Bruxelles, 19/06/2001 (Agence Europe) - Le socialiste luxembourgeois Jacques Poos, rapporteur du Parlement européen sur la demande d'adhésion de Chypre à l'UE, a récusé dans un communiqué "le reproche de partialité "soulevé par deux de ses collègues, en notant que ce reproche, en fait, s'adresse, plus qu'à lui-même, aux "Nations Unies, au Conseil, à la Commission et à la Cour des droits de l'homme (qui a récemment condamné la Turquie pour violations des droits de l'homme commises dans la partie occupée de l'île). "La position clairement arrêtée, à savoir que la République de Chypre est reconnue internationalement pour représenter toute l'île, ne saurait être remise en question", dit M. Poos, en répliquant en particulier à son collègue Andrew Duff (voir EUROPE d'hier, p.7).
Par ailleurs, M. Poos a répondu à une lettre de l'ambassadeur turc auprès de l'UE, Nihat Akyol, envoyée le 14 juin aux membres de la commission des affaires étrangères du PE (sauf aux membres grecs), en déclarant que les conclusions de son projet de rapport ne sont "ni partiales ni radicales", et que "leur objectif n'est pas d'entraver les négociations, mais de contribuer à leur déblocage". "Ce déblocage est urgent et la Turquie pourrait fortement y contribuer", dit le député à l'ambassadeur turc. Et il précise:
- M. Akyol évoque le statut de garant pour Chypre attribué à la Turquie; or, M. Poos, avant l'ouverture des négociations avec Chypre, les implications juridiques de ce statut avaient été "soigneusement examinées par le Conseil de l'UE", qui était parvenu à la conclusion que ce statut de garant n'était pas un obstacle à l'adhésion de Chypre.
- selon M. Akyol, le projet de rapport marquerait "une rupture avec le souci général de prudence" concernant les négociations avec Chypre; le rapporteur répond que, "au stade où nous en sommes - il reste un peu plus d'une année pour trouver une solution politique - rien ne sert que d'employer des formules creuses; (...) la prise de position du Parlement européen doit, au contraire, être explicite et contribuer à une solution basée sur le droit international et l'acquis communautaire". Cette référence à l'acquis communautaire "n'est pas une interférence dans les négociations menées sous l'égide des Nations Unies", souligne M. Poos dans sa lettre, en notant que Chypre et la Turquie étant tous deux candidats à l'adhésion, le respect de l'acquis communautaire "garantira la viabilité à moyen terme de la solution politique du problème de Chypre".
- il est vrai que le rapport ne cite pas les événements de 1963 à Chypre, "ni d'autres conflits intercommunautaires survenus dans le passé", mais un rapport sur l'état d'avancement d'un pays candidat à l'adhésion "ne peut pas être un abrégé d'histoire". En revanche, "il est tout a fait erroné" que d'affirmer que le projet de rapport accuserait "continuellement la partie turque". Au contraire, il examine la question "sous l'angle international (avec maintes références au droit international) et européen au regard des critères de Copenhague", dit M. Poos.
- le rapport critique effectivement le retrait du leader chypriote turc Rauf Denktash des pourparlers sous l'égide des Nations Unies, mais on ne peut pas dire que M. Denktash ait "agi de la sorte en raison des retombées directes de la décision de l'UE de rouvrir des négociations d'adhésion avec Chypre". M.Denktash, rappelle M. Poos, s'était retiré de processus de l'ONU en novembre 2000, alors que la décision d'ouvrir les négociations avec Chypre avait été prise par le Conseil européen en décembre 1997. "La vérité est que M. Denktash a claqué la "porte parce qu'il était en désaccord avec les dernières propositions de Kofi Annan, qui prévoient à Chypre un Etat avec une personnalité unique, composé de "deux Etats constituants dont chacun serait doté d'un large degré d'autonomie", proposition qui reste "la seule base valable pour une solution politique", conclut M. Poos.