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Bulletin Quotidien Europe N° 7819
INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/agriculture

M.Fischler a réaffirmé, devant le "Groupe de Cairns", que dans les négociations internationales l'agriculture ne peut suivre les mêmes règles que l'industrie, en indiquant les conditions d'une libéralisation accrue

Bruxelles, 12/10/2000 (Agence Europe) - Le commissaire européen à l'agriculture, Franz Fischler, a participé pour la première fois à une réunion ministérielle du "groupe de Cairns", c'est-à-dire le groupe des pays qui se battent pour la libéralisation des échanges agricoles dans le monde et qui font campagne pour le démantèlement de la politique agricole commune (PAC) de l'Union européenne. Le commissaire a ainsi eu l'occasion de réaffirmer avec fermeté la position de l'UE dans ce domaine délicat.

Le point de départ de la position européenne est que les règles commerciales dans le domaine agricole ne peuvent pas être identiques à celles du secteur industriel, pour deux raisons fondamentales:

a) "l'activité agricole façonne nos paysages et occupe une place particulière dans l'imaginaire et dans le cœur des hommes. Aussi modeste qu'elle puisse être, l'agriculture occupe, que ce soit en tant qu'élément constitutif de l'économie d'un pays ou en raison de la main-d'œuvre qu'elle absorbe, une place à part dans l'identité de toute nation (...) Ceci tient au rôle de l'agriculture dans l'évolution des civilisations";

b) "en raison de notre conception des biens d'intérêt général, c'est-à-dire un meilleur environnement, la diversité biologique, une économie rurale vivante". L'activité agricole joue un rôle essentiel et irremplaçable dans ces domaines.

Ces aspects de nature non commerciale doivent être pris en considération dans les négociations commerciales internationales. Ceci ne signifie pas pour autant que l'UE refuse de négocier ou qu'elle refuse l'objectif d'une plus grande libération des échanges. Au contraire, l'UE peut dire "oui" à cet objectif, si un certain nombre de conditions sont remplies. Et M.Fischler a ainsi exposé ces conditions: "Nous ne déclarons pas: «non à la poursuite de la libéralisation»; nous disons; «oui», à condition que tous les pays, y compris les pays en voie de développement ainsi que la Communauté, aient une chance d'en bénéficier, en particulier grâce à une reconnaissance équitable des investissements consentis en faveur de produits spécifiques, à caractère souvent régional.

Nous ne disons pas: «non» à de nouvelles réductions des aides nationales nous disons: «oui», à condition que nous puissions maintenir les types d'aides nécessaires au développement de notre processus de réforme et permettre à notre agriculture de répondre aux attentes de notre société, qui vont au-delà de la simple production d'aliments (…).

Nous ne disons pas: «non» à des réductions supplémentaires des subventions à l'exportation; nous disons: «oui», à condition qu'une discipline équivalente soit adoptée à l'avenir pour d'autres éléments entraînant des distorsions des conditions de concurrence à l'exportation. Ce que nous ne pouvons accepter, c'est que les subventions à l'exportation constituent le seul domaine soumis à une réglementation plus stricte, tandis que les crédits à l'exportation resteraient totalement libres, tandis que les organismes de commerce d'État ou d'autres détenteurs de monopoles pourraient utiliser un marché pour en subventionner un autre, tandis que l'aide alimentaire pourrait être utilisée, non pas pour soulager les souffrances des populations concernées (objectif que, bien sûr, nous partageons), mais pour conquérir de nouveaux marchés ou évincer des concurrents. Au sein du groupe de Cairns, vous continuez apparemment à penser que de nouvelles réductions en matière de subventions à l'exportation ne devraient pas être subordonnées à l'établissement de régles et de codes de conduite visant à limiter d'autres formes de distorsions des marchés d'exportation internationaux; non seulement nous maintenons notre position, mais nous considérons que la vôtre est en contradiction avec votre objectif premier visant à réduire les distorsions dans les échanges internationaux."

Ces points fermes étant posés, M. Fischler a invité les pays du groupe de Cairns à en tenir compte dans le contexte des négociations agricoles qui sont en cours à Genève: "une négociation ne peut réussir qu'à partir du moment où tous les participants commencent à réfléchir à la façon de concilier leurs préoccupations essentielles respectives". L'UE a pris une attitude souple: "nous l'avons adopté dans l'espoir que d'autres feront preuve de la même flexibilité. Si notre flexibilité se heurte à des exigences inflexibles, il ne nous restera plus qu'à adopter à notre tour une attitude inflexible, ce qui conduira à un échec des négociations. Cela ne servirait l'intérêt de personne".

M.Fischler a rappelé à quel point la Pac a été transformée depuis 1992, dans un sens qui réduit radicalement les distorsions des échanges. Les prix des cultures arables ont été réduits de 45% au cours des huit dernières années; des réformes ont été introduites pour la viande bovine, le tabac, la production ovine et, dans une certaine mesure, la production laitière. Les prix européens sont plus proches des prix mondiaux, et le volume de la production est influencé davantage par les prix que par les aides (qui n'augmentent pas en fonction du niveau de production). Les mesures de soutien du marché (y compris les subventions à l'exportation) représentaient 91% du soutien total en 1992, ils ne représenteront plus que 21% en 2006. Les restitutions à l'exportation représentaient 25% des dépenses de la Pac en 1992, elles n'en représentent plus que 9% à l'heure actuelle. La réforme a donc été vigoureuse, et elle se poursuit.

Les pays du groupe de Cairns maintiennent leurs revendications sur la suppression
des subventions à l'exportation et des aides à la production - Discussions bilatérales avec le Canada

Réunis à Banff, au Canada, les pays du groupe de Cairns ont pris évidemment des positions très différentes de celles de M.Fischler. Les pays du groupe (Canada, Australie, Brésil, Thaïlande, Afrique du Sud, présents au niveau ministériel, plus Nouvelle-Zélande, Bolivie, Chili, Colombie, Costa Rica, Fidji, Guatemala, Indonésie, Malaisie, Paraguay, Philippines, Uruguay) réclament la suppression des subventions à l'exportation et des aides à la production. Les pays du groupe entendent notamment organiser des campagnes d'information auprès des consommateurs de l'UE et des Etats-Unis, afin qu'ils comprennent qu'ils sont les grands perdants dans cette affaire: les politiques agricoles européenne et américaine renchérissent les prix des denrées alimentaires, au détriment des consommateurs.

Le ministre canadien de l'agriculture, Lyle Vanclief, a eu un entretien avec le commissaire Fischler et a demandé que l'UE ouvre davantage son marché aux vins canadiens. Le Canada produit de plus en plus de bons vins mais il ne peut les exporter sur le marché européen qu'en quantités minimes, ont expliqué les autorités canadiennes. Elles sont en train de mettre au point des normes nationales qui seront "au moins égales aux normes européennes", ce qui devrait permettre, selon le Canada, une plus grande liberté des échanges.

M.Fischler a également rencontré le ministre canadien de la pêche M.H.Dhalivai, et les deux parties sont convenues de renforcer leurs relations de pêche, en donnant toutefois la priorité aux organisations régionales et donc au cadre multilatéral de la NAFO par rapport au cadre bilatéral. EUROPE rendra compte des détails dans son bulletin de demain.

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