Bruxelles, 14/12/2001 (Agence Europe) - L'association « Confrontations » a envoyé un texte intitulé « Nos choix pour l'Europe » à la Présidence du Conseil de l'Union européenne, aux présidents de la Commission et du Parlement européen ainsi qu'aux Premier ministre et au président de la République française. Les 80 signataires soulignent l'importance du Sommet de Laeken dont ils attendent une clarification des choix de société à partir de laquelle la Convention pourra élaborer un projet ambitieux de réforme.
« Dans le monde actuel, l'Europe doit devenir une communauté plurinationale qui innove pour la justice, la sécurité et le développement » affirme ce texte qui poursuit: « Cela exige un diagnostic lucide donc non complaisant sur l'état de l'Union. Malgré bien des efforts, ni la capacité de politiques communes, ni la légitimité et l'efficacité du système institutionnel ne suffisent. Ce n'est pas par rapport aux enjeux de 1945 qu'il faut évaluer la réalité, c'est par rapport aux défis d'aujourd'hui. Après le choc du 11 septembre, l'Europe ne doit pas seulement réaffirmer ces valeurs face à la violence terroriste. Elle doit prouver qu'elle existe en les renouvelant et en les mettant en action. L'Europe doit être capable de définir un projet de société à la mesure des espérances de ses citoyens. Elle doit devenir le trait d'union entre les peuples du monde, en multipliant le dialogue et la coopération, afin que partout progresse la démocratie et la solidarité. La démocratie ne vit que par la participation (…). C'est pourquoi, nous souhaitons que la déclaration de Laeken ne porte pas seulement sur des procédures et sur des droits mais qu'elle engage les dirigeants politiques et tous les acteurs européens à définir les objectifs, organiser des politiques communes et donner souffle à la vie démocratique de l'Union. Ces objectifs doivent s'inscrire dans des choix de société qu'il est urgent de clarifier ». Le texte aborde successivement:
la place et le rôle de l'Europe dans le nouvel ordre mondial qui reste à construire: « L'Europe doit renforcer son ambition politique en matière de défense », affirment les signataires qui estiment aussi que: - la construction d'une justice pénale commune doit relever pleinement de la méthode communautaire ; - l'élimination des places « off shores » est un des défis importants pour l'organisation d'une sécurité intérieure cohérente avec la liberté des personnes ; - l'Union doit développer une logique de solidarité et de partenariats concrets avec les peuples de la planète et singulièrement ses voisins du sud et de l'est.
la politique économique et le renouvellement du modèle social européen: « La déclaration de Laeken devrait prévoir les compétences et les outils budgétaires et fiscaux nécessaires à une politique économique commune », peut-on lire dans ce texte qui souligne l'ampleur de la tâche: - les Etats, l'Union et la BCE devraient poursuire des politiques conjoncturelles et structurelles communes ; - le Pacte de stabilité, tourné vers les années 90, n'est plus adapté aux enjeux de l'Europe après l'introduction de l'euro ; - l'Union a besoin de développer l'investissement public ; - l'Union doit être dotée d'une capacité de régulation du marché financier, d'une fiscalité propre et d'un véritable budget ; - il est urgent de stopper la compétition fiscale lorsqu'elle s'oppose aux valeurs européennes de solidarité, de supprimer le secret bancaire dans le cas où la sécurité publique est en cause et de faire disparaître les paradis réglementaires. Le texte préconise aussi (1) une co-responsabilité des Etats et de l'Union pour des services d'intérêt général européen, (2) un système européen de relations sociales et civiques bâti de façon décentralisé et interactive et (3) un grand projet d'éducation initiale et continue tout au long de la vie.
les options pour une Union politique: «Ne nous perdons pas dans les débats sur le sens du mot « fédération ». L'important, c'est que l'Europe ne soit pas seulement celle des Etats mais surtout celle des citoyens », lancent les auteurs de ce texte qui estiment qu'il s'agit « d'inventer une démocratie participative plurinationale » et de doter l'Union de nouvelles compétences.
Parmi les 80 signataires figurent des députes européens, comme Geneviève Fraisse, Philippe Herzog (PCF), Pierre Jonckheer (Ecolo), Michel Rocard (PS), Bruno Trentin (Democratici di Sinistra), l'ancien ministre belge Fernand Herman (PSC), des patrons comme Jean Gandois (Suez), Francis Mer (Usinor), Jean Peyrelevade (Crédit Lyonnais), des syndicalistes, Emilio Gabaglio (CES), Jean Kaspar et des économistes comme Alain Touraine.