Bruxelles, 29/11/2001 (Agence Europe) - Lors d'un débat souvent passionné sur la génétique humaine, avec des références fréquentes à la dignité humaine ou des valeurs chrétiennes pour les uns, aux chimères et même à Frankenstein pour d'autres, les députés européens ont été nombreux à répéter jeudi que personne n'a le monopole de l'éthique. Le vote sur le rapport de sa commission temporaire sur la génétique humaine l'a en quelque sorte confirmé, puisque le Parlement européen n'est pas parvenu à définir une position suffisamment claire pour qu'elle puisse trouver une majorité. Après l'adoption de nombreux amendements ouvrant, pour certains, la voie à de nouvelles possibilités de recherche et confortant, dans d'autres cas, l'interdiction des techniques de clonage ou des activités portant sur les embryons, le rapport de Francesco Fiori (Forza Italia) a finalement été rejeté à une écrasante majorité: 37 voix pour, 316 contre et 47 abstentions. Un vote qui montre une nouvelle fois combien l'équilibre est difficile à trouver entre la protection de la dignité humaine et d'autres valeurs fondamentales, d'une part, et les attentes des patients, la liberté des chercheurs et les intérêts économiques, de l'autre. Pour autant, cette contre-performance ne signifie pas que le Parlement n'a pas d'avis sur le sujet. Elle renvoie simplement à la position claire qu'il a prise en adoptant le rapport du socialiste français Gérard Caudron sur le 6ème programme-cadre de recherche. A cette occasion, il s'était notamment prononcé pour: - l'interdiction du clonage humain à des fins de reproduction ; - l'autorisation des recherches sur les embryons surnuméraires de moins de quatorze jours, dans le respect de la réglementation en vigueur dans les pays où elles sont autorisées (voir aussi EUROPE du 15 novembre, p.10).
Avant le vote, M. Fiori avait appelé le Parlement à prendre ses responsabilités et à s'opposer à l'instrumentalisation du corps humain, aux recherches qui portent sur des modifications génétiques héréditaires ainsi qu'à la différence qui est faite entre le clonage thérapeutique et le clonage reproductif et qui risque d'entraîner la production et l'utilisation d'embryons. Il a plaidé pour une réglementation plus rigoureuse de la brevetabilité et a estimé que les recherches sur les cellules souches adultes sont aussi prometteuses que celles sur les cellules embryonnaires. L'Italienne Elena Paciotti (Democratici di Sinistra) a appelé le Parlement à ne pas remettre en cause la position prise dans le cadre du rapport Caudron, et elle a dit du rapport Fiori qu'il était « inspiré par la peur et non la raison ». Elle a estimé que la recherche sur les embryons surnuméraires doit être possible si elle permet de sauver des vies. « Souhaitons-nous que l'Europe devienne un musée ? », s'est interrogée la libérale finlandaise Astrid Thors, en insistant pour que le Parlement envoie un signal positif aux chercheurs. La verte allemande Hiltrud Breyer a plaidé pour l'interdiction du clonage et a dit que la différence faite entre l'objectif thérapeutique ou reproductif n'est que sémantique. Affirmant que l'utilisation de cellules embryonnaires n'est pas justifiée si l'on peut utiliser des cellules adultes, elle a dit que « les femmes ne doivent pas devenir des fournisseurs de pièces détachées ». Evoquant des leçons à tirer de Frankenstein, Geneviève Fraisse (indépendante française élue sur la liste communiste) a souhaité un meilleur encadrement de la recherche, et s'est prononcée contre le clonage, mais pour l'utilisation des embryons surnuméraires. Liam Hyland (UEN, irlandais), Johannes Blokland (EDD, néerlandais) et Jean-Marie Le Pen (Front national) ont apporté leur soutien au rapport Fiori alors que Gianfranco Dell'Alba (Lista Bonino) s'est exprimé pour la liberté des chercheurs et les recherches sur les embryons.
Tout en plaidant pour des « progrès technologiques responsables », le Commissaire Philippe Busquin a dit que « la recherche doit être libre » même si « les aspects éthiques sont essentiels » dans le cadre de la génétique humaine. Il a reconnu la nécessité de mieux coordonner au niveau européen la recherche sur les maladies rares, mais aussi d'adapter certains aspects de la réglementation européenne concernant les produits pharmaceutiques. La Commission va examiner commet renforcer la protection de la vie privée dans le secteur des assurances, a-t-il dit avant d'estimer qu'il n'y a pas lieu de « amender ou de revoir le contenu » de la directive de 1998 sur la brevetabilité des inventions biotechnologiques, mais d'en clarifier certains aspects, parce que « la science va vite ». M. Busquin a indiqué que la Commission envisage de mettre en place un groupe d'experts scientifiques et de juristes qui travaillera sur ces clarifications et s'est prononcé pour un dialogue ouvert, le plus large possible, entre chercheurs, juristes, responsables politiques et citoyens dans le cadre de l'action « Science et Société ». Après avoir rappelé que la Commission a pris position contre la production d'embryons et soutient l'initiative franco-allemande en faveur d'une convention internationale interdisant le clonage reproductif, M. Busqui a estimé que l'autorisation de l'utilisation des embryons surnuméraires notamment en vue de la production de cellules souches constitue une « position équilibrée », même si « beaucoup de questions restent encore ouvertes, y compris sur le plan scientifique ».