, ainsi que des indicateurs permettant d'évaluer les progrès réalisés depuis la mise en œuvre du programme d'action de Pékin et qui devraient être intégrés dans la collecte des données d'Eurostat et d'Europol. La Présidence danoise fixera des indicateurs pour la stratégie européenne en matière de lutte contre la violence, ce dont s'est félicité M. Aparicio en lui demandant principalement de "sensibiliser au maximum l'opinion publique pour qu'elle soit inflexible face à ce fléau, de l'éduquer et de faire en sorte que les législations protègent les victimes et punissent les agresseurs".
Les ministres ont débattu sur la base d'un document de la Présidence reflétant les résultats de la conférence de Saint-Jacques-de-Compostelle (voir EUROPE des 18 & 19 février, p.11) et ont répondu aux trois questions posées par la Présidence portant sur la violence conjugale, les campagnes de sensibilisation au niveau européen et la mise en place d'indicateurs pour évaluer les progrès faits par les Etats membres. Le Luxembourg et la France ont demandé d'inclure dans les préoccupations la pornographie et la prostitution. Le problème de la violence ne concerne pas seulement les femmes, mais aussi tous les secteurs socio-professionnels impliqués dans la lutte contre ce type de violence, a précisé le Luxembourg, suivi par le Portugal. Europol et Eurostat ont un rôle à jouer dans la mise en place d'une terminologie commune et dans l'amélioration des statistiques en la matière, ont souligné les Pays-Bas, l'Allemagne et le Luxembourg. Le Royaume-Uni a suggéré la mise en place d'un groupe interministériel, et fait remarquer que la violence conjugale s'exerce aussi contre les hommes et les enfants, et dans toutes les couches de la société. La Suède demande des indicateurs et une législation claire sur le rôle des forces de police face à de tels actes. Elle demande aussi, comme la Finlande, qu'on examine en particulier la violence envers les femmes enceintes, les femmes handicapées et les personnes âgées et qu'on veille à ce que le personnel spécialisé soit mieux armé pour faire face à cette violence. Le Danemark a souhaité que les campagnes de prévention ciblent clairement les agresseurs, en les éloignant du foyer pendant un certain temps. L'Italie a appelé à une participation stratégique dans toutes les instances concernées (forces de l'ordre, magistrature, services sanitaires et éducatifs). Quant à l'intégration de la prostitution dans ces préoccupations, les Pays-Bas se sont montrés nuancés, la prostitution étant chez eux légale, sauf pour les mineurs. L'Irlande a opté pour la tolérance zéro à l'encontre de la violence envers les femmes, et a souligné que la coopération et la coordination de tous les services compétents (professions médicales, religieuses, juridiques, ONGs, etc.) est capitale.
A l'issue du débat, la Commissaire Anna Diamantopoulou a noté que presque toutes les délégations étaient d'accord sur quatre points: 1) l'idée que la prostitution fasse partie intégrante de l'approche dans la lutte contre la violence envers les femmes; 2) la nécessité d'avoir des indicateurs et des statistiques concrètes; 3) le rôle très important que peuvent jouer des campagnes de sensibilisation au niveau européen; 4) le rôle des hommes dans les politiques de lutte contre la violence envers les femmes.