Versailles, 11/09/2000 (Agence Europe) - "Les interventions" sur les marchés des changes pour soutenir l'euro face au dollar "restent un élément disponible à tout moment". Cette petite phrase lancée par Laurent Fabius, ministre français des Finances et président en exercice à la fois de l'Eurogroupe et du Conseil Ecofin, a constitué l'apothéose médiatique de la réunion informelle que les ministres des Finances des pays de la zone euro ont tenue vendredi dernier en fin de journée. Elle a été reprise mot pour mot par Christian Noyer, le vice-président de la Banque centrale européenne, présent à la conférence de presse finale tout comme le commissaire Pedro Solbes. Cette affirmation ne figurant pas dans la déclaration officielle publiée par l'Eurogroupe pour marquer la confiance des ministres, du commissaire et de la BCE dans l'euro, M. Fabius a répondu à la question de savoir si les ministres renonçaient à dire leur mot sur une éventuelle intervention en ces termes: "Il y a une responsabilité qui est celle des ministres et il y en a une qui est celle de la Banque centrale européenne. (…) Nous sommes parfaitement en accord entre nous". Et de préciser qu'il y avait, en la matière, des "liaisons entre les ministres et la BCE", les premiers pouvant faire part de leur analyse ("comme c'est normal", a-t-il commenté) tandis que "le déclenchement (d'une intervention: NdlR) relève de la responsabilité de la BCE".
Voici le texte du communiqué qui a été publié par l'Eurogroupe:
"Les ministres de la zone euro, le commissaire et le président de la BCE ont discuté des perspectives économiques de la zone euro à la lumière de la hausse des prix du pétrole et des évolutions récentes des marchés financiers. Ils estiment que la croissance est très robuste dans la zone euro. La consolidation budgétaire et l'effort de réforme, en particulier dans le domaine fiscal, sont bien avancés. Les ministres soulignent leur détermination à accélérer ce processus et à promouvoir les nécessaires réformes structurelles afin d'accroître le potentiel de croissance de la zone euro. La BCE est déterminée à assurer que la croissance actuelle reste non-inflationniste L'Eurogroupe et la BCE réaffirment leur préoccupation commune sur le niveau de l'euro, qui ne reflète pas la solidité des fondamentaux de la zone euro. Ils sont convenus de suivre étroitement la situation. Un euro fort est dans l'intérêt de la zone euro".
Lors de la conférence de presse de vendredi soir, M. Fabius a encore apporté les précisions et commentaires suivants:
l'Eurogroupe a analysé la situation économique en général et la performance économique de la zone euro qui est "saluée par les organisations internationales" ;
l'Eurogroupe a parlé des réformes structurelles en cours -lesquelles ne portent "pas seulement sur le plan fiscal (budgétaire)" - et "a constaté avec satisfaction qu'il y avait une convergence forte qui va dans le sens souhaité les années précédentes". EUROPE rappelle que ce sont tout particulièrement les réformes structurelles en Allemagne, France, Irlande et Italie qui ont été passées en revue à Versailles. M. Fabius a indiqué que pour ce qui était des membres de l'Eurogroupe, ils voulaient "continuer et amplifier les réformes structurelles et dire que le niveau actuel n'était pas celui qu'il devrait être", jugeant que ce propos était en soi "quelque chose d'important" ;
"le communiqué se suffit à lui-même", a affirmé M. Fabius à la question de savoir quel serait son impact sur les marchés. Il est l'expression de la conviction réaffirmée des membres de l'Eurogroupe que la croissance est robuste, que l'épargne est excellente, que les déficits diminuent, que les recettes exceptionnelles seront affectées à la réduction des endettements, que les fondamentaux sont souvent très bons. "Le climat a été un climat de confiance dans notre économie", a résumé M. Fabius en parlant d'une "déclaration faite au nom de l'Eurogroupe, de tous ceux qui y participent" ("Les ministres, la Commission et la Banque centrale européenne se retrouvent clairement dans cette déclaration", a-t-il expliqué) ;
les membres de l'Eurogroupe sont "unanimement d'accord que l'euro est trop bas" et qu'il faut qu'il remonte, raison pour laquelle les ministres des Finances doivent, pour ce qui les concerne, préciser et accélérer les réformes structurelles (lors de la réunion, a précisé Laurent Fabius, les "aspects financiers, travail et concurrence" ont été cités) ;
dans le domaine de la fixation des taux de change, "la rationalité n'est pas toujours au rendez-vous" et les membres de l'Eurogroupe se tournent vers le futur avec confiance dans la mesure où ils sont convaincus que la situation de la zone est "forte".
Prix du pétrole: l'Eurogroupe a préparé les délibérations du Conseil Ecofin
L'Eurogroupe a assez longuement discuté des questions liées au niveau du prix du pétrole. M. Fabius a toutefois refusé d'entrer dans le détail de cette discussion dans la mesure où elle serait "élargie" le lendemain au niveau des Quinze. Il a cependant reconnu l'existence, chez tous les membres de l'Eurogroupe, d'un "souci réel" pour les niveaux atteints par les prix pétroliers. Plusieurs ministres ont, selon M. Fabius, posé le problème sous l'angle politique en soulignant que "la décision prise par les pays de l'Opep posaient des problèmes politiques et économiques". "Nous devons y répondre", a affirmé M. Fabius en ajoutant que les membres de l'Eurogroupe avaient tous appuyé les propos de M. Solbes relatifs à la nécessité de développer la concurrence, et il a également fait état d'un "accord sur la nécessité d'amplifier les efforts d'économie d'énergie".
Prochain président de l'Eurogroupe, M. Reynders précise la manière dont il envisage
son rôle et critique l'absence de M. Duisenberg à Versailles
"Je demanderai à M. Duisenberg de participer effectivement aux réunions de l'Eurogroupe". Le ministre belge des Finances Didier Reynders n'a pas caché son irritation suite à l'absence à Versailles -due à un déplacement au Canada- du président de la Banque centrale européenne Wim Duisenberg. Une irritation qui, a-t-il expliqué, a été partagée par un certain nombre de ses collègues, ce que différentes sources ont confirmé. "Je trouve regrettable qu'à la première réunion informelle qui nous permette d'aller plus loin dans le dialogue (entre l'Eurogroupe, l'Ecofin et la BCE, notamment sur le niveau de l'euro par rapport au dollar et aux possibles conséquences monétaires de la situation des prix du pétrole: NdlR), le président de la Banque centrale européenne ne soit pas là", a indiqué M. Reynders avant d'ajouter: "Devoir lire les positions de la BCE dans la presse et ne pas pouvoir entendre son président, je trouve cela tout à fait anormal !" Ces propos sont d'autant moins innocents que M. Reynders sera, à dater du 1er janvier prochain et pour toute l'année 2001, le président de l'Eurogroupe, cette fonction ne pouvant pas être occupée par son collègue suédois puisque la Suède n'est pas membre de la zone euro (Bosse Ringholm présidera le Conseil Ecofin au cours du premier semestre, avant de céder le relais au ministre belge). Au cours du prochain semestre, "il faudrait que le président de l'Eurogroupe représente l'Ecofin aux réunions de la BCE", a indiqué Didier Reynders qui, tout en reconnaissant que c'est au président du Conseil Ecofin qu'incombe cette responsabilité en vertu des Traités, a affirmé: "Mais jusqu'à preuve du contraire, c'est aussi le Conseil Ecofin qui décide qui le représente".