Bruxelles, 06/11/2001 (Agence Europe) - Lors d'un petit-déjeuner organisé le 5 novembre par The European Policy Centre, le think tank présidé par Stanley Crossick, le Représentant permanent du Royaume-Uni auprès de l'UE, Nigel Sheinwald, a indiqué qu'il attendait du Conseil européen de Laeken des avancées en ce qui concerne le rôle de l'Europe dans le monde d'une part et ce qu'elle doit faire pour sa propre sécurité, sa prospérité et son avenir politique de l'autre, étant entendu que la situation a profondément changé depuis le 11 septembre. Et, interrogé sur le sommet Blair-Chirac-Schröder à Gand et sur le sommet élargi du 4 novembre à Londres, l'ambassadeur Sheinwald a souligné que, pour faire face aux nouvelles circonstances, il faudra compter à la fois sur "un agenda européen fort" et sur "des contributions des Etats membres les plus concernés": "l'un ne diminue pas l'autre", et "ce serait sage d'accepter que certaines choses peuvent être discutées dans de plus petits groupes", a-t-il affirmé.
A propos du rôle de l'Europe dans le monde, M. Sheinwald a dit attendre en particulier de Laeken:
- en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, que l'UE continue à coopérer concrètement avec les Etats-Unis, et qu'elle "montre, d'ici à Laeken", qu'elle est capable d'avancer concrètement sur des questions cruciales comme le mandat d'arrêt européen, la définition commune du terrorisme et le gel des avoirs des terroristes. En répondant à des questions, l'ambassadeur britannique s'est déclaré confiant dans la capacité du Conseil JAI de décembre de parvenir à un accord sur ces questions, et a martelé: "ce que le Royaume-Uni veut, c'est l'élimination complète de la double incrimination". Sur le plan politique, a-t-il estimé, l'UE devrait montrer sa capacité d'être un "facilitateur du dialogue" dans la région, alors que sur le plan humanitaire, elle devra assurer qu'elle dispose des ressources budgétaires nécessaires (là, M. Sheinwald a espéré que le prochain budget de l'UE reflétera l'importance accrue de l'Asie centrale, et de l'Asie en général).
- concernant l'élargissement, que l'UE respecte strictement la "feuille de route" qui la guide dans les négociations d'adhésion. Pour le Royaume-Uni, "il n'est pas nécessaire de citer des noms pour une première vague d'adhésions"; en fonction des progrès des négociations, il pourra s'agir d'un "grand groupe", allant jusqu'à dix pays candidats, a prévu M. Sheinwald.
- pour ce qui est de la défense européenne, que l'UE maintienne le cap (vers le Headline Goal), même si la Conférence sur les capacités, le 20 novembre, confirmera certainement certaines "carences"). Pour la PESD, Laeken sera "un pas important, une partie d'un processsus", et la déclaration du Conseil européen devra montrer la voie "vers l'opérationnalité ", mais "à ce stade" on ne peut sans doute pas encore parler d'une PESD véritablement opérationnelle. Interrogé sur le problème avec la Turquie (qui empêche un accord sur la mise à disposition de moyens de l'OTAN pour de futures opérations militaires de l'UE), l'ambassadeur a rappelé que Londres travaille toujours pour essayer de le régler, en coopération avec les Etats-Unis.
Quant au futur de l'Europe, M. Sheinwald est revenu en particulier sur la question cruciale de la sécurité (interne) de l'UE, deux ans après le sommet de Tampere.
A Laeken, nous avons besoin d'une "évaluation franche" de la situation, et les chefs d'Etat et de gouvernement doivent "dire clairement à quoi ils s'attendent", a précisé l'ambassadeur britannique, qui a par ailleurs évoqué la Déclaration de Laeken sur l'avenir de l'Europe en notant qu'elle devra parvenir à un équilibre entre: - la première partie, analytique (et qui devrait, selon Londres, insister à la fois sur les politiques, les institutions et la communication entre ces dernières et les citoyens); - la deuxième partie, sur la légitimité démocratique (il faudra éviter une "évaluation noir/blanc", sans aucune nuance, car les gouvernements n'accepteront sans doute pas être qu'on leur dise qu'ils manquent de légitimité démocratique); - la troisième partie, sur le débat à organiser au niveau européen. Là, M. Sheinwald a remarqué que la future Convention sera une réelle nouveauté, en souhaitant qu'elle ait un Président fort, qu'elle propose des "options", et qu'à l'issue de ses travaux soit ménagé un "intervalle correct" pendant lequel les gouvernements pourront aussi consulter leurs parlements sur la position à prendre dans la CIG proprement dite. Nous savons que la CIG sera "large", a reconnu M. Sheinwald, en ajoutant: je ne pense pas que Laeken sera " un autre Nice", je n'anticipe pas une atmosphère "style "High Noon", une confrontation" (allusion au western de Fred Zinnemann de 1952: NdlR).
Interrogé sur la possibilité qu'à l'avenir le Président de la Commission européenne soit choisi en fonction des résultats des élections européennes, M. Sheinwald (pour qui la Commission, dans une Europe élargie, sera plus forte, et pas moins) a commenté: je pense que si le Président de la Commission est identifié à un parti politique, ce sera plus difficile pour lui de jouer correctement son rôle....