Château d'Ecouen, 22/09/2000 (Agence Europe) - Les ministres de la Défense des quinze Etats membres de l'UE devaient approuver, lors de leur réunion informelle de vendredi au Château d'Ecouen, près de Paris, un catalogue de forces destinées à leur future force de réaction rapide de 60.000 hommes, afin qu'elle puisse conduire des "missions du type Petersberg". Ces capacités incluent des forces terrestres, navales et aériennes, et aussi des moyens de commandement, contrôle, communications, renseignement, reconnaissance, surveillance et transport stratégique. Pour chacun de ce type de capacités, les experts ont identifié des "pools" de forces nécessaires pour conduire ces missions avec succès.
Avant le déjeuner de travail, le ministre français de la Défense Alain Richard avait indiqué que le catalogue de forces était complet à 93-95%, et qu'un catalogue détaillé sera présenté au Conseil Affaires générales. D'ici à 2003, les Etats membres devront non seulement s'engager sur les forces qu'ils entendent fournir, mais aussi identifier les lacunes et les combler. Rappelons que les quinze ministres de la Défense participeront le 20 novembre à Bruxelles à une conférence de génération des forces, et que le jour suivant ils se réuniront avec leurs homologues de quinze pays non membres de l'UE (six membres européens de l'Otan et neuf pays candidats à adhérer à l'UE), qui peuvent aussi contribuer à la future force.
Quant au ministre allemand de la Défense, Rudolf Scharping, il a indiqué vendredi que son pays contribuerait au "Headline Goal" avec 18.000 effectifs, dont 12.000 de l'armée de terre et le restant de la marine et de l'aviation: les impératifs de la rotation et de l'entraînement exigeront en fait un total de 54.000 effectifs, a-t-il dit, en citant l'exemple des contingents allemands de la Sfor et de la Kfor (qui comptent 8.000 effectifs, mais en exigent en fait 40.000). Déjà la semaine dernière, le ministre belge de la Défense André Flahaut avait proposé de fournir une bridage mécanisée de 3 000 hommes, une escadrille d'avions de combat F-16 et une flottille formée de deux frégates, six bâtiments de lutte contre les mines et un avion de soutien. L'Espagne participerait avec 6.000 effectifs, les Pays-Bas avec 3.000, l'Autriche avec 2.000 et le Portugal avec 1.000. Des sources européennes indiquent qu'il ne devrait pas être difficile d'atteindre les 60.000 hommes pour les troupes terrestres, mais que la difficulté sera plutôt la mise en place des moyens de commandement, contrôle, transport, reconnaissance et logistique.
M.Scharping a aussi indiqué que ses collègues avaient manifesté leur intérêt pour le projet germano-néerlandais de mise en commun des capacités de transport aérien, avec un personnel et un financement commun, projet qu'il a décrit comme un exemple unique de "multinationalité intégrée". Les deux pays examinent aussi la possibilité d'une coopération pour les troupes de soutien naval, a-t-il dit.
Pendant le déjeuner de travail, le Haut Représentant pour la Pesc/Secrétaire général (de l'UE et de l'UEO) Javier Solana a souligné que l'Organe militaire intérimaire avait bien travaillé sur le catalogue des forces, et en très peu de temps, et a salué l'"approche énergique" de la Présidence française. Par ailleurs, il a insisté sur la nécessité de mettre en place des structures adéquates pour la conduite d'opération de gestion des crises. Nous avons besoin, a-t-il dit, de structures militaires permanentes, et aussi de structures civiles, de nous entendre sur les procédures de gestion des crises et sur une analyse militaro-civile combinée au sein du Centre de situation, et de convenir des procédures avec l'Otan, les pays européens membres de l'Otan et les pays candidats à adhérer à l'UE. M.Solana a dit avoir remis aux Quinze une note, sur laquelle il avait déjà informé le Comité politique et de sécurité inérimaire (Copsi) au sujet des arrangements au sein du Conseil de l'UE en matière de gestion des crises. Pendant la session de l'après-midi, M.Solana a évoqué le problème des capacités (qui est "au coeur de l'Europe de la défense") et s'est félicité de ce que l'Union européenne ait aussi utilisé, pour mettre au point son catalogue de forces, l'expertise de l'Otan. Les experts de l'UE ont fait un travail crédible et un bon usage de la contribution de l'Otan, a-t-il commenté. Et il a demandé aux Quinze d'être "ambitieux", d'éviter les simples promesses sur le papier (les Etats membres doivent s'assurer que leurs contributions sont réalistes, du point de vue de leurs budgets) et de ne pas négliger les capacités stratégiques.
M. Flahaut suggère à l'UE de lancer une "Initiative d'efficacité de la défense"
La veille de la réunion, le ministre belge de la Défense André Flahaut avait proposé l'adoption par l'UE d'un Livre Blanc sur la défense et il a lancé l'idée d'une Initiative d'efficacité de la défense, en estimant qu'un tel "programme intra-européen" devrait viser "l'élimination des redondances", une "répartition des tâches" entre pays membres, "la stimulation de coopérations multinationales" et la "recherche d'économies d'échelle". Ceci devrait, selon lui, permettre de réaliser des économies qui devraient être destinées en priorité à l'acquisition des capacités stratégiques qui manquent aujourd'hui à l'Europe, et aider les forces armées européennes à procéder aux adaptations que prévoit la Defence Capabilities Initiative de l'Otan.