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Bulletin Quotidien Europe N° 7960
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pse/congres

Le congrès du PSE a adopté sa déclaration de Berlin sur « la sécurité dans le progrès » - M. Cook succède à M. Scharping - Débat sur le fonctionnement du parti

Berlin, 08/05/2001 (Agence Europe) - Le congrès du Parti des Socialistes Européens a confirmé, mardi dans la capitale allemande, la nomination du ministre britannique des Affaires étrangères Robin Cook à la présidence du parti. M. Cook a été élu par 257 oui, 3 non et 13 abstentions. Le congrès a aussi adopté une déclaration de Berlin qui insiste notamment sur la poursuite de l'intégration européenne ainsi que sur la modernisation et le renforcement du modèle social et économique de l'UE. Sur le plan extérieur, le texte affirme que l'Union doit prendre la tête de la lutte contre la pauvreté au travers de conditions plus équitables pour le commerce, de réduction de la dette et d'aides directes. En ce qui concerne la future réforme du traité, le PSE se prononce pour un débat large et ouvert sur les buts de l'UE, ses structures et ses processus décisionnels et pour une CIG courte qui suivrait un processus du type de celui de la Convention qui a élaboré le projet de Charte des droits fondamentaux et qui impliquerait le Parlement européen, la Commission et le Conseil, les parlements nationaux et les autorités régionales. Le texte plaide aussi pour un renforcement du processus de Barcelone et de la coopération avec la Russie, l'Ukraine, le Bélarus et la Moldova. «Nous voulons que l'UE joue un rôle de premier plan pour la protection de l'environnement, en particulier en ce qui concerne le changement climatique. Nous appelons tous les pays, et spécialement les Etats-Unis, à respecter le protocole de Kyoto », souligne aussi le PSE qui se prononce pour « une nouvelle approche de l'agriculture pour garantir une alimentation plus sûre » tout en maintenant la cohésion rurale.

Un texte initial déjà très consensuel a encore été édulcoré pour tenir compte des demandes des travaillistes britanniques. Ainsi, il ne mentionne plus qu'une « révision du statut de la Charte des droits fondamentaux » alors qu'il évoquait au départ la possibilité de lui donner un caractère contraignant en l'annexant au traité. Face à l'opposition du Labour, la délégation française n'est pas non plus parvenue à y faire inscrire une référence à l'union politique ni à mentionner le renforcement des droits des travailleurs et l'adoption de la directive européenne sur l'information et la consultation des travailleurs.

Parmi d'autres textes adoptés par le congrès figure notamment un programme d'activités 2001-2004 qui cite parmi les priorités du PSE: - la construction d'une Europe au service des citoyens; - l'élargissement ; - le débat sur l'après-Nice ; - la politique commune de sécurité et de défense ; - la sécurité alimentaire et l'agriculture (un groupe de travail a été constitué) ; - le développement durable (un groupe de travail doit voir le jour lors du Sommet de Göteborg et rendra ses conclusions lors du Sommet PSE de Barcelone au printemps 2002) ; - la politique d'immigration ; - la préparation des élections européennes de 2004. Sur ce dernier point, l'Espagnol Enrique Baron a dit à des journalistes qu'il était confiant et que le groupe socialiste devrait redevenir le premier groupe du PE à cette occasion.

D'autres déclarations portent sur: (1) le trafic de femmes et d'enfants: le PSE demande un renforcement des moyens de lutte contre ces activités criminelles, notamment dans le cadre des programmes Stop et Daphné ; (2) une Europe moderne, pluraliste et tolérante: le PSE insiste sur le refus de toute alliance ou coopération avec des partis xénophobes ou incitant au racisme ; (3) l'Algérie: le PSE condamne la récente répression violente de manifestations pacifiques qui a fait 60 morts et des centaines de blessés ; (4) l'assassinat de Manuel Jimenez Abad: le PSE condamne ce nouveau meurtre des terroristes de l'ETA et réclame la fin de la violence qui empêche la libre expression des opinions politiques.

L'aile gauche réclame plus de démocratie

Les 70 signataires du mémorandum pour une Europe fédérale et sociale (voir EUROPE d'hier, p.9) ont aussi adressé une lettre ouverte à Robin Cook dans laquelle ils lui demandent de « faire du PSE un parti démocratique ». La réforme, qu'ils préconisent avec le Club de la République sociale européenne, comporte notamment: - l'élection des délégués par les congrès des partis membres du PSE; - le droit pour les partis membres et pour les délégués de soumettre des résolutions au vote ; - l'élection de toute la direction du PSE par le congrès.

Lors d'une conférence de presse, la secrétaire d'Etat française au logement, Marie-Noëlle Lienemann, a déploré que les débats au sein du PSE soient réduits à leur plus simple expression. « Il n'y a pas de Parti socialiste européen », a renchéri le député PS à l'Assemblée nationale Henri Emmanuelli, en indiquant que ce premier texte soutenu par des membres de plusieurs délégations « a beaucoup troublé la direction du PSE ». Pour le député européen grec Ioannis Koukiadis, qui s'est demandé sur quel point du manifeste socialiste le PPE pourrait être en désaccord, « le libéralisme du PSE le conduit à sa perte ». Le Belge Jean-Maurice Dehousse a trouvé choquant que le président sortant puisse saluer le président entrant avant qu'il ne soit élu. La délégation socialiste française a également marqué son insatisfaction quant au contenu de la déclaration de Berlin dont elle a souligné le manque d'ambition; 4 délégués ont voté pour, 3 contre et un s'est abstenu. « Nous aurions préféré un président plus fédéraliste », a dit un membre de la délégation tout en soulignant les qualités personnelles de Robin Cook (la gauche de la délégation française s'est abstenue lors de ce vote). Sur les huit voix de la délégation belge, une abstention a symbolisé la contestation du mode actuel de désignation du président du PSE.

Giorgio Napolitano (Democratici di sinistra) a, lui aussi, critiqué les faiblesses de la déclaration et plaidé pour « des procédures plus ouvertes de débat ». Une partie de la délégation italienne s'abstiendrait lors du vote sur la déclaration « non pas pour se dissocier de ce qui est écrit mais pour souligner ce qui ne l'est pas », a-t-il dit.

Répondant aux critiques, M. Scharping a dit pouvoir partager les préoccupations sur la démocratisation du PSE mais, a-t-il ajouté, « j'ai suivi plusieurs congrès de partis nationaux et je ne suis pas sûr qu'il y ait de grandes différences même en ce qui concerne l'élection des dirigeants ». « Nous avons déjà fait, lors de ce congrès, de réels progrès en organisant des tables rondes », alors que certains dirigeants auraient sans doute préféré que l'on se contente d'écouter des discours, a affirmé M. Scharping, en estimant qu'il « ne faut pas espérer changer au niveau européen ce que l'on n'est pas en mesure de faire au niveau national ».

Débat: certains participants plaident pour une Constitution

Le débat de mardi matin a permis aux congressistes d'exprimer beaucoup des non-dits de la déclaration de Berlin. Giorgio Napolitano a souligné que l'élargissement modifiera à un tel point l'Union qu'il s'accompagnera nécessairement d'une refondation dont la constitution pourrait devenir le symbole, et que les Etats membres ne doivent pas craindre une constitution qui ne fera que clarifier leurs propres compétences. Le président espagnol du groupe socialiste au PE Enrique Baron a plaidé pour une constitution dont la Charte des droits fondamentaux deviendrait le préambule. « On ne tombe jamais amoureux d'une architecture institutionnelle », a dit le Premier secrétaire du PS français, François Hollande en exigeant un « vrai projet politique ». Le président du PS belge, Elio Di Rupo, a déploré « le manque de vision politique au sein du PSE, où il est presque impossible de trouver des solutions communes », et s'est prononcé pour une constitution et l'intégration de la Charte dans le Traité.

Le Commissaire Günter Verheugen a dit que « l'UE a voulu l'élargissement » et doit maintenant l'assumer, et a critiqué le « petit esprit » dont font preuve les Etats membres qui n'arrivent pas à adopter une position communautaire dans ces négociations et les manœuvres de certains pays pour lier les négociations à des exigences en matière de politique agricole ou de fonds structurels. M. Verheugen s'est par ailleurs opposé à une révision de l'agenda 2000. Le ministre allemand des Finances Hans Eichel a aussi fustigé ces tentatives, dans les négociations d'adhésion, de faire des « paquets » et a dit que tous les Etats membres actuels doivent accepter des sacrifices, y compris ceux qui ont été jusqu'à présent les grands bénéficiaires du fonds de cohésion. Faisant un parallèle avec la réunification allemande, M. Eichel a estimé qu'il ne faut pas reproduire les mêmes erreurs en supprimant toutes les frontières avant que les économies des nouveaux Etats membres soient en mesure de le supporter en termes de compétitivité.

Devant un groupe de journalistes, François Hollande a dit qu'il comprenait la demande de démocratisation du PSE. Aujourd'hui, il faut « se battre pour obtenir la liberté de vote pour les membres des délégations et faire des efforts diplomatiques insensés pour présenter un amendement », a-t-il noté, en rappelant lui aussi que la désignation de M. Cook à la présidence du PSE est une compensation obtenue par Tony Blair à la suite du remplacement de Pauline Green par Enrique Baron à la tête du groupe du PSE au PE, mais en se disant confiant dans le « dynamisme » de Robin Cook.

M. Jospin refuse encore de commenter les propositions de M. Schröder

Lors d'une conférence de presse conjointe avec MM. Schröder et Scharping, le Premier ministre français Lionel Jospin a affirmé que « le PSE est la force la plus cohérente de l'Union européenne » et qu'il « élabore démocratiquement ses propositions ». Interrogé sur les propositions de M. Schröder sur l'avenir de l'Europe, il a dit que le texte du SPD est une contribution au débat sur l'avenir de l'Europe qui doit déboucher vers 2004. « Nous avons le temps », a-t-il estimé, en niant tout « embarras » à ce sujet. Un peu plus tard, il a ajouté que le texte du SPD ne comporte que deux pages sur les questions institutionnelles et que « tout le reste porte sur d'autres sujets sur lesquels nous pouvons avoir une position très semblable ».

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