Strasbourg, 16/01/2002 (Agence Europe) - Le Président du Conseil européen José Maria Aznar a promis au Parlement européen, mercredi à Strasbourg, une Présidence espagnole ambitieuse, sous le slogan « Plus d'Europe ». Une des priorités de cette Présidence est la poursuite de l'agenda de Lisbonne, a rappelé M. Aznar, en signalant qu'à Barcelone, les pays candidats « participeront, pour la première fois, à une session de travail du Conseil européen ». La participation des candidats au travail sur « la modernisation économique et sociale est, selon moi, le meilleur signal politique de soutien à l'élargissement que pourrait donner l'Union européenne », a souligné M. Aznar en évoquant une deuxième priorité de la Présidence, l'élargissement. Et il a fait état de la "volonté politique" de l'Espagne de faire en sorte que « tous les pays qui seront prêts puissent conclure les négociations d'ici la fin de l'année », tout en précisant que la conclusion des négociations dépendra surtout des efforts des Etats membres, mais aussi de la capacité de tous les Etats membres d'accepter des compromis et de la présentation des propositions de la Commission en temps utile. Autre priorité des priorités, la lutte contre le terrorisme. Nous devons « approfondir, dans le cadre de l'Etat de droit, approfondir le Plan d'action de l'UE contre le terrorisme, afin d'éliminer tout sanctuaire terroriste à l'intérieur de nos frontières », a dit M. Aznar, pour qui les instruments adoptés par l'UE pour combattre le terrorisme n'auront aucune efficacité sans « une plus grande coopération entre le Corps de sécurité et les forces des pays de l'Union ». Pour cette raison, une priorité de la Présidence est de « former rapidement des équipes d'enquête communes, d'améliorer l'efficacité d'Europol et de prévenir le financement des terroristes et de ceux qui les accueillent et les soutiennent ». Autre objectif: une « étroite coopération avec les Etats-Unis en matière de droit pénal, dans le respect des principes qui gouvernent le système juridique de l'UE ». Ces questions (ainsi que le progrès de la politique commune d'asile et d'immigration et du contrôle aux frontières
extérieures ou la lutte contre le trafic de drogue) « exigent une étroite coopération institutionnelle », a estimé M. Aznar. Par ailleurs, il a insisté en particulier sur:
le développement d'une zone économique de plus grande prospérité. La « solidité » de l'euro « exige une plus étroite coordination des politiques économiques », a affirmé M. Aznar, pour qui ceci doit se traduire dans « l'encouragement du rôle de l'Eurogroupe, le développement des Grandes orientations de politique économique et un strict respect du Pacte de stabilité et de croissance ». En outre, la visibilité accrue de la zone euro suite à l'arrivée de la monnaie unique « obligera la Présidence à assurer que les vues de l'Union sont prises en considération dans les fora internationaux ».
le Sommet de Barcelone. M. Aznar a évoqué cinq domaines où il faudrait « plus d'Europe »: - réelle ouverture des « systèmes européens de transport et de communication » (réexamen des Réseaux transeuropéens, Ciel unique européen, libéralisation du rail) ; - ouverture des marchés de l'énergie (et aussi construction d'infrastructures et interconnexions entre les marchés nationaux) ; - intégration des marchés financiers (donc, mise en oeuvre aussi rapide que possible du Rapport Lamfalussy, « tout en sauvegardant le nécessaire respect de l'équilibre institutionnel »; - stratégie de l'emploi (en mettant davantage l'accent sur l'analyse des rigidités des marchés du travail et sur les systèmes de protection fiscale et sociale); - programme de travail sur les systèmes d'éducation.
« l'important profil extérieur » que devrait avoir l'UE. M. Aznar a répété en particulier que l'Espagne entend ouvrir un débat visant à faire de la lutte contre le terrorisme un objectif de la PESD (voir EUROPE d'hier, p.7), et a évoqué les relations avec les Etats-Unis, la Russie, l'Amérique latine (sur l'Argentine, il a répété que l'UE coopérera avec les autorités de ce pays « afin de trouver des solutions réalistes fondées sur le dialogue permettant de rétablir la compétitivité de l'économie argentine »), le Proche-Orient, l'ASEM (l'Espagne, la Chine et le Vietnam ont travaillé ensemble afin que la rencontre ministérielle UE/ASEM sur l'immigration illégale soit un succès), la lutte contre la pauvreté.
la Convention, qui tiendra ses travaux « au siège du Parlement européen à Bruxelles », ce qui constitue une reconnaissance de l'importance du travail du Parlement sur l'avenir de l'Europe. Du succès de la Convention « dépendront aussi bien la consolidation du processus de constitutionnalisation progressive des traités (…) que la question de savoir si la Convention servira à l'avenir comme méthode pour la préparation de futures Conférences intergouvernementales ».
la coopération avec le Parlement. M. Aznar, qui a salué l'élection de Pat Cox, a souhaité un Parlement qui soit « davantage protagoniste » de la politique européenne et a assuré que la Présidence espagnole s'efforcera d'assurer que les huit conciliations prévues pour ce semestre soient rapidement conclues.
Romano Prodi insiste sur l'agenda social et économique
Le Président Prodi a, devant le Parlement, remarqué une fois de plus que les pièces et billets en euros sont « le signe tangible du grand projet politique de l'Europe unie » , en estimant que, symboliquement, ce signe dépasse même « l'impact émotionnel pourtant fort découlant de la suppression des contrôles d'identité aux frontières intracommunautaires ». Romano Prodi, en constatant que les priorités espagnoles coïncident avec celles de la Commission européenne pour 2002, a réaffirmé que « la même ambition qui nous a permis de lancer avec succès la nouvelle monnaie européenne doit être maintenant (…) mise à profit pour réaliser l'agenda économique et social de l'Union ». Maintenant que nous avons réalisé l'Union monétaire, nous devons nous concentrer sur l'Union économique, a répété M.Prodi, qui, en citant le rapport de printemps adopté la veille par la Commission en vue du Sommet de Barcelone (voir EUROPE d'hier, p. 11), a martelé: « c'est le moment de maintenir les engagements et d'accélérer les réformes. Nous n'avons pas de choix. (…) Nous devons poursuivre sur la voie de la mise à jour du modèle de société possible et souhaitable en Europe (…), sans vendre au rabais le patrimoine social (…), mais en le rendant permanent ». Les progrès de la stratégie de Lisbonne sont « encourageants », mais, dans certains domaines (« certains aspects importants » de l'intégration financière, des transports et de l'énergie, du brevet communautaire et de Galileo), « les propositions de la Commission sont bloquées et les échéances fixées par le Conseil européen lui-même risquent de ne pas être respectées ». M.Prodi a mis l'accent sur les priorités que la Commission identifie pour 2002 dans son rapport de printemps: emploi, achèvement du marché intérieur, et éducation, formation et recherche. Pour l'après-Barcelone, il s'agit de renforcer la coordination de la « stratégie économique générale » afin de « tenir compte des interdépendances économiques au sein de la zone euro », a ajouté M.Prodi. Et il a lancé encore une fois le même avertissement, en s'adressant à M. Aznar: « je suis sûr que vous me soutiendrez lorsque, à Barcelone, j'inviterai les Etats membres à faire avancer avec détermination l'agenda des réformes convenues à Lisbonne », car « le coût de la non-réforme serait insoutenable en termes économiques et de crédibilité politique ».
Quant à la Convention, M.Prodi a indiqué qu'il avait donné au Président Giscard d'Estaing « l'assurance de tout l'appui de la Commission » et que la Commission européenne entendait collaborer tout aussi étroitement avec le Parlement européen. La Convention aura « l'opportunité d'écrire une page exaltante de l'histoire de l'Europe », a-t-il conclu.
Le débat: large consensus sur le programme, mais critiques de la gauche et, surtout,
des régionalistes espagnols
Le débat sur le programme de la Présidence espagnole a été largement consensuel, malgré les critiques venant surtout de la gauche et des défenseurs de l'autonomie des régions espagnoles. La socialiste espagnole Rosa Diez Gonzalez a, tout en réservant son jugement sur certains points de substance, assuré à José Maria Aznar la loyauté des élus européens du PSOE. De même Enrique Baron, le président du groupe socialiste, a exprimé tout l'appui de sa famille politique à l'objectif de la lutte contre le terrorisme. M.Baron a souligné que le succès de l'euro est d'abord un succès des peuples qui doit être complété par une vraie union économique. Quant aux travaux de la Convention, ils ne devraient pas être trop lourds pour la Présidence espagnole: c'est le PE qui s'occupera de l'intendance, et la Convention « se réunira chez nous ».
De nombreux élus européens espagnols sont issus de partis régionalistes: ils ont tous, avec des nuances, invité la Présidence espagnole à tenir compte de la dimension régionale de la construction européenne. Avant eux, le nouveau président du groupe libéral, l'Ecossais Graham Watson, avait remarqué le caractère « plutôt castillan» de la déclaration d'Aznar: elle ne réflète pas entièrement l'Espagne que je connais et qui est représentée dans mon groupe, a dit M .Watson (par exemple Carles-Alfred Gasoliba i Böhm, membre de Convergencia Democratica Catalunya, et Isidor Sanchez Garcia, de Coalicion Canaria, intervenus de façon critique dans le débat)... Plusieurs régionalistes sont au groupe des Verts/ALE: Carlos Bautista-Ojeda, du Partido Andalucista, qui a souligné que les communautés autonomes « sont aussi l'Etat espagnol », Josu Ortuondo Larrea, du Partido Nacionalista Vasco, convaincu que la Présidence espagnole pourrait utilement suivre l'exemple des présidences belge et allemande lorsqu'il s'agit de tenir compte des droits des régions, Camilo Nogueira Roman, du Bloque Nacionalista Gallego, qui va plus loin, en fustigeant « l'obsession autoritaire de M.Aznar contre la diversité », et Miquel Mayol I Ray (Esquerra republicana de Catalunya) qui, en s'exprimant en français, a invité la nouvelle Présidence à reconnaître l'enrichissement qui peut venir des régions. Monsieur Aznar, pouvez-vous nous donner « une lueur d'espoir en nous disant que vous travaillerez à un règlement politique du conflit basque ? », a demandé Koldo Gorostiaga, élu d'Euskal Herritarrok, en s'exprimant en anglais comme d'habitude (après avoir prononcé quelques mots en basque).
« Ici, nous devons parler d'Europe », a dit l'élu du Partido popular, Inigo Mendez de Vigo, à ses collègues régionalistes, alors que, sur le fond, il a évoqué surtout le processus de Lisbonne en espérant que la commission constitutionnelle du PE adoptera la semaine prochaine le rapport von Wogau sur les aspects institutionnels du rapport Lamfalussy, donnant ainsi un message positif aux marchés financiers. Le socialiste Manuel Medina Ortega a invité la Présidence espagnole à oeuvrer pour lever les obstacles contre l'adoption de mesures efficaces contre le blanchiment de l'argent, et à lier le débat sur le thème du contrôle de l'immigration illégale à celui des régions frontalières, qui sont particulièrement exposées à ce phénomène. Salvador Jové Peres, d'Izquierda Unida, a plaidé quant à lui pour un assouplissement du Pacte de stabilité et pour la démocratisation de la prise de décision en matière économique, et s'est exprimé (il n'a pas été le seul, des propos semblables ont été tenus entre autres par le social-démocrate autrichien Johannes Swoboda, qui exige une libéralisation accompagnée par une vraie conscience sociale) contre une dérive de la libéralisation: il ne faut pas transformer des monopoles publics en oligopoles privés, a-t-il dit.
Progrès dans la lutte contre le terrorisme, dans la transparence, dans la coordination des politiques économiques, voici ce que le président du PPE/DE, Hans-Gert Pöttering, souhaite voir pendant ce semestre. Quant à la Convention, il s'est félicité du choix de Jacques Santer comme représentant du Luxembourg: les autres gouvernements devraient aussi envoyer à la Convention « des personnalités qui ont un poids politique et qui peuvent parler et négocier au nom de leur gouvernement » (rappelons que Gerhard Schröder a choisi comme son représentant Peter Glotz, auteur, dans les années 80, du livre sur « La société des deux tiers »). Le Président du groupe EDD, Jens-Peter Bonde a demandé à Monsieur Aznar s'il était disposé à assurer la présence au Présidium de la Convention de représentants des « 48% des Français qui ont dit « non » au référendum sur Maastricht et des 50% des Danois » qui ont voté eux aussi contre. Le groupe SOS Démocratie, qui « fait contrepoids aux députés fédéralistes », vous invitera bientôt, a-t-il annoncé à M. Aznar, en indiquant que SOS Démocratie avait déjà discuté avec Guy Verhofstadt, et que ce dernier s'était dit d'accord sur la tenue de référendums dans les Etats membres sur la prochaine réforme de l'UE. Pour le groupe UEN, l'Irlandais
Session plénière du Parlement européen (suite et fin)
Gerard Collins a surtout salué l'engagement de l'Espagne contre le terrorisme et, à propos de la Convention, il a dit que son résultat ne doit pas être « une liste de desiderata inatteignables », et qu'il doit être équilibré et, justement, « atteignable ». Par ailleurs, il a espéré que la Présidence espagnole obtiendra les décisions sur les sièges des agences qui n'ont pas été possibles à Laeken, surtout pour les agences pour la sécurité alimentaire et la sécurité maritime. Quant à l'élu de Forza Italia Antonio Tajani, il a appuyé pleinement le programme espagnol, en souhaitant par ailleurs que la prochaine CIG s'achève fin 2003 pour ne pas interférer avec la campagne électorale européenne de 2004, et il a profité de l'occasion pour réaffirmer « l'européanisme convaincu » du gouvernement Berlusconi. Nous nous reconnaissons dans le projet européen, mais ce projet doit permettre de défendre la liberté et l'identité de chacun, a lancé l'élu de la Lega Nord Mario Borghezio, en attaquant « l'oligarchie technocratique et non légitimée » qui, selon lui, fait la loi en Europe. Pour le conservateur britannique James Elles, la crédibilité à long terme des institutions doit être l'un des principaux enjeux, alors qu'un autre Tory, Jonathan Evans, a invité la Présidence espagnole à réagir à la situation au Zimbabwe, en appliquant des sanctions contre le régime Mugabe. Pratiquement, tous les membres du Parlement sont d'accord sur la nécessité de lutter ensemble contre le terrorisme: mais Graham Watson, président du groupe libéral, a exprimé comme d'autres son « profond malaise » face au recours à des tribunaux militaires aux Etats-Unis. Si nous voulons que « nos amis américains ne soient pas contraints d'inventer des tribunaux militaires », a affirmé la radicale italienne Emma Bonino, ratifions enfin l'institution du Tribunal international permanent sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité: ce serait le plus grand souhait « de ma famille politique, qui croit que les seules choses vraiment sérieuses, ce sont les idées », a dit Mme Bonino. La lutte contre le terrorisme ne peut passer seulement par la répression, a affirmé la co-présidente du groupe des Verts/ALE, Monica Frassoni, qui craint que le gouvernement espagnol ne prenne pas assez de distance par rapport aux Etats-Unis dans ce domaine (la parlementaire a aussi condamné le plan hydrologique espagnol, qui avantage les régions riches et nuit à l'environnement, a-t-elle dit).
En répliquant à la fin du débat, M.Aznar a dit qu'il faut parler des questions pénales et de justice avec les partenaires américains, en insistant sur la position contre la peine de mort réaffirmée par l'Europe dans ce contexte. Par ailleurs - thème soulevé par Mme Frassoni, mais aussi par M. Pöttering et d'autres -, il a critiqué le comportement de la Russie en Tchétchénie.