Bruxelles, 18/04/2001 (Agence Europe) - L'International Security Information Service (ISIS Europe) vient de publier un rapport sur le thème "Enhancing the EU's Response to Violent Conflict: Moving Beyond Reaction to Preventive Action", contenant une synthèse des interventions et de recommandations faites lors d'une conférence organisée les 7 et 8 décembre 2000 à Bruxelles en collaboration avec la Fondation Heinrich Böll. Le thème est très actuel, et correspond à une des priorités de la Présidence suédoise du Conseil de l'UE et aussi de la Commission européenne (au sujet de la communication de la Commission sur ce thème, voir EUROPE du 11 avril, p.4, et du 12 avril, page 3).
Parmi les intervenants à la conférence, le Commissaire au développement et à l'aide humanitaire Poul Nielson a évoqué en particulier la nécessité de disposer d'"indicateurs non seulement de développement économique", mais aussi d'"exclusion sociale, marginalisation ethnique ou régionale, environnement et autres facteurs qui pourraient entraîner des conflits violents à l'avenir". La prévention doit devenir "une routine", estime pour sa part Pierre Schori, ambassadeur suédois auprès des Nations Unies (et ancien député européen), en soulignant que l'UE doit engager avec les pays en voie de développement "un dialogue significatif et non conflictuel", pour dissiper les craintes que son action de prévention constitue en fait une ingérence dans leurs affaires internes. Le gouvernement suédois, a-t-il noté, a déjà pris des initiatives de gestion de crises impliquant neuf pays africains. Quant à Kevin Clements, d'International Alert, il souligne que, sur les nombreux conflits qui ont éclaté depuis 1990, "aucun n'a été résolu de manière adéquate", et se demande donc comment "aborder les 39 conflits violents actuellement en cours et les 23 prochains plus probables lieux de conflit violent". L'Union, affirme quant à lui Paul Eavis, de Saferworld, doit intervenir davantage contre "les économies de guerre, à savoir les individus et les groupes qui bénéficient de considérables gains économiques en minant l'autorité des gouvernements et en contrôlant l'accès de matières premières précieuses, comme les diamants". Quant à Michael Matthiesen, de la Cellule de crise au Conseil de l'UE, il a décrit en particulier le fonctionnement du Mécanisme de coordination créé au Secrétariat du Conseil pour examiner, "en interaction étroite avec les services de la Commission", les instruments civils de gestion des crises qui sont à la disposition de l'UE. Ce Mécanisme a, a-t-il indiqué, "développé une base de données très préliminaire sur l'Etat de droit, avec des informations sur la manière dont les quinze Etats membres ont déployé des juges, des procureurs, des chefs de prisons, etc. dans des missions internationales", et la même méthode sera appliquée en ce qui concerne la mise à disposition de forces de police (la planification commune en matière de police est "un phénomène plutôt nouveau", a-t-il remarqué). Enfin, Timothy Isles, chef du Centre d'opérations de l'OSCE, a expliqué le rôle joué par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe en matière de prévention, en faisant le point en particulier sur le programme REACT, dont l'objectif est de mettre en place rapidement des équipes d'experts pouvant s'attaquer à une situation difficile avant qu'elle ne dégénère en crise ouverte: le programme, a-t-il signalé en particulier, prévoit des normes de sélection du personnel couvrant 12 domaines différents d'expertise.
Damian Lilly, d'International Alert, et Andy McLean, de Saferworld, font quant à eux une série de recommandations sur les moyens de développer le rôle de l'UE en matière de prévention des conflits, recommandations qui couvrent, dans la même ligne que la communication adoptée par la Commission européenne: - la coopération au développement, le commerce et les investissements (en insistant notamment sur le rôle de la société civile dans les pays en voie de développement et sur le commerce de diamants); - la politique étrangère et de sécurité (en mettant l'accent en particulier sur le contrôle des ventes d'armes et aussi sur les activités des mercenaires); - les modifications institutionnelles nécessaires pour renforcer les capacités de prévention de l'UE et des Etats membres (comme le renforcement de l'Unité de planification auprès du Conseil et des délégations de l'UE dans les pays tiers); - le travail avec la société civile (en particulier avec les jeunes, afin de développer une "culture de paix et de non violence", et avec les médias).