Bruxelles, 20/09/2001 (Agence Europe) - La mise en place de "compensations" pour les compagnies aériennes européennes, si les Etats-Unis décidaient de soutenir leurs compagnies après le choc des attentats de la semaine dernière, "n'est pas la priorité" de la Commission européenne, a insisté jeudi Gilles Gantelet, porte-parole de la Commissaire aux transports Loyola de Palacio, après la rencontre à Bruxelles entre la Commissaire et les représentants de l'Association des compagnies aériennes européennes (AEA). "Nous ne voulons pas d'aide pour les compagnies et nous n'en demandons pas à la Commission", a déclaré le président de l'AEA et président d'Air France, Jean Cyril Spinetta, après la rencontre. "Les problèmes actuels s'apparentent à des difficultés de trésorerie, provoquées par la chute des réservations. Aider les compagnies à passer ce cap, par exemple avec des prêts garantis, ne me paraît pas choquant. En revanche, un système de subventions me semblerait une évolution négative", avait-il déclaré mercredi dans la presse française.
L'UE attend pour l'heure de voir ce qui se passera aux Etats-Unis. Les autorités américaines ont annoncé leur intention d'allouer 5 milliards aux compagnies américaines frappées par les retombées des attentats et de la suspension des vols, mais elles auraient refusé pour l'instant d'octroyer des aides sous la forme de garantie d'Etat pour un montant de 12,5 milliards, indique l'agence Reuters. La Commissaire aux transports devrait rencontrer la semaine prochaine à Montréal la Secrétaire d'Etat américaine aux transports, Norma Mineta, dans le cadre de l'assemblée générale de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).
Si l'UE devait réfléchir à un système permettant aux Etats d'accorder des aides pour compenser ces aides américaines et éviter d'affaiblir la compétitivité des compagnies européennes, il ne pourrait s'agir, a insisté Gilles Gantelet, que de compensations: a) fondées sur des statistiques précises des pertes européennes; b) non discriminatoires; c) limitées dans le temps. En tout état de cause, "la Commission ne pourra pas admettre des aides unilatérales des Etats membres," a averti le porte-parole, en rappelant que les "lignes directrices" pour les aides d'Etat aux compagnies aériennes ne permettent plus aucune aide de ce type.
Les représentants des compagnies aériennes ont insisté toutefois, lors de leur entretien avec Mme de Palacio, afin que l'Union européenne réagisse rapidement face à ce qui leur apparaît comme "une crise importante et durable", a relevé Gilles Gantelet. Les compagnies ont insisté afin que les Etats prennent en charge les coûts supplémentaires liés au renforcement des contrôles de sécurité, et que ces mesures soient "efficaces et applicables".
Les compagnies se sont également plaintes de l'ultimatum des compagnies d'assurance qui leur ont donné jusqu'à lundi prochain pour accepter une révision des contrats, incluant une hausse des primes liées aux "risques de guerre", qui seraient multipliées par dix. La Commissaire de Palacio évoquera la question avec Frits Bolkestein (Commissaire responsable du marché intérieur et de la régulation en matière d'assurance), et la question pourrait être posée lors du Conseil informel Ecofin, ce week-end à Liège, a indiqué Gilles Gantelet.
Les représentants de l'AEA ont demandé en outre à la Commissaire un "moratoire" sur les propositions en préparation qui pourraient alourdir leur difficultés, comme les propositions sur l'overbooking ou les compensations dues aux passagers en cas de retards. Elles ont aussi demandé un "gel" des règles européennes sur les "slots", qui obligent les compagnies à abandonner les créneaux horaires qu'elles n'utilisent pas.
Parallèlement à la création du groupe "ad hoc" d'experts chargés de réfléchir à la coordination des mesures de sécurité, annoncée lors du Conseil Transports extraordinaire du 14 septembre, un groupe de travail devrait être créé, avec les compagnies aériennes, a indiqué le porte-parole. "L'objectif est d'arriver à une vision suffisamment claire de la situation lors du Conseil Transports du 15 octobre pour définir une ligne commune", a-t-il précisé.