Washington, 08/02/2001 (Agence Europe) - Lors de son audition de confirmation, le Représentant au commerce de la nouvelle Administration américaine Robert Zoellick a demandé le soutien total du Congrès - via une législation dite de "fast track", sous peine de laisser aux Européens et aux Japonais le leadership des négociations à Genève. Il a en même temps exprimé des vues plus proches de celles de l'Union que son prédécesseur sur certains thèmes d'actualité, comme la nécessité d'un dialogue interinstitutionnel pour promouvoir le respect des normes sociales et d'un cycle global pour permettre aux négociations sur l'agriculture de progresser. M. Zoellick a plaidé devant le Congrès pour qu'il renonce à son pouvoir d'amender les futurs accords commerciaux négociés par l'équipe du Président Bush, en se limitant à les approuver ou à les rejeter. En l'absence d'une telle autorité, conférée par le "fast track" que l'Assemblée avait refusé à Bill Clinton, l'UE et le Japon prendront aux Etats-Unis les devant de la scène commerciales internationale, a-t-il dit en substance. "Ce serait une énorme occasion manquée et même une erreur historique", a-t-il déclaré. Selon lui, les Etats-Unis "doivent et peuvent modeler les règles du système économique international pour ce nouveau millénaire".
La démarche a suscité une vague de commentaires, approbateurs et critiques, qui ont mis au jour la profonde division perdurant au Congrès sur la manière d'aborder les aspects environnementaux et sociaux du commerce. M. Zoellick s'est prudemment positionné en retrait des thèses défendues par l'Administration précédente, qui prônait entre autres le recours à des sanctions commerciales contre les pays qui ne respectent pas les normes sociales reconnues par la communauté internationale. M. Zoellick se laisse davantage séduire par l'idée d'une "collaboration" sur les aspects sociaux du commerce entre l'OMC et les organisations internationales compétentes, dont l'OIT. Il faut éviter, selon lui, qu'un éventuel accord sur ces questions puisse servir de prétexte au protectionnisme et d'imposer des normes à d'autres pays. "Pour un succès à plus long terme, nous devons d'abord planter les racines dans ces pays (le libre commerce, ndlr.). Il est impossible que les Gringos du Nord ou d'autres groupes l'imposent" unilatéralement, a-t-il ajouté.
S'agissant des négociations sur l'agriculture et sur les services en cours à Genève, M.Zoellick a - comme les Européens - le sentiment que des progrès sont peu vraisemblables en l'absence d'échéances contraignantes, sauf si ces négociations sectorielles s'inscrivent dans un cycle plus large qui permettrait aux 140 membres de l'OMC de faire les échanges de concessions nécessaires pour obtenir un résultat consensuel.
Enfin, sur les différends commerciaux avec les Européens, M.Zoellick a signalé qu'il privilégiera la voie de la résolution plutôt que de la confrontation. Il ne s'est engagé sur aucune échéance pour la mise en oeuvre de sanctions tournantes contre l'Union dans l'affaire de la banane et de la viande aux hormones. La dernière en date est passée il y a quelques mois sans que la législation "Carrousel", adoptée par le Congrès sans l'assentiment d'une partie de l'industrie américaine elle-même, n'ait vu le jour. "Je vais rencontrer les secteurs de l'industrie concernés pour avoir leur point de vue sur ces questions", a-t-il dit, en ajoutant: l'objectif prioritaire est de régler les différends et non d'ériger des obstacles supplémentaires au commerce.