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Bulletin Quotidien Europe N° 8085
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/mediterranee

La conférence de Bruxelles accaparée par le thème de la paix et de la violence au Moyen-Orient et par celui de la lutte contre le terrorisme

Bruxelles, 06/11/2001 (Agence Europe) - La conférence ministérielle informelle euroméditerranéenne, ouverte lundi soir à Bruxelles, a été pratiquement accaparée par des échanges de vues - parfois vifs - sur la situation au Moyen-Orient et, dans une moindre mesure mais avec une tonalité relativement consensuelle, par les suites des attentats du 11 septembre.

La présence de Yasser Arafat a évidemment contribué à occulter l'objet même de la conférence dont le but était un examen à mi-parcours du processus de Barcelone (entre la session formelle de Marseille, en novembre de l'an dernier et celle de Valence, au printemps prochain) et de tenter de sortir ce processus de l'ornière. Les divers entretiens organisés en marge, notamment une rencontre de dernière minute du leader palestinien avec Shimon Perès, ont retenu davantage l'attention que la conférence elle-même, dont l'ordre du jour n'était d'ailleurs pas suffisamment fourni - mis à part le projet de coopération dans le domaine JAI (Justice et affaires intérieures), dont une ébauche a été soumise aux ministres.

Ouvrant la session, Louis Michel, Président en exercice du Conseil de l'UE, a estimé que « le Processus de Barcelone doit demeurer ambitieux » car il est un « instrument unique » pour la réalisation des objectifs arrêtés à Barcelone il y a six ans et qui restent « plus que jamais d'actualité » et devraient inciter à agir dans le respect du droit international et à rejeter la violence. M. Michel a insisté sur la sécurité régionale, « l'établissement d'une zone de bien-être partagé» et le « dialogue entre les cultures, les civilisations et les religions», qui « prend une dimension nouvelle dans les circonstances actuelles ». En outre, il a souligné la « place particulière» à accorder aux thèmes relatifs à la Justice et Affaires Intérieures. M. Michel décèle, globalement, des signes qui encouragent à poursuivre et approfondir le dialogue EuroMed et à l'élargir à des pays qui ont manifesté le souhait de s'y impliquer (on peut penser aux pays de l'ex-Yougoslavie: NdlR), mais note qu'il faut d'abord d'approfondir la coopération entre les partenaires actuels.

Prenant ensuite la parole, Yasser Arafat a répété qu'il « condamnait avec force » les actes terroristes contre les Etats-Unis et exprimé sa « disponibilité à participer à tout effort international collectif pour combattre le terrorisme, y compris le terrorisme organisé de l'État d'occupation ». « Nous vous faisons appel (…) afin d'œuvrer maintenant, et de toute urgence, auprès d'Israël pour qu'il retire ses forces militaires et paramilitaires», a-t-il dit s'adressant à la partie européenne, que le ministre syrien des Affaires étrangères, Farouq Al-Shara'a, porte-parole du groupe arabe, a interpellée vigoureusement à combattre la politique d'Israël, qu'il assimile clairement au « terrorisme d'Etat », tout autant que le « terrorisme » mené par des groupes politiques ou sectes religieuses. « En tant qu'Arabes, nous avons signé le traité contre le terrorisme de 1998 lequel distingue les actes de résistance à l'occupation des actes terroristes », et « nous ne croyons pas que le terrorisme soit l'apanage de certaines religions ou groupes ethniques », a dit le ministre, en mettant en garde: « quiconque croit être capable d'arrêter la résistance ou l'intifadha persistera dans l'erreur ».

Javier Solana, Haut Représentant européen pour la PESC, a plaidé pour une intensification de « la coopération politique » euroméditerranéenne et d'un « dialogue régulier entre les capitales méditerranéennes » qui implique qu'on parle de tous les sujets ». « Nous Européens devons aussi dialoguer davantage avec les sociétés civiles méditerranéennes » et « élargir le cercle des thèmes », y compris les évolutions internes européennes, comme l'euro, a dit M. Solana, qui appelle aussi les pays méditerranéens à « anticiper » l'élargissement et à parler déjà aux pays candidats. Quant à la lutte contre le terrorisme, il a demandé d'« utiliser la plus belle carte que nous avons dans nos mains: nos communautés. Les Européens sont le premier groupe à aimer visiter les pays de la rive Sud. Et la communauté méditerranéenne, maghrébine ou turque est la première communauté étrangère dans l'UE ».

Sitôt après les discours d'ouverture, dont celui prononcé par Nicole Fontaine (voir plus loin), Shimon Perès se serait, selon des sources européennes, surtout efforcé de convaincre de son attachement personnel à la paix, en notant que les précédents retraits (d'Égypte et de Jordanie) ont abouti parce qu'ils n'ont pas eu lieu sous la pression de la violence. Le ton serait ensuite vite monté entre MM. Perès et el Shara'a qui se seraient livrés à un échange de propos « émotionnel », selon les uns, « vif et agressif », selon d'autres.

Quant au ministre grec des Affaires étrangères, Georges Papandreou, il a présenté les conclusions de la récente réunion à Agadir du Forum méditerranéen, structure de concertation réservée aux seuls pays riverains de la Méditerranée, et son collègue marocain a appelé à l'instauration d'un « dialogue franc et régulier ». Dans le contexte actuel, a estimé Mohamed Ben Aissa, « nous devons renforcer notre réflexion sur certaines faiblesses dont souffre notre processus telles que l'absence de structures véritablement paritaires, d'efficacité opérationnelle, et de véritable dialogue stratégique régulier ». Pour lui, après le 11 septembre. "une stratégie nouvelle s'impose", car « nous ne pouvons plus nous contenter de faux consensus, ni nous dérober à des engagements laborieusement négociés et unanimement acceptés ».

Dans son intervention, Nicole Fontaine a, tout en réaffirmant la solidarité de l'UE avec les Etats-Unis, estimé que "nous devons (...) attirer leur attention sur la grave erreur politique qui consisterait à sous-estimer, du fait de leur puissance militaire, l'importance d'une écoute très attentive de l'ensemble des pays qui les ont (...) soutenus sans réserve". "L'issue politique du conflit passe inéluctablement par la chute du régime des talibans", a dit aussi Mme Fontaine, qui a souligné que les opérations américaines en Afghanistan "peuvent avoir un effet dévastateur sur l'adhésion politique de nos opinions publiques" sur un point, "celui de l'usage des bombes à fragmentation", qui sont "assimilables aux mines antipersonnel" (que l'Europe a banni de son arsenal militaire) et dont l'utilisation "doit être exclue".

En marge de la conférence, les quatre ministres des Affaires étrangères des pays engagés dans un processus d'intégration économique (Maroc, Tunisie, Egypte et Jordanie) ont tenu, mardi matin, une séance de travail à laquelle a participé le Commissaire européen Chris Patten, à qui ils ont exposé les projets retenus dans le cadre de cette initiative sous-régionale, qui constitue un processus ouvert. Les ministres ont signalé leur intention de parvenir d'ici l'an prochain à structurer leurs rapports (dans un « cadre juridique contraignant », selon une source européenne). M. Patten a réitéré le « plein appui » de l'UE à cette initiative, qui est dans le droit fil de ce qu'elle souhaitait en complément du réseau d'accords d'association bilatéraux, et a offert une assistance concrète (pas forcément financière, précise la même source) à l'identification de projets pouvant favoriser une telle intégration, et cela dans tous les domaines (infrastructures, énergie, transports, formation, etc.).

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