Premier pas positif, mais… Le Conseil "Affaires générales" a effectué un premier pas sur la voie qui devrait le conduire à assumer à nouveau la fonction de surveillance et de coordination des activités de toutes les "formations" du Conseil, afin de garantir la cohésion de l'action communautaire. Il recevra à chaque session un "inventaire de l'état des travaux sur les dossiers les plus importants en discussion dans les autres formations du Conseil", établi sous la responsabilité de la Présidence. Le but de ces "inventaires" est double: a) permettre au Conseil "général" d'assumer sa tâche de coordination horizontale et de cohérence; b) faciliter le rôle du Conseil Affaires générales dans la préparation des Conseils européens.
Le premier inventaire a été soumis au Conseil "général" du 16 juillet. Très bien. Ce qui est moins encourageant, c'est le résultat initial: le Conseil s'est limité à "constater qu'à ce stade aucun des dossiers repris dans l'inventaire ne nécessitait une discussion particulière", ce qui semble une manière quelque peu désinvolte de commencer la "surveillance et coordination" et confirme que le vrai problème n'est pas de trouver de nouveaux instruments mais de savoir si les ministres des Affaires étrangères ont effectivement la possibilité matérielle, physique (et l'envie) d'assumer cette tâche. Leurs responsabilités spécifiques en matière de relations extérieures s'élargissent sans cesse, et continueront à augmenter compte tenu notamment des progrès de la Pesc (politique étrangère et de sécurité commune) et de la Pesd (politique européenne de sécurité et défense). A l'heure actuelle, en pratique, la plupart de ces ministres ne restent que quelques heures à Bruxelles pour laisser ensuite la place aux ministres ou aux secrétaires d'Etat aux Affaires européennes.
La vraie question. Dans ces conditions, quelle est la différence par rapport à la formule, issue d'un séminaire de l'association de Jacques Delors "Notre Europe", consistant à séparer en deux parties le Conseil Affaires générales, l'une responsable des relations extérieures de l'UE, de la Pesc et de la Pesd, l'autre responsable de la cohérence de l'action communautaire et de l'essentiel de l'activité législative? La différence est évidente: en gardant l'unité du Conseil Affaires générales, les ministres des Affaires étrangères garderaient la responsabilité générale de la politique européenne de leur pays, même si, à l'heure actuelle, ces ministres (du moins, ceux des "grands pays") ne participent aux sessions que de façon épisodique. Le président actuel, Louis Michel, a exprimé explicitement son intention de relancer le "rôle coordinateur" du Conseil Affaires générales en rejetant la formule alternative (qui soulèverait par ailleurs de nombreuses difficultés constitutionnelles dans certains Etats membres). La vraie question est donc celle évoquée plus haut: jusqu'à quel point les ministres des Affaires étrangères ont-ils la possibilité pratique, et la "tension politique" nécessaire, pour s'occuper de tous les aspects de l'activité européenne? Jusqu'à quel point, et dans quels Etats membres, ont-ils un "droit de regard" sur les autres Conseils, y compris le Conseil "Economie Finances"?
Première réponse à l'automne. Nous aurons une première réponse à l'automne grâce au dossier colossal relatif à la "stratégie du développement durable" décidée à Göteborg. La Présidence a défini une "répartition du travail" entre les différentes formations du Conseil en confiant au Conseil Affaires générales "un rôle coordinateur". On verra bientôt s'il veut et s'il peut jouer ce rôle.
Dérives inadmissibles. Les approfondissements et les témoignages à propos des événements de Gênes en marge du sommet du G8 confirment l'existence d'épisodes graves d'abus des forces de l'ordre à l'égard non pas des casseurs et des franges violentes, mais à l'encontre de manifestants pacifiques et de représentants de la presse. Ces abus provoquent un sentiment d'amertume et d'indignation d'un double point de vue: pour la violence faite aux victimes et pour l'amalgame qui en résulte, dans l'opinion publique, entre les aspects de "guérilla urbaine" (inadmissibles) et les manifestations de protestation licites et même normales dans tout régime démocratique. L'opinion publique reçoit l'impression que les forces de l'ordre s'opposaient non seulement aux spécialistes de la violence mais aussi au droit même de contester et de manifester.
La fermeté des autorités responsables pour faire la clarté et condamner les dérives est indispensable pour prouver que l'amalgame est faux, que " les violents, de l'Afrique, s'en fichent royalement" (ai violenti, dell'Africa non gliene frega niente") ainsi que l'a affirmé un prêtre favorable aux contestataires, et que: a) dans l'Union européenne, le droit de manifester existe et est respecté; b) les autorités européennes ont la volonté de dialoguer avec les contestataires pacifiques. Ceci n'enlève rien à la constatation amère que les efforts réels de l'Union européenne en faveur de la "globalisation maîtrisée" et en faveur des revendications réelles et justifiées des contestataires sont ignorés (voir cette rubrique datée du 25 juillet); l'objectif du dialogue devrait être justement de le faire comprendre. (F.R.)