Strasbourg, 25/10/2001 (Agence Europe) - En adoptant le rapport d'Alain Lamassoure (PPE/DE) sur les progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion, le Parlement européen encourage la Grande Assemblée nationale turque à poursuivre avec détermination le travail, entamé avec la réforme constitutionnelle, pour garantir le fonctionnement démocratique de l'Etat, une « gouvernance » transparente fondée sur l'Etat de droit et le respect des droits et libertés au niveau individuel et collectif.
Le Parlement demande à la Turquie de présenter d'ici l'an prochain un échéancier précis pour le respect des critères politiques fixés à Copenhague pour l'adhésion à l'Union européenne. Parmi de nombreuses demandes, il insiste en particulier sur: - l'abolition de la détention au secret (comme mesure clé pour mettre fin à la torture) ; - l'abolition de la peine de mort ; - l'abolition des tribunaux de sécurité de l'Etat ; - le respect de la liberté d'association et d'expression et de l'ensemble des droits et principes énoncés dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE ; - une solution globale aux problèmes de la population kurde ; - une attitude constructive sur le dossier chypriote et l'exercice d'une influence décisive sur la partie chypriote turque pour obtenir qu'elle reprenne les négociations ; - l'application immédiate des arrêts de la Cour européenne des droits de l'Homme, notamment dans l'affaire Loizidou ; - la libération de Leyla Zana et des anciens membres du parlement d'origine kurde emprisonnés en raison des points de vue qu'ils défendaient. Le Parlement apprécie la contribution de la Turquie aux efforts de paix de la communauté internationale dans les Balkans et à la lutte contre le terrorisme. Il encourage vivement les autorités turques à apporter une contribution positive à la mise en œuvre de l'accord entre l'UE et l'OTAN sur la mise à disposition de moyens de l'Alliance pour des opérations de l'UE au titre de la PESD. Il demande aussi que la Turquie soit associée au débat sur l'avenir de l'Europe au même titre que les autres pays candidats (rappelons que la question du statut de la Turquie comme observateur dans la future Convention n'est pas encore réglée). Le Parlement soutient l'initiative civile prise par un groupe d'anciens diplomates et académiciens turcs et arméniens afin de parvenir à une appréciation commune du passé, et est convaincu qu'avec d'autres, cette initiative devrait déboucher sur une normalisation des relations entre les communautés et les Etats concernés. Le Parlement demande aussi à la Turquie de prendre toutes les mesures nécessaires pour instaurer un climat favorable de stabilité dans l'ensemble de la région du Caucase et de jouer un rôle actif dans la restauration du dialogue entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie.
M. Lamassoure s'est félicité de l'adoption de son rapport et il a souligné, devant la presse, qu'il ne s'agissait pas des vues d'un rapporteur ou de quelques députés mais d'un « très large consensus pour accueillir favorablement la candidature de la Turquie tout en soulignant qu'il reste des progrès à faire pour répondre aux critères politiques ». M. Lamassoure a expliqué que les quatre groupes les plus importants (PPE/DE, PSE, ELDR, Verts/ALE) avaient suivi rigoureusement la même liste de vote. Rappelant qu'un amendement du groupe socialiste proposait au départ de fixer un délai de dix ans à la Turquie pour remplir les critères de Copenhague, il a précisé qu'il s'y est opposé en vertu du principe d'égalité entre les pays candidats et il a estimé que la solution de compromis demandant à la Turquie de déterminer son propre calendrier « aidera les démocrates turcs qui veulent accélérer le processus de réformes ». Il est ensuite revenu sur « les pressions très fortes exercées par les Arméniens de la diaspora et non pas par les Arméniens de Turquie ou d'Arménie » pour obtenir que la résolution demande à nouveau la reconnaissance du « génocide arménien ». M. Lamassoure a expliqué que cela aurait été « inopportun » parce que le Parlement ne peut pas redire tous les ans la même chose, mais aussi parce qu'il convenait « d'encourager le dialogue » qui s'est instauré sur cette question depuis l'an dernier.
En adoptant par ailleurs un autre rapport de M. Lamassoure, le Parlement a approuvé, avec quelques amendements, la proposition de règlement concernant l'aide financière de pré-adhésion en faveur de la Turquie, proposition qui vise à créer une base légale unique pour l'aide à ce pays candidat. Le Parlement, cependant, insiste pour que cette assistance financière soit axée prioritairement sur les réformes politiques et institutionnelles, et demande à la Commission de veiller à la coordination de cette aide spécifique avec celle des autres bailleurs de fonds, notamment la BEI. Enfin, il souligne la nécessité de réduire les déséquilibres régionaux et de renforcer la cohésion économique et sociale en Turquie.