Hamburg, 02/11/2000 (Agence Europe) - Dans une interview publiée par l'hebdomadaire allemand Stern, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a souligné une fois de plus la nécessité de parvenir au Conseil européen de Nice à un accord sur la réforme institutionnelle rendant l'Union européenne capable de s'élargir. "Nous devons y arriver à Nice", affirme M. Juncker, en ajoutant que ceci signifie en particulier qu'"à l'avenir, au Conseil des ministres, nous devrons décider à la majorité nettement plus souvent" - même si, selon lui, "cette question n'a pas l'importance dramatique que certains croient". "A la longue, ce serait dangereux de mettre en minorité, de manière durable, certains pays", a-t-il remarqué.
M. Juncker, qui rappelle l'importance que le Luxembourg attribue à un assouplissement des coopérations renforcées, réaffirme que chaque Etat membre doit avoir un commissaire même dans une UE élargie, en estimant qu'une Commission ayant jusqu'à 27 membres demeure capable de fonctionner et que "les nouveaux membres veulent eux aussi être présents à la table où sont décidées toutes les propositions de législation de l'UE". Cependant, M.Juncker laisse entrevoir une ouverture de la position de son pays pour l'avenir plus lointain, et reconnaît: "Un commissaire par pays, cela devrait être valable jusqu'à la conclusion du round d'élargissement actuel. Avant l'ouverture de nouveaux rounds, l'Union devrait effectivement introduire un modèle de rotation: chacun devrait renoncer, une fois ou l'autre". (Voir dans EUROPE des 30/31 octobre, p.6, l'Aide-mémoire présenté par le Luxembourg à la CIG).
Interrogé par ailleurs sur les propos du commissaire Verheugen selon lesquels il serait réaliste que l'UE accueille dès 2003 de nouveaux Etats membres, M.Juncker a répliqué: "Cela me paraît très optimiste (...) si en décembre, au sommet de Nice, nous pouvons nous entendre sur une réforme des institutions, nous sommes capables de nous élargir à partir de 2003. Les pays qui remplissent les critères peuvent alors entrer. Mais je suis contre un élargissement au galop". Quant à la possibilité d'un "Big Bang", avec un élargissement pouvant concerner dix pays à la fois dès 2005, M.Juncker déclare que "ceux qui croient que nous pouvons digérer en un an l'adhésion de dix pays surestiment les capacités de l'UE", tout en faisant remarquer que "certains candidats seront peut-être prêts avant 2005".
Enfin, M.Juncker a répondu à son intervieweur Hans-Martin Tillack, qui notait que le président Prodi "serait volontiers responsable dès aujourd'hui pour la politique économique de l'Euroland", en affirmant: "Monsieur Prodi est Monsieur Prodi, et le Traité est le Traité. Il prévoit que la politique économique est faite par les Etats membres. Ce qui est vrai, c'est que nous devons mieux nous coordonner".