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Bulletin Quotidien Europe N° 8139
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Quelques considérations à propos de la désignation de Giancarlo Fini en tant que membre de la Convention

Entre méfiance et compréhension. La décision du Premier ministre italien de désigner Giancarlo Fini son représentant au sein de la Convention sur l'avenir de l'Europe a été diversement commentée. Pour les uns, il est positif que le gouvernement de l'un des pays fondateurs de l'Union ait confié cette tâche au vice-premier ministre, signe de l'importance attribuée à la Convention, et que le président d'un mouvement politique, dont l'origine était néo-fasciste (Alleanza Nazionale), s'engage personnellement, avec une attitude de principe positive, dans le débat sur les réformes de l'UE. Pour d'autres, au contraire, l'origine politique de M.Fini pose problème et la méfiance est de rigueur.

Le président de la Commission européenne a déclaré: " le fait que le gouvernement italien ait décidé d'envoyer une personnalité d'un rang politique aussi élevé prouve l'importance qu'il attribue à l'Europe." Certains commentateurs ont observé que, sur les questions européennes, M.Fini était, au sein de son gouvernement, très proche de l'ancien ministre des Affaires étrangères Renato Ruggiero, et le plus pro-européen des ministres de M. Berlusconi. La parlementaire européenne Monica Frassoni (italienne élue en Belgique) a estimé que la désignation de M.Fini "pourra favoriser le mûrissement dans un sens européen d'une partie du centre-droit italien". En revanche, quelques gouvernements n'avaient pas caché leurs réticences et le président du groupe socialiste du PE, Enrique Baron Crespo, avait regretté la minceur des attestations "démocratiques et européennes" de M. Fini. De son côté, le président en exercice du Conseil européen, c'est-à-dire le Premier ministre espagnol José Maria Aznar, a critiqué le fait qu'à gauche l'on accepte sans difficulté l'évolution d'anciens communistes vers des positions plus modérées en les accueillant dans l'aire démocratique, alors que l'on regarde avec suspicion ceux qui font le même chemin en partant de la droite.

J'ai l'impression que cette divergence de réactions cache un malentendu qu'il faudrait dissiper.

Ce que les Italiens devraient comprendre. En Italie, la classe politique et l'opinion publique devraient être davantage conscientes de la signification que le mot "fascisme" a désormais acquise dans le monde entier. Il signifie suppression de la liberté, dictature, culte de la violence, prévarication. Le rapport avec les événements spécifiques qui se sont déroulés en Italie de 1920 à la fin de la deuxième guerre mondiale n'est plus direct; le terme fascisme couvre aussi bien Hitler et Franco, les colonels grecs et toutes les dictatures qui ont assombri et ensanglanté le monde au siècle dernier, qui subsistent dans certains endroits et dont le danger menace toujours. Le terme est donc devenu inutilisable pour quiconque aspire à faire partie du monde libre et civilisé. Les analyses historiques et les références à des faits précis n'y peuvent rien: tout mouvement politique qui aurait la malheureuse idée de se référer au fascisme est automatiquement rejeté.

Ce que les autres devraient comprendre. Pendant la dictature de Mussolini, le peuple italien n'avait pas perdu d'un coup ses traditions, sa culture, son humanisme, de même qu'ensuite la chute de Mussolini n'avait pas transformé tous les Italiens en démocrates conscients, porteurs d'une culture de la liberté qui en réalité était, pour le pays, assez nouvelle. La télévision italienne vient de transmettre l'histoire de Giorgio Perlasca qui en 1943 a sauvé 5.000 juifs, en risquant sa vie; il était pourtant (c'était obligatoire) inscrit au parti fasciste. Un écrivain français d'origine italienne, Armand Gatti, a raconté que pendant la guerre, après la débâcle française, il avait voulu passer de la France occupée à la France libre; mais il avait été repéré par deux soldats italiens de garde à la frontière franco-française. Au moment où l'un des deux allait tirer, il a entendu l'autre s'exclamer: "Lascialo passare, povero Cristo!" (laisse-le passer, pauvre Christ). Le premier n'a pas tiré et Armand Gatti est resté vivant pour nous le raconter. En italien, le terme du Christ ne se réfère jamais à l'image du Dieu triomphant mais à celle de tout homme qui souffre. Ce n'est pas ainsi que l'on gagne les guerres, mais c'est ainsi que l'on sauve parfois la dignité de l'homme. Pour une analyse plus approfondie, il faut lire le conte de Leonardo Sciascia "L'antimonio" (dans le volume "Gli zii di Sicilia"), à propos des Italiens que Mussolini avait envoyés en Espagne pour combattre à côté des franquistes. Son personnage, M.Ventura, n'hésitait pas à tirer sur les officiers fascistes qui lui intimaient de tuer les prisonniers, plutôt que de tirer sur les "poveri Cristi" de l'autre côté. Et il comprenait la véritable essence du fascisme.

Pour les Italiens, la période du régime fasciste était ce mélange entre une doctrine politique liberticide et en même temps beaucoup d'hommes et de femmes qui n'avaient pas perdu leur culture ni oublié leurs traditions; non pas "grâce au", mais "malgré le" fascisme. Or, ce mélange n'est pas exportable. Giancarlo Fini donne l'impression de l'avoir compris, car il s'est publiquement prononcé pour la liberté, pour la démocratie et pour l'Europe unie. Lorsqu'il est né, le régime fasciste était mort. Laissons-lui maintenant l'occasion de prouver sa sincérité. (F.R.)

 

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