Bruxelles, 19/06/2001 (Agence Europe) - La Commission européenne devrait en principe adopter, ce mercredi, des conclusions proposant des pistes pour résoudre les problèmes engendrés par la libéralisation asymétrique des marchés de l'électricité dans l'UE, problèmes mis en lumière par les affaires de l'entrée du monopole français EDF dans l'italien Montedison, et de l'allemand EnBW dans l'entreprise espagnole Hidrocantábrico (voir EUROPE du 13 juin p.12).
Si elle suit la ligne proposée dans les documents présentés par les Commissaires Frits Bolkestein, Loyola de Palacio et Mario Monti, la Commission devrait définir une stratégie en trois points: 1) accélérer la libéralisation du marché de l'électricité d'ici à 2005, comme elle l'a proposé en mars dernier, 2) appliquer strictement les règles de concurrence sur les fusions et les abus de position dominante aux entreprises du secteur, 3) appliquer les articles 85 et 86 du Traité sur les entreprises publiques et les monopoles, en présentant, comme le prévoient ces articles, un projet de directive ou de décisions. Le Sommet de Stockholm avait demandé à la Commission de veiller à l'application de ces articles dans le contexte de la libéralisation de l'électricité. Autrement dit, la Commission pourrait mettre la France devant l'alternative d'accepter l'accélération du marché de l'électricité, ou de voir les possibilités d'investissements d'EDF strictement encadrées. Un choix difficile pour la France, puisque les dispositions prises pour défendre EDF pourrait brimer la politique d'investissement d'Elf, souligne un observateur.
Le débat très attendu de la Commission sera fondé sur deux documents:
Concernant le problème des aides d'Etat, les Commissaires indiquent que: "La Commission s'assurera que les aides versées par les Etats membres aux opérateurs du marché de l'électricité ne leur garantissent pas un avantage compétitif indu vis-à-vis des nouveaux entrants". "La Commission sera également attentive aux aides d'Etat dans le secteur nucléaire", qui n'est pas directement couvert par les Traités européens, le Traité Euratom ne prévoyant rien en matière d'aides d'Etat. Les Commissaires Monti et de Palacio précisent en outre qu'il faudra adopter "une solution aux problèmes des coûts échoués" (qui couvrent les coûts réclamés par les opérateurs historiques pour récupérer les investissements réalisés dans l'infrastructure avant la libéralisation, NdlR). La Commission devrait rendre ses conclusions dans trois cas de "coûts échoués" sur neuf qui lui ont été soumis (All. Aut., B., D., Esp., G., It., P.-B., R.-U.), rappellent-ils.
En matière de fusions, la note d'information des Commissaires souligne que "les fusions entre entreprises d'énergie peuvent être favorables à la concurrence, si elles permettent aux entreprises d'entrer sur de nouveaux marchés de l'énergie (…). Toutefois, les fusions entre d'anciens monopoles qui sont devenus concurrents grâce à la libéralisation sont beaucoup plus problématiques". Ils rappellent qu'en application des articles 81 et 82 du Traité, la Commission est déjà intervenue dans les cas de EDF/EnBW, Vega/Viag et examine le cas de la prise de contrôle d'EnBW sur Hidrocantabrico.
Sur le terrain des abus de position dominante et d'accès aux réseaux d'électricité, la note d'information souligne que "l'accès aux interconnexions est une priorité de la Commission", et rappelle qu'elle a utilisé là aussi les articles 81 et 82 pour assurer l'ouverture des connexions entre le Danemark et la Norvège, l'Allemagne et le Danemark et la France et le Royaume-Uni et qu'elle examine actuellement le cas des connexions entre la France et l'Espagne, entre l'Italie et la France et à l'intérieur des Pays-Bas.