Liège, 24/09/2001 (Agence Europe) - En raison notamment d'un ordre du jour chargé mais surtout de leurs réticences à l'égard de la « taxe Tobin », les ministres des Finances de l'Union européenne, réunis samedi à Liège lors du Conseil informel Ecofin, ont finalement relégué au second plan le débat proposé par la Présidence belge sur la volatilité des capitaux et l'aide au développement. Les Quinze ont tout de même pris un minimum de précautions pour ne pas enterrer définitivement la taxe Tobin: ainsi, ils ont chargé le Comité économique et financier de leur préciser les termes de référence du mandat à attribuer à la Commission européenne afin que cette dernière puisse réaliser une étude générale sur la mondialisation. Ce mandat sera examiné lors du prochain Conseil Ecofin, le 16 octobre, et le rapport devrait être présenté au Conseil Ecofin du 14 décembre.
L'étude consistera à « décrire les aspects positifs et les abus possibles de la mondialisation afin que nous puissions examiner les différents moyens de répondre à ces abus, parmi lesquels la fameuse taxe Tobin, et définir la manière dont nous pourrions assurer le financement du développement », a expliqué le ministre français des Finances, Laurent Fabius, lors d'une conférence de presse. Mais aucun lien n'est établi entre une éventuelle taxation des mouvements spéculatifs des capitaux et l'idée d'origine d'en verser le produit à l'aide au développement.
La Présidence belge a présenté en son nom des lignes directrices pour guider la Commission dans la rédaction de son rapport, mais les ministres ont refusé de les avaliser. Quant au sujet des thèmes liés à la mondialisation, la Présidence propose que cette étude comporte quatre parties: - analyse des avantages de la mondialisation ; - analyse des effets de l'intégration des marchés financiers sur la volatilité des capitaux et la fréquence croissante des crises financières ; - état des lieux des initiatives déjà lancées au niveau international afin de limiter la volatilité des marchés financiers et réduire la spéculation ; - état des lieux des mesures internationales prises pour lutter contre les inconvénients potentiels de la mondialisation. Le rapport devrait suggérer des nouvelles initiatives relatives à la lutte contre le financement du terrorisme. La Présidence recommande à la Commission d'analyser les avantages et les inconvénients de la création d'une taxe sur les transactions financières, y compris la taxe Tobin, ainsi que des propositions alternatives poursuivant le même but. Concernant l'aide au développement, la Commission est invitée à: - examiner les propositions faites dans le rapport Zedillo, et d'autres propositions comme la « De-Tax » et la taxe sur les exportations d'armes (suggérée par M. Fabius) ; - trouver la manière d'améliorer l'efficacité du budget européen consacré à l'aide au développement, comme l'engagement à respecter l'objectif de 0,7% du PNB (respecté seulement par l'Irlande, le Luxembourg, la Suède et les Pays-Bas).
M. Fabius a reconnu que « beaucoup de réserves ont été émises » à l'encontre du prélèvement d'une commission, même faible, concernant les transactions financières sur les marchés des changes. « On sent bien qu'il y a des objections de la part de beaucoup de collègues. Mais l'idée qui a prévalu, c'est que quelle que soit la position qu'on peut avoir sur le fond, il est normal qu'il soit procédé à cette étude objective », a poursuivi M. Fabius, ajoutant que la présidence souhaitait seulement « mettre les choses sur la table ». « Aucun ministre n'a soutenu la taxe Tobin » ont affirmé, chacun de leur côté, le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois, Jean-Claude Juncker et le ministre néerlandais des Finances, Gerrit Zalm. « Il n'y a eu aucun signe en faveur d'une nouvelle taxe, plus stricte » contre l'assaut des spéculateurs, a confirmé le ministre autrichien, Karl-Heinz Grasser, pour qui il faut seulement "soutenir les forces du marché", car "la mondialisation crée un potentiel de croissance énorme ». « La majorité des ministres des Finances est d'avis que la taxe Tobin n'est pas opportune », a renchéri Hans Eichel, le ministre allemand. Pour son homologue irlandais, Charlie McGreevy, « les grands argentiers de l'UE ne voient pas comment cela pourrait marcher». Le ministre italien des Finances, Giulio Tremonti, a fermement défendu, comme alternative à la taxe Tobin, l'idée de prélever 1% de la TVA pour l'affecter à l'aide au développement. Les banquiers centraux, qui ont été invités à prendre part au débat, se sont montrés, pour la plupart, « favorables à la globalisation, entendue sous l'angle de ses effets positifs pour la prospérité et l'efficacité de l'économie internationale, et très attentifs à ce que de tels avantages puissent être analysés de manière aussi précise que possible dans les études futures», a dit le président de la Banque centrale française, Jean Claude-Trichet.
Attac annonce une nouvelle mobilisation à Laeken
Déçus, les responsables d'Attac, réunis en congrès à Liège, ont promis d'amplifier la mobilisation, notamment lors du sommet de Laeken, mi-décembre. « Il est normal que la Commission examine les conséquences d'une nouvelle mesure aussi importante, mais nous n'avons aucune confiance dans les experts de la Commission. Il faut que la Commission soit encadrée d'experts indépendants », a ainsi estimé Bernard
Cassen, président d'Attac France, à Liège. Et les anti-mondialisation de réfuter les arguments selon lesquels les attentats aux Etats-Unis changeraient la donne. « Les attentats rendent nos propositions plus pertinentes. Plutôt que de bombarder l'Afghanistan, ce qui serait une catastrophe, il faut lutter contre la pauvreté et contre les mouvements incontrôlés des capitaux », a déclaré Arnaud Zacharie, président d'Attac Liège. Une action est prévue le 6 octobre au Luxembourg contre les paradis fiscaux, et une autre le 10 novembre dans les pays européens, contre l'OMC.