Strasbourg, 22/09/2000 (Agence Europe) - Organisée conjointement par la Commission européenne, la Présidence française du Conseil de l'UE et la Fondation européenne de la Science, la conférence sur les infrastructures de recherche, qui a eu lieu à Strasbourg du 18 au 20 septembre, a apporté une contribution importante à la mise en oeuvre de l'Espace européen de la recherche, lancée par le commissaire Busquin. La conférence, qui réunissait des chercheurs mais aussi des représentants d'instituts de recherche et des agences nationales, a montré que le monde scientifique est, avec de petites nuances, unanime pour réclamer une véritable politique européenne de la recherche capable de concurrencer les efforts déployés aux Etats-Unis et au Japon. A l'instar des industriels européens, les scientifiques ont souligné l'importance de la recherche comme source d'innovation indispensable au développement économique. Ils ont renouvelé leur soutien à la création de l'Espace européen de la recherche et à la démarche de M. Busquin qui vise à sortir du carcan du programme-cadre de recherche et de développement technologique (PCRD). Tout en abordant les différents aspects d'une action européenne plus efficace en matière de recherche, la conférence s'est surtout concentrée sur son thème principal: les infrastructures. En voici les principales conclusions.
Le commissaire Philippe Busquin a souligné le carctère déterminant des infrastructures pour l'avenir de la recherche, si l'Europe veut espérer "jouer à armes égales" avec les Etats-Unis. D'où la nécessité de développer progressivement une politique européenne en matière d'infrastructures dans le cadre de l'Espace européen de la Recherche. Il a reconnu que tous les besoins ne pourront pas être satisfaits au niveau européen et qu'il faudra donc faire des choix, avec l'aide des scientifiques, tout en s'engageant résolument dans une combinaison d'initiatives et de moyens. La contribution des Etats membres demeure essentielle mais elle devra s'inscrire dans une action coordonnée au niveau européen, avec l'intervention conjuguée de la Commission européenne, des organismes nationaux de recherche, de la Fondation européenne de la science et aussi de la Banque européenne d'investissement, a-t-il expliqué.
Présentant les conclusions générales de la conférence, le professeur Enric Banda a déclaré que les infrastructures de recherche doivent être vues de plus en plus comme un domaine de partenariat et non un sujet de concurrence. Dans ce contexte, les scientifiques estiment que leur conception, leur construction, leur gestion et leur utilisation doivent bénéficier d'une approche européenne au lieu de continuer à reposer sur des initiatives nationales individuelles ou bilatérales. Critiquant les participations dispersées des Etats membres aux programmes internationaux de recherche, M. Banda a souligné la nécessité d'adopter des positions communes et de faire entendre la voix européenne dans ce cadre. Il a souhaité que des efforts continus soient faits pour doter l'Europe d'un système toujours plus performant de communication entre les différentes structures de recherche en Europe. En ce qui concerne les ressources humaines, il est essentiel de lever tous les obstacles à la mobilité des chercheurs et de rendre l'Europe plus attrayante pour les chercheurs étrangers. Le processus décisionnel doit devenir plus simple et plus efficace. Le choix des infrastructures doit se fonder sur une expertise indépendante des besoins à satisfaire et des moyens à mettre en oeuvre. Cette expérience pourrait être confiée à la Fondation européenne de la science. Afin de donner une cohérence à la politique de recherche, les scientifiques estiment nécessaire de créer un organe stratégique permanent qui serait placé auprès de la Commission, avec la participation des décideurs nationaux. La Commission ainsi que le Parlement européen et le Conseil par la voie de la codécision devraient avoir leur rôle à jouer dans la création d'un système garantissant une prise de décision efficace et continue en matière d'infrastructures. L'Union européenne devrait avoir un rôle plus important dans le financement des infrastructures, y compris pour leur construction et leur gestion, dans le cadre d'une géométrie variable et ouverte (cofinancement d'infrastructures partagées par plusieurs pays: NdR). Ces financements devraient aussi provenir des Fonds structurels de l'UE et être complétés par les contributions des Etats membres et de diverses autres sources privées ou publiques. M. Banda a conclu en insistant sur la nécessité de permettre immédiatement aux Etats candidats à l'adhésion de participer à la mise en route de l'Espace européen de la recherche.
Le président de la Fondation européenne de la Science, Reinder Van Duinen, a souligné que lorsqu'ils recherchent des financements pour des projets ou des infrastructures de recherche, "les gens tournent en rond", ne sachant pas à qui s'adresser au niveau local, régional, national ou européen. D'où la nécessité d'un mécanisme ouvert, transparent et rapide de financement des infrastructures qui pourraient être classées en deux catégories: celles qui nécessitent une intervention combinée des Etats membres et de l'Union européenne et celles qui continueront de relever des agences nationales. La décision de financement ne devrait pas se fonder exclusivement sur l'excellence scientifique parce que cela pourrait être nuisible à la cohésion territoriale de l'UE dans la mesure où les infrastructures de recherche risqueraient d'être concentrées dans quelques régions. Les financements communautaires ne devraient pas seulement porter sur la création de nouvelles infrastructures mais aussi sur l'amélioration de celles qui existent déjà. Le président directeur général de l'Ifremer, Jean-François Minster, a estimé que la définition d'une stratégie scientifique européenne doit être réalisée avec le concours des scientifique et représente un nouveau défi pour la Fondation européenne des sciences. La construction des infrastructures doit être le fruit de partenariats entre ceux qui veulent y participer, mais une contribution européenne est essentielle pour garantir la prise en compte de l'intérêt européen, a-t-il expliqué avant d'indiquer que "la géométrie variable est une étape pragmatique à court terme mais que beaucoup pensent qu'il faut aller vers une agence européenne".
EUROPE reviendra sur les interventions de M. Schwartzenberg et de plusieurs autres ministres qui ont participé à cette conférence.