Bruxelles, 16/01/2002 (Agence Europe) - L'UE se prépare à participer à la conférence ministérielle des donateurs de l'Afghanistan pour la reconstruction du pays, qui aura lieu à Tokyo les 21 et 22 janvier. Préparée par la conférence du comité directeur des donateurs, accueillie en décembre à Bruxelles par la Commission européenne et la Présidence du Conseil de l'Union en vue d'identifier les besoins prioritaires pour le lancement de projets à impact rapide (voir EUROPE du 21 décembre, p. 14 et du 28 décembre, p5), cette conférence ministérielle a pour objet de consigner les engagements financiers des donateurs pour couvrir les besoins prioritaires, et de débattre des travaux à réaliser pour procéder prochainement à une évaluation plus exhaustive des besoins.
Une évaluation préliminaire des besoins, réalisée conjointement par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement et transmise mardi à l'ensemble de la communauté internationale, chiffre à 15 millions de dollars (13, 3 milliards d'euros) les fonds nécessaires pour les dix prochaines années, dont un peu plus de 11 milliards d'euros sur les cinq premières années (sans compter l'aide humanitaire). La Commission européenne - qui a été la première à prendre un engagement concret, en signant le 20 décembre dernier, le versement, au nom de la Communauté, de 2,5 millions d'euros au Fonds des Nations unies pour le soutien à court terme à l'administration afghane intérimaire -, a défini une stratégie ambitieuse, approuvée mardi par le collège, pour guider la contribution de l'Union à l'effort international de reconstruction.
"Des contacts sont en cours entre la Commission, la Présidence espagnole et l'autorité budgétaire pour déterminer l'approche à retenir pour cette conférence d'engagements", a déclaré, mercredi à la presse, le porte-parole de Chris Patten, Commissaire aux Relations extérieures.
La Commission, ambitionne d'adresser un message politique fort de soutien à l'autorité intérimaire afghane et au peuple afghan, à condition que tous les partis contribuent positivement au processus et aux objectifs fixés dans l'accord inter-afghan conclu le 5 décembre à Bonn. La Présidence du Conseil, quant à elle, rappelle que l'aide de l'Union est conditionnée au respect, par tous les groupes constituant le peuple afghan, de l'esprit et de la lettre de l'accord de Petersberg visant la formation d'un gouvernement, doté d'une large assise, multiethnique et pleinement représentatif, engagé à promouvoir l'égalité entre hommes et femmes, et l'amélioration de la condition des femmes.
La Commission voudrait s'assurer que la contribution communautaire (Communauté + Etats membres) soit coordonnée et reconnue comme un montant global. Il est important aussi, à ses yeux, de garantir la pleine complémentarité entre l'assistance de la Communauté et celle fournie par les Etats membres, ainsi que la coordination étroite avec les autres donateurs internationaux.
La Commission estime que l'UE devrait contribuer au moins au quart du total total fourni par la communauté internationale, soit 2,5 milliards d'euros sur cinq ans (500 millions d'euros en moyenne par an pour la période 2002-2006). Les discussions devaient se poursuivre jeudi au sein du Comité des représentants permanents (Coreper) pour déterminer la répartition de ce montant entre la Communauté et ses Etats membres. EUROPE croit savoir que la Commission prévoit une contribution communautaire de 1 milliard d'euros (200 millions d'euros par an), le reste (1,5 milliard d'euros) devant être pris en charge par les Etats membres. Rappelons que dans le budget 2002, la Communauté a prévu une somme de près de 200 millions d'euros pour l'assistance à la reconstruction de la région.
Dans une lettre adressée à la Commissaire Michaele Schreyer, le Président de la commission parlementaire des budgets, Terry Wynn, indique que la « majorité » des coordinateurs de sa commission accepte d'engager un montant de 1 milliard d'euros du budget communautaire sur la période 2002-2006, à condition que ce soutien ne remette pas en cause la crédibilité de la politique externe de l'UE en faveur d'autres régions du globe. Il explique que le montant significatif prévu pour l'aide à l'Afghanistan en 2002 a pu être budgétisé en raison de circonstances particulières (réduction des dépenses pour les accords de pêche avec les pays tiers, financement anticipé sur le budget 2001 d'une partie des aides aux Balkans et réduction de l'aide humanitaire en général). Selon lui, « il sera difficile de renouveler cet exercice lors des prochaines années, surtout en 2003 », lorsqu'il faudra établir le budget 2004.
Selon le premier rapport d'évaluation des besoins, qui sera discuté à Tokyo, les priorités à court terme devraient être l'accès aux soins de santé, la scolarisation des enfants - en particulier celle des filles - les opérations de déminage indispensables pour le retour des adultes à la vie productive et celui des réfugiés dans le pays, le contrôle de la drogue, la promotion du rôle des femmes dans la reconstruction, leur participation à l'économie et au processus décisionnel.