Bruxelles, 12/10/2000 (Agence Europe) - La Commission européenne a adopté mercredi un cadre de coopération visant à assurer la viabilité des pensions en Europe face au défi commun du vieillissement de la population. Présentant à la presse cette communication intitulée "L'évolution à venir de la protection sociale dans une perspective à long terme: des pensions viables et sûres" (voir EUROPE du 15 octobre p.15), la commissaire aux Affaires sociales Anna Diamantopoulou a indiqué qu'elle ne comportait aucune proposition précise ni projets de changement des politiques nationales, mais une procédure, à savoir que c'est la première fois que les quinze Etats membres ont montré une volonté politique commune et souhaité échanger leurs expériences et bonnes pratiques sur ce problème de la réforme de systèmes de pension". La Commissaire a insisté sur le fait que "la question des pensions était de la compétence nationale: ce sont les Etats membres qui ont la responsabilité de mettre en oeuvre leurs politiques sociales, et donc leurs politiques de pensions". Interrogée à propos du référendum danois sur l'euro, où une question revenait sans cesse dans la bouche des électeurs, à savoir "est-ce que l'euro va obliger le Danemark à changer ses systèmes de protection sociale et de retraite, qui sont les meilleurs d'Europe?", Anna Diamantopoulou a répondu: "le système de pension danois ne sera pas influencé par l'UE. Au contraire, il devrait susciter une émulation pour les autres Etats membres".
Anna Diamantopoulou a souligné que cette communication constituait - conformément au mandat du sommet de Lisonne - le point de vue de départ, la base pour l'étude qui sera effectuée par le Groupe de Haut niveau sur la Protection sociale, lequel devra effectuer une analyse et une étude sur le régime futur des systèmes de pension à l'échelon européen. Cette réforme se fera selon un cadre tracé dans la communication. Toutes les dimensions de cette réforme ont été prises en compte, à savoir: l'indépendance et la prospérité des personnes âgées, le vieillissement de la population et le problème démographique, l'objectif du plein emploi en l'an 2010". La Commissaire a insisté sur l'importance d' "avoir des finances publiques saines, liées à l'objectif de la solidarité entre les générations et à la nécessité d'une participation des partenaires sociaux concernés". Et de citer un chiffre révélateur pour souligner le besoin urgent des réformes: pendant les 30 années à venir, le nombre de personnes en âge de pension (65 ans) augmentera de 33 millions, ce qui signifie, a expliqué la Commissaire, que si on ne procède pas aux réformes, il faudra créer 90 millions de nouveaux travailleurs, donc des nouveaux emplois et de nouvelles tâches". En conclusion, Mme Diamantopoulou a indiqué que "le plein emploi en 2010 était la condition sine qua non pour la modernisation du modèle social européen et pour la réforme de nos systèmes de pension; de telles réformes doivent pouvoir bénéficier des avantages du Marché unique et de l'UEM".
Répondant à une question relative aux préretraites, la Commissaire a indiqué que la communication se limitait aux retraites. En ce qui concerne les préretraites proprement dites, "il y a des pratiques communes qui font que ce système est très répandu et nous ne le souhaitons pas. De plus, dans certains Etats membres, il y a plus d'avantages pour un travailleur d'être à la retraite que de travailler. Donc, il faut examiner la question de la retraite anticipative et puis utiliser le pilier "employabilité" de la stratégie européenne pour l'emploi pour remédier à cette situation", a conclu Mme Diamantopoulou.
Dans une déclaration écrite diffusée par le porte-parole, Mme Diamantopoulou a expliqué: "Le ratio
retraités/population active va doubler entre 2000 et 2040. Le surcroît de pression exercé sur les finances publiques est évident. Le défi, pour les responsables politiques, consiste à s'assurer que financement des pensions à l'avenir ne déstabilise pas les budgets, mais en veillant à ce que, dans le même temps, les retraités restent protégés de manière adéquate.
Quant à la réforme du marché du travail, l'heure n'est pas au contentement. Il sera vital d'éliminer les obstacles qui empêchent les personnes âgées et les femmes d'accéder au marché de la main-d'oeuvre pour libérer pleinement le potentiel humain et économique de la société. Une meilleure mobilité de la main-d'oeuvre à l'intérieur de l'Union européenne est aussi cruciale pour s'assurer que les compétences se trouvent là où elles sont nécessaires. Une politique de l'immigration définie en accord jouera son rôle en temps opportun.
Les réformes ne peuvent pas se produire du jour au lendemain. Les pensions doivent être viables non seulement du point de vue de l'économie mais aussi sur le plan social. De larges consultations doivent se tenir sur ces questions. Le dialogue social aura un rôle déterminant à jouer dans le débat politique concernant ces réformes. Les problèmes sont assez graves pour préoccuper les quinze Etats membres et leur importance justifie que tous les citoyens de l'Union européenne soient entendus. »
La problématique de cette communication doit évidemment être vue en relation avec la proposition de directive sur la gestion des fonds de retraite, présentée en même temps par la Commission (voir EUROPE, d'hier p.9).