Bruxelles, 19/12/2001 (Agence Europe) - C'est un Wim Duisenberg plutôt confiant qui s'est exprimé mardi après-midi devant la commission économique et monétaire du Parlement européen réunie sous la présidence de Philippe Herzog (Gauche unitaire, français). La croissance réelle restera "probablement faible" dans la zone euro au début de 2002, mais "les conditions sont en place " afin qu'elle s'améliore au cours de l'année prochaine, a estimé le Président de la Banque Centrale Européenne. Et il a résisté aux appels à de nouvelles baisses des taux d'intérêt, en affirmant que, comme l'avait constaté le Conseil des gouverneurs le 6 décembre, "les niveaux actuels des taux d'intérêt de la BCE" (après les réductions de 50 points décidées respectivement le 17 septembre et le 8 novembre) "sont appropriés pour maintenir la stabilité des prix dans le moyen terme". Interrogé en particulier par le Vert français Alain Lipietz (qui lui a lancé: "comptez-vous continuer à faire baisser la croissance industrielle en Europe?"), M.Duisenberg a dit une fois de plus que le seul moyen de retrouver la voie de la croissance, c'est d'aller de l'avant avec les réformes structurelles. Les taux d'intérêt en Europe sont "historiquement bas", a-t-il répété, en notant que les taux réels à court terme sont passés d'une moyenne de 4,6% entre 1991 et 1998 à 1,9% entre 1999 et octobre 2001, alors que dans les mêmes périodes les taux à long terme passaient de 5,2% à 3%.Les taux d'intérêt clé de la BCE ont été réduits de 125 points depuis le 30 août 2001 et de 150 points en 2001, a rappelé le Président de la BCE. Quant aux perspectives de reprise de la croissance en Europe, en répondant en particulier à Philippe Herzog, M.Duisenberg a estimé qu'elle sera surtout "induite de l'intérieur" plutôt que déterminée par l'évolution de l'économie américaine: contrairement aux Etats-Unis, nous n'avons pas de "déséquilibre majeur" comme leur déficit commercial, et la chute de l'inflation encouragera la demande interne, a-t-il noté. "Nous comptons sur nous-mêmes", estime M.Duisenberg. L'inflation dans l'eurozone a baissé en novembre à 2,1%, après la pointe de 3,4% en mai dernier (voir EUROPE d'hier, p.11), et elle sera à des niveaux "sûrs" , au-dessous de 2% "dans l'avenir prévisible", et même autour de 1,5% dans les deux années à venir, a-t-il précisé.
Par ailleurs, M. Duisenberg a répondu à des questions sur:
- le Pacte de stabilité et de croissance. Peut-on envisager, dans cette période de perte de croissance, une révision du Pacte? "Je ne recommande pas de changer le Pacte (...). Il est important que les joueurs ne changent pas les règles du jeu alors que le jeu continue", a dit M.Duisenberg au démocrate-chrétien allemand Karl von Wogau. L'élu de la Lista Bonino Benedetto Della Vedova et le libéral démocrate britannique Chris Huhne ont posé eux aussi le problème du recours aux stabilisateurs économiques autorisé dans certaines circonstances, et M.Duisenberg a répété que seulement les pays proches de l'équilibre budgétaire ou enregistrant un excédent peuvent utiliser cet instrument, " et ils le font déjà".
- la réaction de la BCE aux événements du 11 septembre. En répondant au socialiste luxembourgeois Robert Goebbels, M.Duisenberg, qui avait été auditionné par la commission économique et monétaire du PE dès le 12 septembre, a répliqué qu'à ce moment-là il était trop tôt pour apprécier pleinement toutes les répercussions des attentats aux Etats-Unis sur la situation économique, mais que dès le 17 septembre la BCE en avait tiré les conséquences (par sa décision de baisser les taux). Nous avons montré que le Conseil des gouverneurs peut prendre des décisions rapidement, a précisé M.Duisenberg, en indiquant que ce jour-là il était à Helsinki, mais qu'il avait convoqué une téléconférence à 17 heures et que "dans l'espace d'une heure nous étions parvenus à une décision".
- la distribution de billets en euros. Plusieurs députés ont estimé que, surtout suite à l'engouement montré par la plupart des Européens pour les kits contenant les première pièces en euros, on devrait pouvoir distribuer un nombre limité de billets en euros avant le premier janvier: c'est ce qu'ont fait le libéral néerlandais Jules Maaten, la démocrate-chrétienne belge Marianne Thyssen, la socialiste portugaise Helena Torres Marques, qui a souligné que Président du Conseil Ecofin et de l'Eurogroupe, Didier Reynders, avait vu dans ce succès un "fait nouveau" qui devrait justifier, par exemple, une pré-alimentation en petites coupures en euros. Nous devons avant tout "éviter la confusion", a répondu M.Duisenberg, qui a noté que certains détaillants "nous implorent", au contraire, de ne pas mettre des billets en circulation plus tôt que prévu. De toute façon, a-t-il assuré, des petites coupures, en particulier l'eur5 et l'eur10, seront mises en circulation en larges quantités dans les premiers jours de 2002, et un total de 15 milliards de billets en euros étaient déjà produits avant fin novembre, donc nettement plus que les 10 milliards qui devraient être distribués pendant la phase de basculement vers l'euro. En Suède, "nous sommes un peu jaloux" de ne pas pouvoir recevoir ces kits, a commenté le libéral suédois Olle Schmidt.
- les objectifs de la politique monétaire de la BCE. La BCE est la seule banque centrale du monde à avoir un seul objectif, la stabilité des prix, a commenté William Abitbol (EDD, français) qui se demande si c'est "envisageable" d'y ajouter la croissance et l'emploi (à son avis, on devrait le faire à l'occasion de la prochaine CIG). "C'est faisable, mais je ne considère pas ça souhaitable", lui a dit M. Duisenberg.
- la politique de communication de la BCE. A la conservatrice britannique Theresa Villiers qui laissait entendre que la Banque devrait "réexaminer" sa stratégie de communication, M.Duisenberg a rappelé en particulier que "nous essayons de parler d'une seule voix, même si avec plusieurs bouches", mais que la tendance est à le faire de plus en plus "d'une seule bouche, la mienne". C'est une discipline que nous nous imposons, a-t-il remarqué.