Le Parti Populaire Européen a brisé un tabou. Le PPE (en tant que parti européen et non pas en tant que groupe politique du Parlement européen) a demandé que l'UE définisse son "étendue géographique". Ce parti estime que l'UE ne peut pas laisser dans le vague ses frontières extérieures futures: elle a "besoin de certitudes par rapport à elle-même". En pratique, la résolution votée le 14 janvier par le Congrès de Berlin tend à poser des limites. Elle indique en effet que: a) l'expansion géographique ne doit pas "surcharger la capacité d'intégration"; b) des formes de coopération institutionnalisée autres que l'adhésion soient offertes aux pays qui ne souhaitent ou qui ne peuvent pas adhérer comme membres à part entière.
Ukraine, Turquie, Maroc, Biélorussie, Géorgie… Pourquoi ai-je parlé d'un tabou brisé? Parce l'idée de définir les "frontières de l'Union" est loin de faire l'unanimité. Parmi les autorités communautaires, quelques-unes l'ont demandé, d'autres ont estimé que ce serait tout à fait inopportun. Il existe un certain nombre de pays tiers à propos desquels les Etats membres et les Institutions hésitent à prendre position. Il ne faut pas oublier que l'Ukraine, la Biélorussie et même le Maroc ont déjà indiqué que leur objectif est d'adhérer. Est-il opportun d'ouvrir maintenant un débat à ce sujet? Plusieurs personnes sages en doutent. Le cas de l'Ukraine, en particulier, est à la fois d'une très grande importance et très controversé. Et se pose la question de savoir si, à l'intérieur du PPE, l'un ou l'autre délégué n'avait pas l'intention, en soulevant le problème de la dimension géographique de l'UE, de susciter un débat politique global sur le cas de la . Les chefs de gouvernement ont fait de la Turquie le treizième candidat, avec lequel les négociations s'ouvriront lorsqu'il aura satisfait aux "critères de Copenhague". Mais lors du débat de novembre dernier au Parlement européen, des voix s'étaient élevées pour affirmer que la Turquie n'est pas un pays européen et qu'il n'a pas de place dans l'Union. L'UE a déjà répondu; mais tout le monde ne considère pas que la question est close. La discussion autour de l'"héritage chrétien" à propos de la Charte des droits fondamentaux laisse entendre quelle tournure pourrait prendre le débat. Et les points d'interrogation pourraient se multiplier: un parlementaire européen, M.Dupuis, ne vient-il pas de demander que l'adhésion à l'UE soit proposée à la Géorgie? Cet ensemble de raisons amène à estimer que la demande du PPE n'aura pas de suites rapides; le débat concret, opérationnel, aboutissant à des délibérations, sur les frontières externes de l'Union, n'est pas pour demain. Mais la question est posée au niveau institutionnel. (F.R.)