Strasbourg, 25/10/2001 (Agence Europe) - "Après les incendies dans le tunnel franco-italien du Mont Blanc en mars 1999 et dans le tunnel autrichien des Tauern en mai 1999, c'est une nouvelle fois la question de la sécurité des tunnels qui se pose brutalement à nous", avec le tragique accident dans le tunnel du Gothard en Suisse mercredi matin, a déclaré le Commissaire Franz Fischler, en s'exprimant jeudi devant la plénière du Parlement européen au nom de la Commission européenne.
Reprenant les termes d'une déclaration de la Commissaire aux Transports Loyola de Palacio, Franz Fischler a mis en avant les mesures annoncées par le Livre blanc de la Commission sur les transports pour améliorer la sécurité des tunnels et développer les alternatives ferroviaires à la route: 1) une réglementation sur les normes de sécurité dans les tunnels qui sera présentée début 2002; 2) une révision de la directive eurovignette qui permettra des financements croisés entre la route et le rail; 3) une augmentation des financements communautaires, portés à 20% de l'investissement, pour le passage Brenner et la liaison ferroviaire Lyon-Turin. Franz Fischler a indiqué que la Commission fera "tout pour que les Etats membres signent le protocole transports de la Convention alpine", sur la coordination des infrastructures dans la région.
Dans le cadre du débat sur la réouverture du Tunnel du Mont Blanc entre la France et l'Italie, débat élargi, au vu de l'actualité, à la sécurité des tunnels en général, les parlementaires ont déploré unanimement l'accident du Gothard, et salué les initiatives de la Commission pour développer des infrastructures alternatives à la route dans les Alpes. En revanche, alors que les ministres français et italien des Transports pourraient annoncer une décision ce vendredi, les parlementaires se sont opposés sur l'opportunité de réouvrir le tunnel du Mont Blanc. Lors d'un débat dominé par les Français, Italiens et Autrichiens: PSE et PPE ont plaidé pour la réouverture du tunnel fermé depuis mars 1999, tandis que Verts et GUE s'y sont opposés.
Soutenant la réouverture du tunnel au nom du PPE-DE, le député de Forza Italia Giacomo Santini a estimé que la fermeture du Mont Blanc est "contraire à la libre circulation des personnes et ne ferait que déplacer le problème vers les autres axes alpins: le Brenner, la Suisse, Trévise…". Il a indiqué que l'Italie aurait perdu 1,5 milliard d'euros depuis la fermeture du tunnel et que la seule vallée d'Aoste aurait vu son PIB baisser de 10%. Au nom du PSE, l'Autrichien Johannes Swoboda a mis en avant "la nécessité de relier les régions d'Europe, tout en tenant compte de l'environnement". Luciano Caveri, élu du Val d'Aoste du groupe libéral, a plaidé dans le même sens en soulignant au passage combien "il est triste que l'accident du Gothard soit survenu dans un des tunnels réputés pour sa sécurité et dans un pays qui a fait le plus d'efforts pour transférer le trafic de la route vers le rail". Tout en insistant lui aussi sur l'impact économique de la fermeture du tunnel, l'élu des Democratici di Sinistra à Turin, Gianni Vattimo, a plaidé pour une réouverture "sous conditions", liée au contingentement des transports de marchandises dangereuses et le développement d'infrastructures ferroviaires alternatives.
La Verte française Marie-Anne Isler Béguin a attaqué avec virulence la réouverture du tunnel du Mont Blanc, "qui va à l'encontre des engagements de l'UE et de ses Etats membres pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre" . Des alternatives sont possibles, a-t-elle insisté, en soulignant que "les capacités ferroviaires existent et les 13 millions de tonnes qui transitent annuellement par le Mont Blanc peuvent être absorbés par le rail avec le doublement de la capacité par le Mont Cenis, par l'axe sud du Léman et par Dijon Valorme". Avec l'élu italien de la Gauche unitaire, Luigi Vinci, elle a jugé inconcevable que des camions de 40 tonnes continuent de circuler dans des tunnels qui mesurent 7 mètres de large.
Franz Fischler a souligné que "la Commission n'a pas la possibilité juridique d'empêcher la réouverture du tunnel du Mont Blanc". "Les questions de sécurité ne peuvent entièrement être transférées au niveau européen. Les autorités nationales doivent prendre leurs responsabilités", a-t-il précisé. Il a toutefois laissé entendre qu'au vu des données qui lui ont été transmises par les autorités italiennes et françaises, la Commission considère que les paramètres de sécurité sont réunis. Le Commissaire Fischler a souligné notamment que les sociétés italienne et française de gestion du tunnel ont été réunies dans une structure unique. "Les enquêtes ont montré que le nombre de victimes dans l'accident du Mont Blanc sont imputables à la mauvaise coordination des deux sociétés", a-t-il relevé. Plus de 200 millions d'euros, dont 22,5 millions fournis par l'UE, ont financé la réparation du tunnel du Mont Blanc, a rappelé le Commissaire (voir à la page 18 la réaction de l'IRU à l'incident du Gothard).