Strasbourg, 19/06/2001 (Agence Europe) - La première conférence euroméditerranéenne sur l'agriculture, organisée par le Comité méditerranéen de la FIPA (Fédération internationale des producteurs agricoles), sous l'égide du Parlement européen et du Conseil de l'Europe, a eu lieu les 14 et 15 juin à Strasbourg. Ce comité regroupe des organisations professionnelles de tous les pays du pourtour méditerranéen, membres et non membres de l'UE, y compris de l'ex-Yougoslavie et de la partie turque de Chypre, d'Israël et de Palestine.
Giuseppe Avolio (Italien), qui préside ce comité, a appelé à la tenue de réunions similaires tous les trois ans. Des délégués de pays candidats à adhérer à l'UE ont également participé à cette conférence, de laquelle ressortent plusieurs recommandations: - placer l'agriculture au cœur du processus de Barcelone et convoquer à bref délai une réunion des ministres de l'Agriculture des vingt-sept pays ; - dépasser les conflits anciens entre producteurs de la région, comme s'y sont déjà engagés les États membres riverains, par la diversification et la promotion de la qualité ; - organiser une concertation entre les milieux professionnels dans toutes les filières, y compris la distribution jusqu'aux consommateurs, pour la promotion des produits méditerranéens ; - prêter une attention plus soutenue à la question d'une « coopération durable » répondant au caractère typiquement « multifonctionnel » de l'agriculture méditerranéenne ; - gérer de manière coordonnée les ressources en eau; - organiser une défense commune de l'agriculture méditerranéenne aussi bien à l'OMC que pour éviter, au plan interne européen, sa marginalisation par rapport aux productions du nord.
M. Avolio a rappelé dès l'ouverture le travail commun entrepris par toutes les organisations affiliées pour donner à la coopération agricole en Méditerranée un contenu substantiel. Le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Lord Russell-Johnston, a appelé à ne pas « ériger un mur », ce qui serait une « décision stupide » qui donnerait de l'UE l'image d'une « forteresse opulente qui se nourrit de craintes et de préjugés ». Cet avis a été clairement contredit par le président de la commission de l'agriculture du PE, Friedrich-Wilhelm Graefe zu Baringdorf (Vert allemand) qui a axé toutes ses interventions (pendant les deux jours comme pendant la conférence de presse initiale), sur le devoir de limiter l'entrée des produits de pays tiers sur le marché communautaire. Le député européen a fortement affirmé la volonté de préserver le revenu des agriculteurs européens des effets du « dumping agricole » qu'il décèle dans les pratiques des pays partenaires, comme de la concurrence des États membres riverains: « tous les matins, je prie le ciel pour que les pommes de terre primeur italiennes et espagnoles ne viennent pas trop vite sur mon marché de Westphalie », a-t-il dit, en s'attirant des remarques acerbes de la quasi-totalité des orateurs. Ces critiques ont été si vives et directes que le député vert a préféré renoncer à tirer les conclusions finales de la rencontre comme prévu.
L'un des vice-présidents du Parlement européen, Renzo Imbeni (Democratici di Sinistra) a souligné, lors de la séance d'ouverture, l'intérêt d'avoir une « vision d'avenir », notamment pour mieux atténuer l'impact de la mondialisation sur les agriculteurs européens et des pays méditerranéens. Il a, lui aussi, insisté sur le besoin d'aboutir à une meilleure diversification et une qualité assurée - notamment au plan sanitaire - des produits et de garantir un développement durable d'une agriculture méditerranéenne jugée socialement vulnérable. « La concurrence est dangereuse pour tout le monde », a affirmé M. Imbeni. Il a, comme la plupart des orateurs, insisté sur la nécessité de prêter davantage attention aux problèmes à venir liés à la gestion des ressources en eau. M. Avolio a, à ce sujet, préconisé la création d'une « autorité unique de l'eau » en Méditerranée, en souhaitant que l'UE y contribue activement, notamment par le biais de soutiens prélevés sur les ressources de MEDA. Plusieurs orateurs, dont MM. Imbeni et Luc Guyau, président de le FIPA, ont regretté que la coopération dans le domaine de l'agriculture n'ait pas été retenue parmi les objectifs du processus de Barcelone et demandent à l'inscrire déjà dans la perspective du libre-échange, mais dans le cadre d'une « libéralisation contrôlée ».
Les deux journées de débats ont illustré la nécessité - unanimement proclamée, sauf par l'eurodéputé vert - d'imaginer les moyens d'une coopération plus soutenue entre producteurs des deux côtés de la Méditerranée. La libéralisation progressive des échanges et une diversification concertée permettront, d'un avis général, de mieux exploiter les potentialités de la production agricole méditerranéenne dans son ensemble, notamment dans la perspective de l'élargissement et de l'ouverture des marchés des pays candidats. L'élévation des niveaux de vie dans ces pays devrait stimuler la consommation, et la promotion d'un label unique basé sur la réputation du « régime alimentaire méditerranéen » favorable à la santé.
M. Fischler: un potentiel insuffisamment exploité
Le commissaire européen à l'agriculture Franz Fischler a fait part à Strasbourg, dans un bref discours, de son intention de mieux prendre en compte les particularités de l'agriculture méditerranéenne, dans une zone dont une large portion fait partie du territoire communautaire. M. Fischler a incité à une libéralisation prudente des échanges tout en souhaitant l'accélération du processus de Barcelone et de la mise en place du réseau d'accords d'association. Selon lui, l'effort ne sera réellement fructueux que lorsque les échanges « horizontaux » entre pays méditerranéens auront été développés. M. Fischler a lui aussi insisté sur la nécessité de promouvoir en Méditerranée une politique de qualité des produits agricoles dont la diversification doit être assurée, et a suggéré de mettre en place de meilleures structures de commercialisation. Les potentialités de développement des échanges, dans les deux sens, n'ont pas été pleinement exploitées par le passé, a estimé M. Fischler.